Une société juste est-ce une société sans conflit ?

Dernière mise à jour : 25/01/2017 • 965 vues

Note du corrigé :
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Proposé par : sebastieng (Elève)

 

Description :
Corrigé entièrement rédigé en trois parties :
I. Une société où règnent les conflits peut être considérée comme injuste et une société où le conflit n'a pas sa place comme juste
II. Les conflits peuvent participer à l'érection d'une société juste voire plus juste et ne sont pas forcément signes d'injustice
III. Une société sans conflits n'est pas nécessairement juste et qu'il existe d' autres moyens pour rendre une société plus juste
Avec de nombreuses références et citations : Platon, Kant, Nietzsche...

 

 

Candide est un conte philosophique de l'écrivain français Voltaire publié en 1759, Au cours de son périple, et plus précisément au chapitre XVII du texte, Candide, le personnage principal de l'œuvre, tombe par hasard sur l'Eldorado, contrée utopique décrite très précisément par Voltaire alors que son héros la parcourt. Pour Candide, c'est l'occasion de découvrir un endroit où on ne craint pas les conflits puisque la garde est exclusivement composée de femmes qui n'ont pour rôle que de l'accueillir. L'Eldorado lui apparait aussi comme une société juste, où tous les habitants sont égaux, car il n'y existe que le bien puisque lorsqu'il s'informe s'il y a des prisons, une cour de justice, un parlement, on lui répond que non. Ainsi, dans ce texte, la justice qui règne dans la société de l'Eldorado et donc l'égalité qui perdure entre ses citoyens est garantie par la simple absence de conflits. Ces conflits peuvent être aussi bien des guerres que des crimes ou des joutes entre habitants. Dès lors, sans conflits, aucune justice n'est rendue et l'égalité entre les citoyens est possible, ce qui fait que cette société est, aux yeux de Candide, une société juste. Cependant, l'Eldorado de Candide est reconnue comme une utopie. c'est-à-dire un lieu qui n'est pas ou qui ne peut être, un endroit de nulle part, selon la définition donnée par Thomas Moore dans son roman Utopias au XVI siècle ; par conséquent, ceci nous amène à penser qu'une société, entendant par là une paix totale, sans le moindre conflit, sans luttes intestines, sans guerres. sans meurtres, serait impossible à concevoir ; cette société serait vouée à ne rester qu'un rêve. Toutefois, au-delà du caractère illusoire de l'utopie, on peut critiquer celle de l'Eldorado : en effet, cette société est présentée comme juste par le simple fait qu'elle est exempte de conflits. Dès lors on est amenés à se poser la question : une société juste, est-ce une société sans conflits ? Les conflits ne peuvent-ils pas être caractéristiques d'une société pourtant juste, en dépit d'eux ? N'en sont-ils pas des marqueurs ? Ne sont-ils pas nécessaires ? Inversement, une société avec des conflits est-elle une société injuste ?

Pour répondre à ces questions, nous procéderons en trois étapes. Premièrement nous verrons qu'effectivement, une société où règnent les conflits peut être considérée comme injuste et une société où le conflit n'a pas sa place comme juste. Deuxièmement, nous expliquerons en quoi les conflits peuvent participer à l'érection d'une société juste voire plus juste et ne sont pas forcément signes d'injustice. Troisièmement, nous verrons qu'une société sans conflits n'est pas nécessairement juste et qu'il existe d' autres moyens pour rendre une société plus juste.

I. Une société où règnent les conflits peut être considérée comme injuste et une société où le conflit n'a pas sa place comme juste



En premier lieu, il convient à la majorité des personnes qu'une société est juste lorsqu'il n'y a pas de conflits. En effet, l'image d' une société idéale comme l'Eldorado de Candide apparait pour la plupart comme idyllique. La justice n'y est pas rendue puisque la criminalité n'y existe pas, ce qui est une représentation du conflit. En fait, on associe le plus souvent au terme de conflit l'idée d'un conflit entre deux ou bien plusieurs pays, opposant leurs forces respectives dans la bataille. autrement dit la guerre. Mais il existe d'autres formes de conflits, et ce à plusieurs échelles : entre deux ou plusieurs puissances de force plus ou moins importantes ou encore entre deux ou plusieurs individus, leurs conflit opposant alors leurs opinions, leurs intérêts (on parle d'ailleurs dans ce cas de "conflits d'intérêts") ou leurs sentiments. Ces conflits peuvent ensuite prendre la forme de vols, de pugilats, de rixes ou de meurtres pour que l'un des individus mis en cause dans le conflit affirme sa volonté aux autres. Aussi, sans ces conflits à petite échelle, ceci peut aboutir la disparition de ces différents crimes. Ainsi, dans cette optique de société sans conflits, elle peut effectivement être juste puisque la justice n'a pas besoin d'y être rendue, les hommes vivant au sein de cette société étant en parfaite égalité puisque vivant tous de façon égale les uns les autres.

