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L’Homme vit sans cesse sous la menace et dans la crainte d'une mort imminente

Plan très détaillé d'un devoir d'élève. Note obtenue: 18/20.

Dernière mise à jour : 14/05/2021 • Proposé par: rominet79 (élève) •

Le problème du sens et de la valeur d’une existence vouée à la mort préoccupe la philosophie depuis son origine. Elle est même apparue comme le questionnement essentiellement philosophique ; ses enjeux semblent en effet cruciaux, engageant la possibilité de toute vie bonne et heureuse. La conscience de la mort, qui caractérise la dimension humaine de l’existence, risque en effet de faire tomber celle-ci dans l’absurde. Il y va donc de la possibilité de donner du sens à cette existence toute entière. Nous ferons naître notre questionnement à partir de l’affirmation suivante : « l’homme vit sans cesse sous la menace et dans la crainte d’une mort imminente ». C’est parce qu’il a conscience de son être que l’homme est également conscient du non-être. Ce non-être effraie, en tant que tel, il est le rien, le vide, le néant…Affirmer que l’homme vit sans cesse sous la menace et dans la crainte d’une mort imminente n’est pas faux. En effet, ayant conscience de notre vulnérabilité, nous savons qu’elle plane au-dessus de nous. Cependant, cette affirmation n’est pas sans poser quelques problèmes. La peur de la mort n’est pas tout dans la vie de l’homme. Il la craint, cela est certain ; il vit sans cesse sous sa menace, cela ne l’est pas moins en effet puisque telle est la destinée de chacun d’entre nous. Néanmoins, nous ne pensons pas à notre mort prochaine dans chacune de nos actions, dans chacun de nos actes, tout du moins pas consciemment. Cette affirmation nous conduit donc naturellement à nous interroger sur l’effectivité de cette crainte permanente de la mort. Seul un questionnement existentiel, envisagé depuis le point de vue engagé et partial du sujet peut nous faire comprendre le tourment, la crainte qu’impose l’idée de la mort.

I. La mort, une peur réelle

La mort, phénomène banal est aussi commune que la natalité. Et pourtant, comme l’affirme Jankélévitch (La Mort) : « Jamais la répétition du phénomène empirique n’effacera le drame des consciences individuelles ». Pourquoi ? La mort appartient à la fois au domaine de l’expérience et, en un sens, le transcende comme un miracle. Elle est le miracle de la disparition absolue, quelque chose de démesurée et d’incommensurable. Comment comprendre ce paradoxe : ce qui est la loi même de la vie, et sa loi la plus certaine, est en même temps extra ordinem, irréductible à tous les autres phénomènes naturels. C’est ce que Jankélévitch nomme « l’empirico-métempirique » de la mort : le fait qu’elle s’inscrive dans le monde de l’expérience commune tout en restant profondément « surnaturelle » et incompréhensible. C’est qu’il faut distinguer la mort comme phénomène biologique et la mort comme évènement existentiel. On ne peut comprendre l’affliction et la crainte de la conscience devant cette idée qu’en prenant en compte la dimension existentielle de cette découverte.

La mort effraie car elle est néantisante, elle ruine mes projets et est l’anéantissement de mes possibles. Mais elle est d’autant plus angoissante qu’elle surgit dès la possibilité des possibles. Dès que j’entre dans la vie et que j’ouvre devant moi le champ des possibles de ma liberté, je me trouve devant cette étrange possibilité de l’annihilation de ma vie. Les possibles anéantis dès leur existence, c’est en un sens l’absurdité absolue. De là, l’horreur que suscite la pensée de la mort intervenant en pleine jeunesse, comme si la mort devenait plus insupportable encore lorsqu’elle ne joue pas le jeu et ne laisse même pas à l’individu la possibilité des possibles, c’est-à-dire celle d’une certaine réalisation de soi.

II. La conscience de la mort

La mort nous menace : quelque soit le moment où elle peut surgir, la mort laisse apparaître à la conscience une horrible dissymétrie temporelle : contraste entre le temps de la vie, temps de l’effort, construction progressive et semée d’obstacles, et le temps de la mort, immédiat, instantanée, où un instant est capable de ruiner le temps entier de notre vie. Le temps de la mort réduit à un instant, devient, par le contraste temporel qu’il créer, plus effrayant encore.

