Que vaut l’opposition du travail manuel et du travail intellectuel ?

Date d'ajout : 12/04/2011 • 137 vues

Note du corrigé :
  • Note actuelle 5.00/5

Proposé par : mathieuL (Elève)

 

Description :
Voici une dissertation que j'ai faite au début d'année , elle est entièrement rédigé et j'ai obtenue 15/20.

 

 

Rousseau a écrit que l’Homme, à l’état de nature n’est autre qu’un « animal stupide et borné », agissant uniquement pour son mieux être personnel. Puis l’Homme a été « dénaturalisé » et humanisé par son entrée en société. Il a appris à intégrer un groupe, joindre ses efforts à ceux des autres dans un but commun : celui de vivre au mieux. Et l’on put assister, comme on le peut encore de nos jours, à l’alacrité avec laquelle les Hommes s’accordèrent. Cette société d’égalité des chances, de liberté, certains la pensèrent, d’autres la façonnèrent par la sueur de leur front. Et dans ce combat naissait la notion de travil. Travail intellectuel réservé aux « maîtres » comme l’affirmait Aristote ? Travail manuel, donne des esclaves athéniens ? La distinction longtemps entretenue entre « travail intellectuel » et « travail manuel » ne peut-elle pas avec le temps et le progrès laisser place à une relation d’interdépendance ?


Dans un premier temps, nous étudierons les facteurs visant à la disjonction entre ces deux notions. Dans un second temps, nous constaterons cependant que le travail intellectuel est souvent à même de rejoindre le travail manuel et vice-versa. Enfin, nous achèverons sur le fait que, tel qu’il soit, le travail intellectuel est souvent à même de rejoindre le travail manuel .


I) les facteurs visant à la disjonction entre ces deux notions:



La société athénienne du V ème siècle avant Jésus-Christ, première démocratie, est particulièrement définitoire d’une opposition entre travail manuel et travail intellectuel. Commençons par le travail manuel, Aristote le disait réservé aux esclaves car il le trouvait éreintant et dégradant. A contrario, le travail intellectuel, travail de l’esprit, n’était accordé qu’aux maîtres, libérés de toute tâche manuelle, ils exerçaient à loisir leurs pensées philosophiques à l’Agora ou autres places publiques. Plus qu’une distinction entre deux termes, à savoir « travail manuel » et « travail intellectuel », c’était un combat entre deux classes, le « classe dominante », les « maîtres », et la « classe dominée », les « esclaves ». l’opposition était palpable.


Mais se référer au V ème siècle est remonter bien loin pour cette tension. L’on pourrait croire que cette vision binaire du travail aurait évolué avec le temps, après tout, nous sommes bien passés du commerce d’Hommes au commerce d’informations ! La vision communiste telle que l’avait Marx et Engels nous montre que non, le travail manuel était bien à opposer au travail intellectuel, et toujours ce conflit de classes… En parlant du prolétariat, Marx s’écriait « La liberté commence là où le travail [manuel] prend fin ! ». Ceci pendant que la classe dominante se régalait de petits plaisirs intellectuels tout en entretenant leur « luxe bourgeois ».


Les témoignages historiques sont donc en accord sur cette opposition entre « travail manuel » et « travail intellectuel ». Mais ce n’est pas tout. Assez paradoxalement, il se trouve que le progrès technique s’engagea aussi dans cette direction. Années 1950, le progrès de la technique, l’amélioration des machines sont saisissants. L’industrie automobile est bien engrenée. Dans ces conditions naissait le Taylorisme, réduisant ainsi l’Homme à n’être que le maillon d’une chaîne. Répétant inlassablement les mêmes gestes mécaniques, le travailleur devenait oublieux de sa propre personne. Travail manuel en usine égal à perte d’identité ? Pourtant avant d’être réalisée manuellement, cette « machinerie » avait bien dû être pensée, donc découlerait d’un travail intellectuel…


II) Le travail intellectuel est souvent à même de rejoindre le travail manuel:



Il semblerait donc bien que l’opposition entre travail manuel et travail intellectuel ait un poids. « A quoi bon les poètes » lorsque d’autres Hommes montent des immeubles ? Mais cela serait une vision bien simpliste que d’oublier que l’un va difficilement sans l’autre. Quelle corrélation peut s’installer entre travail manuel et travail intellectuel ?


« La différence entre le plus mauvais des architectes et la meilleurs des abeilles est que, chez l’architecte, la moindre cellule est d’abord née dans son esprit. »
Le projet est, à n’en point douter, ce qui vient instinctivement à l’esprit lorsque l’on cherche à rapprocher le travail manuel au travail intellectuel. En effet, chaque projet, chaque atome d’un projet est pensé avant d’être concrétisé. On pourrait prendre bien des cas, comme celui de cet architecte, de cet ingénieur, de ces mathématiciens, qui calculent, simulent avant de mettre en place, ou de faire mettre en place. La relation entre le travailleur intellectuel (celui qui pense le projet) et le travailleur manuel (celui qui concrétise le projet) est du domaine de l’association donc de l’interdépendance, l’un ne va pas sans l’autre.