De plus, il apparait comme évident le fait qu'une société où prolifèrent les conflits peut être considérée comme injuste. En effet, la justice possède plusieurs sens dans la société, celle-ci étant l'état d'hommes vivant sous des lois communes, d'une part n s'assurant de l'égalité entre les individus, vis-à-vis de leur situation sociale et économique, d'autre part en établissant les lois régissant ces individus et en définissant ce qui est légal ou illégal. Par conséquent, les conflits aboutissant à la commission de crimes rendent la société où ils existent injuste, puisque l'individu qui commet un crime à la suite d'un conflit outrepasse la justice en enfreignant la loi. De même, ceux-ci nuisent aux personnes qui en sont victimes, empêchant ainsi que ceux-ci restent égaux puisque leur sécurité n'est plus assurée. Ainsi, une société ou prolifèrent les conflits internes est une société injuste car la justice y est bafouée. De plus, si ces conflits sont en trop grande propension, la justice peut être dépassée et ne plus être rendue, la société devenant par-là même profondément injuste a fortiori.

Enfin, il convient de s'intéresser aux conflits à grande échelle : les guerres. Là aussi, il apparait évident qu'une société où les individus sont perpétuellement en guerre est injuste puisque c'est lors de ces conflits meurtriers que sont commis les pires atrocités. C'est d'ailleurs au cours de la Deuxième Guerre Mondiale qu'est apparue la notion de crime contre l'humanité, qui reste aujourd'hui la pire accusation que l'on puisse recevoir. Ainsi, les guerres sont l'occasion de meurtres, de pillages, de viols, d'autant de crimes réprimables par la plupart des justices mais qui sont commis librement lors de ces conflits. La société devient donc injuste pour les victimes des guerres puisque justice ne peut leur être rendue, mais aussi pour les individus à l'origine de ce genre de conflits. C'est ce qu'explique Kant dans Conjectures sur les débuts de l'histoire humaine, où il nous dit que les préparatifs d'une guerre font la misère des peuples et que, en même temps, l'Etat gaspille les « fruits de la culture » qu'elle possède. l'exigence de la lutte contre la crainte d'un éventuel envahisseur supprimant par la même occasion toute liberté au peuple. Ainsi, le peuple d'un état qui entre en guerre vit dans une société injuste puisque leurs libertés sont supprimées, la culture est sacrifiée et la misère apparait, c'est-à-dire que les garanties par la justice pour les individus disparaissent, ainsi que la morale qu'elle instaure, la culture étant sacrifiée dans le conflit et qui permettait de développer cette morale faisant que la société était juste.

Ainsi, nous avons vu qu'une société sans conflits et que, inversement, une société où règne le conflit peut effectivement être considérée comme injuste. Cependant, cela signifie-t-il qu'une société au sein de laquelle existent les conflits est-elle nécessairement injuste ? Le conflit ne peut-il pas au contraire faire partie intégrante d'une société juste ?

II. Les conflits peuvent participer à l'érection d'une société juste voire plus juste et ne sont pas forcément signes d'injustice



En second lieu, nous allons voir que le conflit peut être fécond dans une société, qui s'en retrouve plus juste.

