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Etre libre est-ce ne renconter aucun obstacle ?

Dernière mise à jour : 16/03/2021
Proposé par: lilikay (élève)

Description du corrigé: Dissertation que j'ai composée et où j'ai eu 18/20.

La distinction fondamentale, essentielle entre l'animal et l'être humain, entre la chose et la personne, ou bien encore entre l'objet et le sujet procède du fait que l'homme est doté par nature de la raison. Selon Descartes, c'est donc l'esprit pensant définissant l'humain qui lui donne la capacité d'être libre. Nonobstant, l'homme n'est pas libre en lui-même. En effet, à différentes étapes de l'acte volontaire, propre à l'homme, se dressent des obstacles divers et variés qui l'empêchent d'exercer sa liberté. Or, suffit-il pour être libre de ne rencontrer aucune difficulté, aucun obstacle ? Cette question intéresse donc le rapport entre la liberté et les obstacles à celle-ci. Entre outre, il y a ambiguïté sur ces termes de libertés et d'obstacles : nous nous baserons donc sur le schéma de l'acte volontaire qui distingue les différents sens que l'on donne au concept de liberté.
Le sujet revient à se demander si la liberté d'action se définit seulement par l'absence de contraintes, d'obstacles. Y a-t-il d'autres conditions indispensables, nécessaires à la liberté d'action ? Puis, la liberté de volonté, de décision, est-elle seulement une affaire d'obstacles, autrement dit l'acte spontané est-il libre ? La réflexion n'est-elle pas déterminante et primordiale lors d'un choix ? Enfin, est-ce vraiment possible et même concevable de ne rencontrer aucun obstacle de quelque ordre que ce soit, la question n'inviterait-elle pas à être dépassée et ne reviendrait-elle pas à se demander si être libre, est-ce surmonter les obstacles ?

Dans le schéma de l'acte volontaire, la liberté d'action prend part à la phase ultime de l'acte, qui se situe donc après la décision pendant laquelle le libre arbitre prend place.

A première vue, la liberté d'action se traduit uniquement par l'absence de contraintes : ce sont les obstacles, les forces extérieures qui nous poussent à agir de telle ou telle façon. Il existe autant de sens à la liberté d'action que de contraintes qui s'y opposent. Prenons le cas de la liberté physique. L'homme est libre physiquement s'il n'est pas attaché par des menottes, pas enfermé dans une cage. L'absence de contraintes physiques est la condition nécessaire et suffisante de la liberté d'action physique.

La liberté d'action ne se borne pas qu'au domaine physique, il y a aussi la liberté civique et civile. Rousseau explique in Du contrat social que l'homme exerce sa liberté civique et civile s'il est à la fois sujet obéissant à la loi prescrite par l'Etat souverain (universellement reconnu par un peuple défini comme tel) mais aussi comme citoyen ayant des droits et des devoirs, il participe alors à la vie de la cité par le vote. C'est la théorie du contrat social où la loi (souvent vécue comme une contrainte) permet la liberté en ce sens qu'elle affranchit l'homme de la contrainte d'un autre (esclavage, soumission) puisque la loi est promulguée par un Etat légitimé par son peuple. Par voie de conséquence, il faut et il suffit de l'absence de contraintes, d'obstacles (l'homme exploitant l'homme) afin que l'homme puisse exprimer pleinement sa liberté civile et civique.

Dans la notion de liberté d'action, on trouve également le problème des rôles de l'éthique ou de la sagesse dans mon action. En effet, différents obstacles d'ordre éthique (qui répondent à la question : comment vivre ?) tels que l'éducation, la personnalité, la superstition, les désirs, l'inconscient psychique peuvent influer sur ma liberté d'action. La sagesse platonicienne (influencée par Socrate) ainsi que les stoïciens s'emploient justement à atteindre la vertu (voire le bonheur) par l'apathie c'est-à-dire l'absence de désirs grâce à la raison. Ces « tendances conscientes d'elles-mêmes » selon Spinoza traduisent un manque propre à l'homme conscient, un manque infini (comblé par Dieu selon Hegel ou Pascal) qui nous pousse parfois (désirer n'est pas forcément agir) à agir autrement que nous ne l'aurions voulu. Selon Platon, il faut s'en débarrasser, il suffit de l'absence de désirs pour que notre liberté d'action soit satisfaite, liberté à distinguer de la liberté de volonté. Epicure, lui, prône l'hédonisme c'est-à-dire le contrôle et la recherche des plaisirs par la raison. Il ne faut pas s'encombrer des craintes, entraves à la liberté d'action : c'est l'ataraxie. Enfin, la psychanalyse freudienne institue que l'inconscient psychique prend une place prépondérante dans notre psychisme et influe à la fois sur notre volonté (décision) mais aussi sur nos actions. Freud trouve en l'inconscient psychique l'explication de certains des actes humains irrationnels c'est-à-dire irréfléchis, causés par le refoulement. Sa méthode de libre association permet de prendre de conscience de son inconscient et ainsi notre liberté d'action s'accomplit vraiment par la seule absence de contraintes psychologiques et psychiques.