La mort est l’ennemi invisible par excellence, celui qu’on n’affronte pas puisqu’il est insaisissable par la pensée et ne se situe dans aucun temps. La mort nous menace et nous la craignons car elle me laisse doublement impuissant : je ne peux l’encercler par la pensée et je ne peux même pas la rattacher à un temps quelconque. Elle échappe à tout horizon temporel. La mort de chacun se dit certes toujours au futur, mais l’extrême futur de la mort se tient toujours dans le futur, jusqu’au dernier instant. Elle est l’avenir qui ne se produit jamais parce qu’elle n’est jamais présentifiable en tant que mort propre. Comme le dit Jankélévitch, la mort ne peut se conjuguer à la première personne. Elle est en première personne toujours un point de fuite, un avenir qui recule et ne survient jamais. Au passé, elle se dit seulement à la troisième personne : « il est mort », mais alors, elle nous laisse sans témoignage, puisque celui qui ‘a vécue n’est plus là pour en parler.

Comme telle, elle se maintient dans une perspective que le présent repousse loin d’elle, jusqu’au jour où survient sur un mode discontinu l’Angoisse : « Parce que le futur de la mort propre n’est pas présentifiable, il revêt facilement un caractère abstrait, parce que sa date est indéterminé et parce que la mort n’est jamais nécessaire à tel où tel moment, nous la renvoyons volontiers aux calendes. L’homme réalise sa mort et la réalise dans l’angoisse lorsqu’il comprend que le dernier avenir, comme les avenirs mineurs de l’intervalle, est fait lui aussi après tout pour advenir ; lorsqu’il découvre que la fin des fins, comme les petites fins intermédiaires des séries intravitales, pourrait bien être un jour mon présent ». Jankélévitch in La Mort, p.19.

III. Comment ne pas tomber dans l'obsession ?

Il existe une tendance immédiate au refoulement de la mort : elle se manifeste d’abord par la fuite. Fuir la mort, c’est chercher à évacuer d’abord son symptôme, l’affliction, en s’étourdissant dans des activités multiples. C’est ce que Pascal pense dans la notion de divertissement. Se divertir, c’est agir en poursuivants de faux buts, qui sont en fait des prétextes pour nous cacher la vérité de notre condition : « Le dernier acte est sanglant, bien que belle soit la comédie en tout le reste : on jette enfin de la terre sur la tête et en voilà fini pour jamais ». Pascal in Pensées, 210B. pour ne pas prendre conscience de notre mort, nous nous dispersons en accumulant des expériences multiples et décousues.

On peut également mettre au jour une tendance à rationaliser l’évènement de la mort en réduisant son mystère pour le reconduire à un problème théorique. Il s’agit de dépersonnaliser la mort, de la réduire à une notion abstraite, rapportée au champ collectif. La religion est également un moyen que l’homme a trouvé pour se rassurer. S’inventer des Dieux maîtres de nous comme de l’univers, qui décident de notre vie comme de notre mort. Il en est de même de la croyance en un au-delà dans lequel notre vie se prolongerait, faisant ainsi de la mort non plus en fin mais bien un instant de passage.

Mais l’idée de la mort, écartée de la conscience, resurgit néanmoins avec une virulence accrue : c’est en quelque sorte le destin du refoulé que de réapparaître là où on ne l’attend pas. l’oubli est impossible : nous faisons l’expérience de notre finitude tout au long de notre vie, dans le vieillissement tout d’abord, puis aussi dans l’expérience de la mort des autres.

Conclusion

La mort effraie donc en tant qu’ennemie invisible, ennemie incernable. Elle est l’Inconnue par excellence : c’est ce qui lui confère cette étrangeté irréductible. On conçoit donc l’affliction de la conscience immédiate quand la conscience de la mort l’envahit. Cette affliction, ce tourment, est à la fois tristesse, abattement, spleen et effroi, angoisse. Nous avons vu que les tentatives d’apaisement de la conscience immédiate sont avant tout des efforts désespérés pour se masquer la finitude de sa condition. Les consolations trouvées sont alors des instruments de dissimulation : détournement de l’attention, réduction du mystère, refoulement de l’idée de la mort, semblent à première vue des conditions nécessaires de la vie. Si la mort apparaît comme l’idée néantisante par excellence, la conscience cherche à y échapper ; l’essentiel de ses activités vise alors l’évitement de cette pensée et le refuge dans l’inconscience. Néanmoins, nous en sommes arrivés à la conclusion que ces tentatives se soldent par un échec nécessaire et plongent la conscience dans l’obsession, qui est le pendant de ce refoulement spontané.