D'une part, les guerres, si elles apportent leur lot de souffrance et sacrifient la morale garantie par la justice, peuvent aussi être bénéfiques pour une société. C'est ce qu'explique Kant lorsqu'il affirme justement que. en dépit du gaspillage de ressources et de culture, et de l'obstacle à la liberté et donc à la justice qui est censée garantir les droits des citoyens et qui rend la société juste que représentent les guerres, celles-ci permettent de développer la culture. Ceci est rendu possible par la crainte de la guerre elle-même.
En effet, la crainte ressentie pour la guerre et les horreurs qu'elle apporte dans son sillage poussent les Etats à considérer de manière concrète l'homme et la notion d'humanité, c'est-à-dire l'idée d'un monde centré sur l'Homme. A partir de cette notion instaurée par la crainte de la guerre, se développe la culture autour de l'Homme, dans le domaine des droits grâce à la considération alors offerte à l'Homme, participant à l'élaboration d'une justice plus équitable, plus perfectionnée. Par conséquent, en inspirant la peur, la guerre permet le développement de la culture et de la justice, rendant la société plus juste en développant les droits et les libertés des individus qui la composent.

De plus, la guerre permet aussi le développement et le progrès des civilisations ; lors d'une guerre, les peuples engagés sont alors unis, qu'importe les meurtres et les autres crimes qu'ils vont commettre, motivés qu'ils sont par la perspective commune d'anéantir leur adversaire. C'est ce que cherche à démontrer Nietzsche dans Humain, trop humain. En effet, selon lui, la haine et le sang-froid de ceux qui vont accomplir des meurtres n'est possible que grâce à la formidable «énergie du champ de bataille» ; pour Nietzsche, cette énergie est là de caractère et spirituelle qui permet ces actions. Cependant, cette énergie, dans le même temps, fait progresser la civilisation, puisque celle-ci, voulant accomplir son objectif, se doit d'être supérieure à l'ennemi et donc de se développer pour se surpasser. La guerre apporte donc l'énergie et la volonté nécessaires au progrès de la civilisation. Nietzsche prend ainsi l'exemple des Romains qui, usée des guerres lors de l'apogée de l'Empire, ont créé les combats de gladiateurs et les persécutions contre les Chrétiens afin de retrouver cette énergie indispensable au progrès. La guerre peut donc être considérée comme « un mal pour un bien », mal nécessaire à l'établissement d'une société plus juste puisque la voie naturelle au développement de la civilisation est le progrès de la spiritualité des hommes qui se fait simultanément, donc de la morale. C'est d' ailleurs pour cela que les sociétés deviennent lassées des guerres grâce au psychisme formé, selon Nietzsche, au sein des peuples mais tentent néanmoins de reproduire ces conflits à moindre échelle pour retrouver l'énergie qu'ils procurent.

Enfin, il existe encore une autre forme de conflits, la rivalité entre les individus eux-mêmes. Selon Kant, dans Idée d'une histoire universelle d'un point de vue cosmopolitique, cette rivalité perpétuelle est issue du caractère paradoxalement associable des hommes puisqu'il est indissociable de leur tendance qui les pousse à s'unir. Pourtant, c'est ce caractère asocial qui pousse les hommes surpasser leurs capacités. En effet, toujours selon Kant, l'égoïsme et l'isolement conduit à un développement de la culture de l'individu, qui acquiert alors des compétences. Ce développement de la culture conduit à un développement moral puisque l'individu n'agit non plus pour son propre intérêt mais d'un point de vue universel. c'est-à-dire la loi morale de Kant qui est : "agit toujours de telle manière que tu puisses vouloir que la maxime de ton action devienne en même temps une loi universelle" Or, l'établissement d'une morale est l'un des principaux fondements de la justice, donc « l'insociable sociabilité » des hommes, et plus particulièrement leur caractère insociable, est à l'origine du développement de la morale. Cependant, sans cette insociabilité, les hommes vivraient du bonheur imbécile d'un troupeau, leurs capacités resteraient en sommeil et ils ne développeraient par leur morale. A fortiori, ceci pourrait aboutir à un bafouement de la justice puisque celle-ci serait incapable de fournir une morale capable de distinguer le bien du mal. Donc les conflits de rivalité permettent à une société d'être juste, en développant la morale des individus qui la composent, par l'intermédiaire du surpassement de leurs capacités.

Ainsi, nous avons vu que les conflits peuvent être voire sont les fondements d'une société juste ou bien participent, sont des moteurs qui la rendent plus juste. Dès lors, une société peut-elle être juste sans l'existence de conflits ? Inversement, une société sans conflits est-elle nécessairement juste ?

