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Epictète, Manuel: le double rôle de la Philosophie

Ceci est le corrigé rédigé d'un élève ayant obtenu 13.

Dernière mise à jour : 16/03/2021 • Proposé par: alyna (élève) •

Texte étudié

«Comment se fait-il donc que j'aie écouté les discours des philosophes et leur aie donné un plein acquiescement, et que, dans la pratique, je ne me sois en rien libéré plus entièrement ? Serais-je par hasard d'une nature si ingrate ? Pourtant, dans les autres matières, dans toutes celles dont j'ai voulu m'occuper, on ne m'a pas trouvé trop mal doué, mais j'ai appris rapidement les lettres, la lutte, la géométrie, l'analyse des syllogismes. Serait-ce alors que le système philosophique ne m'a pas convaincu ? En vérité, il n'est rien qui m'ait plu davantage et que j'aie mieux aimé depuis le début et à présent je fais des lectures sur ces doctrines, je les entends exposer, j'écris sur elles. Nous n'avons pas jusqu'ici trouvé de système plus fort. Qu'est-ce donc qui me manque ? Ne serait-ce pas que les jugements contraires n'ont pas été extirpés ? Que les pensées elles-mêmes n'ont pas été mises à l'épreuve, qu'on ne les a pas habituées à faire face aux réalités, mais que, comme de vieilles armures mises de côté, elles se sont tachées de rouille et ne peuvent même plus s'adapter à moi ?»

Epictète, Manuel

Le texte d’Epictète aborde le thème de la philosophie en elle-même, plus précisément du double aspect qu’elle comporte : la théorie et la pratique. Ces termes théorie et pratique sont étroitement liées au point d’être complémentaires mais en même temps ils sont aussi contradictoires car il u a un grand décalage entre théorie et pratique. A propos de cet extrait du Manuel, l’auteur pose la problématique suivante « comment concilier théorie et pratique ? ». L’auteur tente d’y répondre en envisageant trois hypothèses successives. Epictète expose sa thèse en ne retenant que sa dernière hypothèse : l’exercice permet de concilier théorie et pratique, il est le principal moteur dans le passage su savoir à la sagesse. Dès la 1ere phrase de cet extrait Epictète souligne la contradiction entre l’ordre du discours et celui de la pratique. Pour expliquer ce paradoxe, il propose 3 hypothèses:
- serait ce dû à l’insuffisance de des sons naturels ?
- à un manque de conviction ?
- à un manque d’exercice ?
Epictète récuse les 2 premières hypothèse et conclut que l’exercice a un rôle fondamental dans le passage du savoir à la sagesse.

