Hegel, Rapport à Niethamer: L'apprentissage de la philosophie

Copie d'élève entièrement rédigée, en deux parties:
I. La philosophie doit être enseignée comme toute autre science,
II. La philosophie, une science concrète.
Note obtenue: 15/20. Commentaire du professeur: "bonne copie avec une analyse pertinente".

Dernière mise à jour : 20/04/2021 • Proposé par: pisho (élève) •

Texte étudié

La démarche mise en œuvre dans la familiarisation avec une philosophie riche en contenu n'est bien aucune autre que l'apprentissage. La philosophie doit nécessairement être enseignée et apprise, aussi bien que toute autre science. Le malheureux prurit qui incite à éduquer en vue de l'acte de penser par soi-même et de produire en propre, a rejeté dans l'ombre cette vérité – comme si, quand j'apprends ce que c'est que la substance, la cause, ou quoique ce soit, je ne pensais pas moi-même, comme si je ne produisais pas moi-même ces déterminations dans ma pensée, et si elles étaient jetées en celle-ci comme des pierres ! – comme si, encore, lorsque je discerne leur vérité, je n'acquérais pas moi-même ce discernement, je ne me persuadais pas moi-même de ces vérités ! – comme si, une fois que je connais bien le théorème de Pythagore et sa preuve, je ne savais pas moi- même cette proposition et ne prouvais pas moi-même sa vérité !, Autant l'étude philosophique est en soi et pour soi une activité personnelle, tout autant est-elle un apprentissage – l’apprentissage d'une science déjà existante, formée.

[... ] La représentation originelle, propre, que la jeunesse a des objets essentiels, est, pour une part, encore tout à fait indigente et vide, et, pour une autre part, en son infiniment plus grande partie, elle n'est qu'opinion, illusion, demi-pensée, pensée boiteuse et indéterminée. Grâce à l'apprentissage, la vérité vient prendre la place de cette pensée qui s'illusionne.

Hegel, Rapport à Niethamer

Le terme philosophie vient du grec philo (le désir) et sophia (la sagesse), cela signifie ami de la sagesse. Dans ce texte, Hegel pose un problème simple : la philosophie est-elle une matière qui s'enseigne par "un bourrage de crâne" intense, comme si l'on remplissait notre cerveau, ou bien est-ce une autre forme d'apprentissage basée sur la réflexion avant tout? En effet, c'est ici que réside toute la difficulté, à savoir peut-on apprendre à philosopher? La philosophie a souvent été considérée comme un enseignement marginal qui sortait de l'ordinaire, mais n'est-ce pas simplement une matière comme toutes les autres?

I. La philosophie doit être enseignée comme toute autre science

La thèse de l'auteur est clairement explicitée dans les premières lignes tout comme le thème central qui est clairement défini. Il s'agit ici de l'éducation et plus particulièrement l'apprentissage de la philosophie. On peut ainsi lire dans les lignes 1-2 : "La démarche mise en œuvre dans la familiarisation avec une philosophie riche en contenu n'est bien aucune autre que l'apprentissage". L'auteur du texte, ici Hegel, attaque directement son texte avec le sujet qu'il écrit dès les premières lignes. Le texte va traiter de l'apprentissage de la philosophie. On va voir comment est-ce qu'on travaille la philosophie. Il annonce ensuite sa thèse dans les lignes 2-3 : "La philosophie doit nécessairement être enseignée et apprise, aussi bien que toute autre science". La philosophie pour l'auteur doit-être enseignée par un apprentissage et pour pousser plus loin son raisonnement il compare cette matière à une science qui comme toutes les autres sciences mérite d'être acquise.