III. Une société sans conflits n'est pas nécessairement juste et qu'il existe d' autres moyens pour rendre une société plus juste




En troisième lieu, on peut penser que, en dépit des nombreuses utopies décrivant une société juste car elle vit en paix, l'absence de conflits dans la société ne signifie pas nécessairement que celle-ci est juste. En effet, dans certaines, la paix peut être maintenue par la force, tout trouble à cette soi-disant paix étant menacé par une forte répression. Dans ces sociétés, il n'y a certes aucun conflit mais cela n'est possible que par la présence d'une milice d'Etat qui surveille les individus de façon permanente, afin de prévenir tout conflit d'opinion avec le corps gouvernant de l'Etat en question qui peut se traduire en une critique de ce dernier ou en prévenant les crimes par une violente dissuasion. Cependant, cette « paix » se fait au détriment des libertés individuelles et aux droits de chacun qui ne sont plus respectés. C'est ce qui se passe lorsqu'une société tombe sous le joug d'un régime totalitaire. L'Histoire nous fournit malheureusement de nombreux exemples, à l'image du système communiste instauré en URSS par Staline au début du vingtième siècle : une police d'Etat surveillait tous les soviétiques, envoyant au goulag, un système concentrationnaire, tous les opposants au régime soviétique et qui donc entraient en conflit avec la caste dirigeante par conflits d'opinions. Ainsi, dans ces sociétés, l'absence de conflits ne se traduit pas par une société juste puisque ses individus voient leurs libertés supprimées et donc leurs droits, la liberté d'expression étant bâillonnée par exemple.

En outre, si l'image utopique d'une société juste est associée une société où la paix est omniprésente, cette idée que les hommes cessent un jour d'engendrer les guerres et autres conflits est purement irréaliste. A partir de là, on peut se demander si, l'homme étant sans cesse poussé au conflit à cause de son caractère asocial, une société peut-elle s'ériger de manière juste sans que le conflit n'intervienne en bien ou en mal dans son élaboration. Pour cela, il faut que la morale constitutive de la justice, qui permet la mise en place de lois équitables, progresse au sein de cette société d'une manière autre que par l'intermédiaire du conflit. Or, les lois et la morale qu'elles diffusent dépendent de la classe dirigeante de la société, donc il faut que ces Personnes aient une morale développée. Dans La République, pour Platon cette classe correspond aux Rois des cités de la Grèce antique. Ainsi, dans le Livre V, Platon, à travers un dialogue entre Socrate et Glaucon. propose une solution pour pouvoir appliquer sa société idéale, modèle de cité juste qui rayonnerait sur le monde antique : que les philosophes deviennent rois dans les Cités-Etat ou que les rois deviennent philosophes. Ces philosophes, selon Platon, sont ceux qui sont sortis de la caverne, une allégorie aussi imaginée par Platon, qui ont contemplé les essences de toutes les choses et le Bien, et qui sont redescendus dans la caverne retrouver les autres hommes. Ainsi, si les rois sont philosophes, ils ont la capacité de distinguer de façon précise le bien et le mal, ont par-là même une morale développée, nécessaire à l'établissement d'une justice équitable et d'une société juste. Ce serait ainsi le seul moyen d' ériger une société qui n'a pas besoin de conflits pour être juste.



Pour conclure, une société sans conflits n'est pas, comme on vient de le montrer, une société forcément juste. En effet, celle-ci, pour pouvoir prétendre l'être, doit garantir des libertés et un jugement égaux entre les individus qui la composent grâce à l'établissement d'une morale commune et reconnue par ces individus comme étant juste. Dans cette optique, le conflit, en dépit de la souffrance physique et psychique qu'il apporte aux hommes qui en sont victimes, par l'intermédiaire des différentes formes qu'il peut revêtir, est une énergie qui permet le développement de la civilisation, de la culture, des capacités de l'homme, de la morale et donc permet à une société d'être ou de devenir plus juste. Toutefois, le conflit n'est pas le seul moyen de rendre une société plus juste : c'est en se forgeant une morale que les dirigeants d'un Etat peuvent rendre une société plus juste qui dépend de leur culture et de leurs choix. Cependant, le conflit tient une place prépondérante dans la société, influant sur celle-ci en mal comme en bien et étant inhérent l'Homme. Ainsi, comme le disait Héraclite : "Le combat est père et roi de tout. Les uns, il les produit comme des dieux, et les autres comme des hommes. Il rend les uns esclaves, les autres Libres" corroborant par-là l'ambivalence du conflit.

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