La première étape correspond à la première phase du teste qui annonce la problématique, elle signale la contradiction entre l’ordre du « discours » (l.1) et celui de la « pratique » (l.3). L’auteur s’intéresse à la philosophie, il la trouve intéressante, il la comprend, elle est facile à admettre mais à exercer dans la pratique, elle devient bien plus compliquée. Epictète est en accord d’un point de vue théorique puisqu’il donne « un plein acquiescement » en faisant confiance « aux philosophes ». La philosophie fait part d’une certaine sagesse et d’amour, elle n’est pas uniquement une connaissance du monde se basant sur des principes fondamentaux, elle implique également une manière d’être. Le philosophe est un être abordant différemment les évènements de la vie car il est détaché et serein. Le savoir du philosophe juge les instants quotidiens et par la suite, la totalité de ses actes. Epictète désigne à la troisième ligne, cette pratique de la philosophie comme une libération, mais pourtant lui n’arrive pas à être « libéré plus entièrement ». Pour l’auteur, mettre en pratique la philosophie équivaut à se délivrer, dans notre manière habituelle de réfléchir, de penser, de sortir des préjugés.
Pour répondre à son problème, Epictète envisage une 1ère hypothèse qui serait que l’inefficacité de la philosophie proviendrait de sa nature, d’une insuffisance de dons naturels(l 4 à 8).L’auteur montre qu’il soute de lui car normalement il est doué mais là il n’y arrive pas. Il se pose la question « serais- je d’une nature si ingrate ? », cette nature désignerait son esprit lent ayant du mal à comprendre les explications : par toutes les méthodes, il obtient de mauvais résultats. Cette capacité d’assimilation peut se manifester aussi bien d’un point de vue physique (ex: être plus ou moins doué dans un sport) que d’un point de vue intellectuel ; dans le texte il y a une accumulation de termes comme « lettre » (apprentissage de la lecture et de l’écriture), « géométrie »(mathématiques), « analyse du syllogisme » (français). Epictète avoue l’importance du domaine intellectuel : il sait que s’il ne comprend pas les thèses philosophiques, il ne pourra pas les appliquer. En abordant l’explication par la nature, il sous entend la nature individuelle, propre à chacun et met en avant les prédisposition naturelles à la philosophie. Epictète réfute cette hypothèse de la nature.
Epictète émet une 2nde hypothèse, le décalage entre théorie et pratique proviendrait d’un manque de conviction. L’auteur se demande s’il a vraiment été convaincu, pouratant la philosophie lui plait vraiment. Il ne suffit pas de comprendre une idée pour la mettre en pratique mais il faut la mettre en pratique mais il faut en être convaincu. L’attachement à une idée est la conviction. Cette conviction a une part d’aspect pratique puisqu’elle se trouve entre la simple compréhension de l’idée (théorie) et l’action de la mettre en œuvre (pratique). Pour rejoindre la pratique, il faut se convaincre avec plus de théorie. Epictète met l’accent sur les conséquences pratiques du « système philosophique » (l. 9). L’auteur montre l’importance de la conviction mais cette condition n’est pas suffisante pour concilier théorie et pratique.
Epictète admet une 3e hypothèse (l 15 à 20) qu’il retiendra et fera de celle-ci sa thèse, c’est l’explication par l’exercice, par l’entraînement. L’exercice diminue le fossé entre théorie et pratique car c’est lui qui permet de concilier les deux. En effet, dès que l’on suit la théorie il faut la mettre en pratique et cette action ne peut se faire que par l’exercice. Epictète emploie différents mots comme « adapter », « habitués », »extirpés » , « mise à l’épreuve », ils font penser à un long cheminement, à un travail régulier par lequel, au fur et à mesure nous maîtrisons de mieux en mieux l’aspect pratique. Epictète explique que si la théorie n’est pas mise en pratique,elle n’est plus valable ,on peut plus s’en servir, cette idée est renforcée par la comparaison « comme de vieilles armures mises de côté, elles se sont tachées de rouille « . Mais en même temps, les idées sont des armes de combat pour combattre les difficultés de la vie. L’habitude résulté de l’exercice, cette habitude comprend une répétition des mêmes actes et une durée nécessaire pour réunir théorie et pratique.

Nous avons pu voir qu’ Epictète explique que pour concilier au mieux théorie et pratique , il faut pratiquer longuement et rigoureusement l’exercice mais n’y a-t-il pas une autre explication ?

Epictète a fait de sa 3e hypothèse sa thèse, la solution la plus juste à sa problématique. Il a réussi à montrer que l’exercice est l’intermédiaire qui permet de concilier la généralité de la théorie et la particularité de la pratique. Cette thèse est étayée par des arguments qui font d’elles la meilleure réponse parmi les 2 autres explications à la problématique. L’auteur a raison car l’exercice est le meilleur entraînement pour parvenir à son but dans n’importe quel domaine, pour concilier théorie et pratique. C’est donc par manque d’exercice que les pensées et les idées sont mal mises en œuvre. Ce texte apporte donc un élément important et essentiel au problème posé : l’exercice , il faut se soumettre à un entraînement méthodique et régulier, seul l’exercice assure le passage de la théorie à la pratique sans problème, il y a aussi un passage inverse : toute mise en pratique efficace conduit plus ou moins consciemment à une théorisation. On peut donc comparer l’exercice à une passerelle à double sens. Mais en même temps pour exercer ne faut-il pas d’abord avoir la volonté de le faire ?
L’écart entre la théorie et la pratique viendrait d’un manque d’exercice mais avant tout d’un manque de volonté. En effet il y a une nuance entre » savoir le faire » qui viendrait de l’exercice et « vouloir le faire » qui viendraient de la volonté. Epictète aurait pu souligner cette volonté qui entraîne par la suite l’exercice car l’exercice ne démarre pas de lui-même il faut en amont une certaine motivation et une certaine volonté . Si cette volonté n’est pas présente, l’exercice ne pourra pas être déclenché et le fossé entre théorie et pratique ne sera pas comblé.

L’intérêt essentiel de ce texte traitant des rapports entre pensée et existence est de montrer que l’écart entre connaissance et action ne tient pas seulement à une déficience interne à la connaissance. On ne peut identifier la vertu au savoir car l’action a un caractère propre résidant dans l’exercice qui produit l’habitude. Sans l’entraînement qui requiert la volonté, la pensée ne rejoint pas l’action. Cela suffit-il, pourtant, à rendre vertueux ?