De même dans l’autre sens, le travail manuel implique aussi le travail intellectuel. Résumer le progrès au Taylorisme serait bien réducteur une fois de plus. En effet, c’est de l’observation des conditions de travail qu’est née la technique et son amélioration. Outre les écarts du Taylorisme, la constatation d’un travail manuel difficile supposera un travail intellectuel à effectuer afin de palier à ces déviances. Le travail manuel et intellectuel forment une véritable chaîne et, pour la comparaison, tout comme les roues d’un tank, leur permet d’avancer. Le progrès passe par la correction des imperfections.

III) Le travail intellectuel est souvent à même de rejoindre le travail manuel:



Et l’on pourrait aller encore plus loin dans la relation d’interdépendance entre travail manuel et travail intellectuel en affirmant qu’ils peuvent cohabiter et vivre en parfaite osmose. Pour cela un domaine : celui de l’Art. Ou, quand le travail devient art. L’artisan tenait un rôle important les siècles passés, on pourra notamment penser au XIII ème siècle, le Moyen-âge, ses cavaleries et les fabricants d’épées. Soit la pensée de l’objet et sa concrétisation du début à la fin. Mais il est vrai que de nos jours, l’on ne se bat plus à l’épée et que la dernière mode n’inclut plus la dague à la ceinture. L’artisanat n’a, certes pas disparu, mais il a été largement remplacé par l’industrie de masse, plus rentable. Et pourtant, l’artisan est le parfait modèle du travailleur intellectuel et manuel à la fois. En ce sens, les pays en regain du progrès ont mieux conservé l’art du « travail double » que les pays plus industrialisés.

Mais par Art, il faut aussi entendre « artiste ». L’artiste lui, est « en vogue », il pense et il crée. Il est ce « travailleur double », cette passerelle entre le travail manuel et le travailleur intellectuel. Il l’illustre aujourd’hui et l’illustrera toujours. On a besoin de l’artiste, ce peintre pensant un paysage et le mettant en couleur, cet auteur pensant une pièce et la faisant jouer. Il est universel et avec lui l’interdépendance, la corrélation entre travail manuel et intellectuel.


En résumé, l’opposition entre travail manuel et travail intellectuel peut facilement être dépassée. Des illustrations historiques l’on passe à la fougue de l’artiste où le travail manuel et le travail intellectuel vivent en parfaite osmose. Qu’apporte ce dépassement à l’individu en tant que tel ?

« L’opprimé se libère par son travail » écrivait Sartre. Sous cette hypothèse, le travail serait donc libérateur, une porte sur la liberté. Illustrons ces dires. Revenons-en à Aristote et son « esclavagisme », avançons dans le temps grâce à Rousseau « L’Homme est né libre et partout il est dans les fers ». Ainsi par le travail, l’esclave pourra se libérer. De même qu’au XVIII ème siècle, par leur travail intellectuel, ceux que l’on appelle joyeusement les « philosophes des Lumières » ont lutté contre l’Obscurantisme. Travail intellectuel vu comme libérateur de théories infondées (dogmes religieux). Le travail quel qu’il soit est donc libérateur dans le sens où il est contre l’oppression (idem pour les grèves assez paradoxalement). De plus, on notera que le travail rémunéré offre la possibilité des loisirs, donc de choix.
Et le travail est aussi affirmation de soi. Reprenons notre artiste en vogue. Il ne se soucie pas. « Le beau est toujours surprenant » disait Baudelaire. Alors l’artiste avance, à travers ses œuvres c’est lui que l’on découvre. Il se livre à nous, il se donne à son travail qui n’en parait plus un par son absence de contrainte. Quoi de comparable au plaisir de l’écrivain, du peintre, du sculpteur signant leurs œuvres ? Chaque œuvre est personnelle, l’œuvre est l’artiste, le travail est rendu sien. Le gain de rapprocher « travail manuel » et « travail intellectuel » est que l’on y gagne l’affirmation de soi, de son identité, de la preuve de son existence.


Conclusion:



En conclusion, l’opposition du travail manuel et du travail intellectuel ne vaut que lorsque la liberté de l’individu est aliénée. Les prémices de la société actuelle (régime démocratique) supposant la liberté et l’égalité entre les Hommes, le travail manuel et intellectuel sont en réalité à associer. Comme le disait Jouvenelle, le travail, quel qu’il soit doit avant tout être vu comme libérateur et affirmation de soi.

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