Par la suite, Hegel condamne ceux qui ne sont pas d'accord avec cette thèse. En effet il les traite de "malheureux prurit" à la ligne 3. Il rejette la thèse adverse défendue entre autres par Platon dans La République et le texte appelé l'allégorie de la caverne. Platon pense avant tout, lui que la philosophie repose sur une réflexion très posée de l'être. Pour lui, la philosophie ne peut-être une matière dont l'appropriation réside dans l'apprentissage aigu. Il dit "ce que je sais, c'est que je ne sais rien", cela signifie que la philosophie s'acquière naturellement, elle nécessite cependant un changement de point de vue, un mouvement de la tête comme pour les prisonniers de la caverne qui voient les objets réellement et pas dans l'ombre. Néanmoins pour Hegel celui qui pense cela, n'est pas dans le droit chemin mais dans "l'ombre de la vérité" (l.5).

II. La philosophie, une science concrète

Pour étayer sa thèse, Hegel utilise une série de contre-exemples. Pour lui l'apprentissage n'est pas un catalogue d'idées qui servent uniquement à remplir quelque chose de vide. La philosophie n'est pas basée uniquement sur la réflexion puisque l'apprentissage permet tout autant de réfléchir, il est même nécessaire à cette réflexion. Selon l'auteur, la base de l'enseignement serait l'apprentissage, parce qu'il insiste sur le fait qu'apprendre à décrypter une connaissance entraîne forcément de la réflexion. C'est ainsi que nous pouvons voir à la ligne 5-6 :"comme si, quand j'apprends ce que c'est que la substance, la cause, ou quoi que ce soit, je ne pensais pas moi-même". Dans les lignes 9 à 11, Hegel utilise un exemple concret qui concerne le théorème de Pythagore. Nous pouvons penser que cet exemple, est toujours en relation avec Platon et avec son texte sur la caverne, puisque dans ce dernier la grande montée pour sortir de la caverne symbolise l'acquisition des mathématiques puisque la philosophie se différencie de la littérature par son rapprochement vers les mathématiques.

Dans cet exemple qui sert toujours à défendre sa thèse, Hegel nous dit que ce théorème, une fois qu'il est connu, permet de le comprendre et ensuite de le démontrer. L'auteur en revient toujours au même point, que l'apprentissage est la base de l'enseignement, c'est ainsi qu'il écrit : "comme si une fois que je connais bien le théorème de Pythagore et sa preuve, je ne savais pas moi-même cette proposition et ne prouvais pas moi-même sa vérité!" Le "moi-même" renvoie à l'auteur ici et le "comme si" met l'accent sur le caractère ironique de cette phrase et surtout pour montrer l'importance de la thèse de l'auteur. Hegel pense que la philosophie est une science concrète qui permet de sortir de l'illusion par son apprentissage, comme il l'exprime clairement la ligne 12-13 : "l'apprentissage d'une science déjà existante, formée". Elle peut-être apprise et enseignée puisqu'elle est "déjà existante" et qu'elle est concrète. Ce n'est pas une matière qui nécessite une forte réflexion, mais plutôt un apprentissage pour pousser cette réflexion.

Enfin pour conclure sa démonstration, l'auteur s'arrête sur une affirmation qui est d'ordre général car pour lui, la plupart des gens penseraient que ceux qui étudient la philosophie, principalement les jeunes gens, apprennent bêtement. Selon Hegel cela est faux, la philosophie est une sortie de l'illusion, une entrée dans la vie qui se produirait principalement grâce à l'apprentissage de cette science. C'est ainsi qu'il conclut son texte : "la vérité vient prendre la place de cette pensée qui s'illusionne." Grâce à l'apprentissage et plus particulièrement celui de la philosophie, les préjugés s'effacent pour laisser place à la vérité.

Conclusion

Dans ce texte, Hegel défend le fait que la philosophie est une matière à part entière qui nécessite un apprentissage complet pour la dominer. Il conteste ainsi la thèse défendue par Platon à savoir que l'on ne fait pas de la philosophie comme l'on apprend un poème, mais plutôt comme l'on apprend à parler et à marcher, c'est à dire intuitivement. Pour ce dernier, la philosophie est avant tout une réflexion naturelle. Selon ces deux auteurs, cette matière est un échappatoire à l'illusion, un moyen de connaître la vérité et de lutter contre les préjugés.