Il apparaît donc que l'absence d'obstacles (physiques, éthiques, psychiques, civiques et civiles) suffit à ce que la liberté d'action de l'homme s'affirme pleinement. Mais qu'en est-il de la liberté de volonté, indispensable à l'accomplissement libre d'un acte volontaire ?

La liberté de décision, de choix, de volonté présuppose l'absence absolue d'obstacles mais pas seulement : un acte seulement spontané n'est pas libre car il n'est pas réfléchi.

Descartes défend l'affirmation du libre arbitre qui se définit au sens strict comme la liberté d'indifférence (la liberté de dire oui ou de dire non) et au sens large comme la liberté de volonté. Il prône également le rôle prévalent de la raison, de l'esprit pensant qui permet un jugement libre. Un acte en lui-même ne doit pas seulement être décidé en l'absence d'obstacles (il est alors seulement spontané) mais aussi être mûrement réfléchi, médité grâce au libre exercice de la raison. Autrement dit, c'est par ailleurs aussi la thèse de Berkeley, l'homme libre doit sarcler son esprit, s'affranchir, se soustraire aux préjugés, aux opinions (« doxa », selon Platon, monde vulgaire, sensible et opposé au monde intelligible des Idées objectives vers lequel l'homme doit tendre grâce à la science afin d'atteindre la vérité). En effet, celles-ci nous conduisent à l'erreur ou pire à l'illusion où les passions fanatiques nous donnent une perception tronquée du réel. Le jugement libre et indépendant se fie à l'évidence cartésienne (et non spontanée, expression de nos préjugés), celle qui résiste au doute cartésien, méthodique et provisoire, qui espère atteindre la vérité. Selon Descartes, il faut non seulement retirer de son esprit les préjugés et les opinions (considérées comme des mauvaises herbes) mais aussi exercer sa raison afin de réfléchir son acte en lui trouvant des raisons subjectives mais justifiées de se faire et non pas des causes objectives (inférées par le déterminisme leibnizien).

Même si Spinoza dénonce l'illusion du libre arbitre : « les hommes sont conscients de leurs désirs et ignorants des causes qui les déterminent » (a contrario, Descartes affirme que « la liberté de notre volonté se connaît sans preuve, par la seule expérience que nous en avons »), ce philosophe considère que la liberté de notre volonté humaine, c'est dire non à ce qui nous poussent, c'est-à-dire nos tendances. Il réaffirme également les rôles de la réflexion, de la raison, du jugement libre intrinsèques à l'esprit.

Chez Kant, la question n'est pas de savoir si nos actes sont toujours libres ou non, c'est indécidable (la métaphysique ne peut faire l'objet de l'expérience). Sa morale basée sur le devoir postule que l'homme est libre autant dans son choix (volonté) que dans son action. La morale du devoir basée sur la raison joue un rôle également fondamental dans le jugement puisqu'elle permet de distinguer le bien du mal. Pour lui, être libre, ce n'est pas seulement ne pas rencontrer d'obstacles, c'est aussi exercer sa raison, tout en respectant une morale universelle, impérative (la notion de respect d'autrui entre alors en jeu).

Enfin, les stoïciens comme Epictète, Sénèque ou Lucrèce prônent une sagesse de l'apathie et de la soumission de l'homme à l'ordre du monde immuable. Il faut donc pour être libre se changer soi-même et s'adapter au monde qui nous entoure, en exprimant à travers chacune de nos actions (comme si c'était la dernière) le sens de notre vie. L'apathie et la raison sont des valeurs clés qui doivent être mises en oeuvre afin d'atteindre la vertu voire le bonheur et d'être libres dans nos actions et nos décisions.

A la lumière de cette nouvelle approche de la liberté, la liberté de volonté se distingue essentiellement de la liberté d'action car elle se caractérise non seulement par l'absence d'obstacles mais aussi par l'emploi soutenu de la raison guidée par la morale et inversement.

Ainsi donc, d'une part, la liberté prise dans son sens pragmatique, pratique c'est-à-dire la liberté d'action se définit nécessairement et suffisamment par l'absence d'obstacles appelés alors contraintes, par ailleurs de différentes natures. Nonobstant, d'autre part, la liberté de volonté se veut également absence d'obstacles tels que les préjugés, les opinions mais pas seulement. La volonté est libre grâce à l'usage éclairé de la raison et de la morale qui nous permettent à la fois de méditer, de réfléchir, de penser notre acte volontaire, de lui trouver des raisons profondes, comme de discerner le bien du mal ou de chasser les opinions et les préjugés. Pourtant, à la réflexion, est-il possible ou même concevable que l'on ne rencontre aucun obstacle ? En effet, tout homme, même libre, est confronté à des contraintes, des obstacles de toutes natures. La question invite donc à être dépassée : être libre, est-ce surmonter ces obstacles ? Comment les surmonter ? Le doute cartésien méthodique et provisoire, les sagesses stoïcienne et platonicienne, le raisonnement scientifique, la conscience de ses tendances, de son inconscient viendront alors éclairer cette nouvelle réflexion.

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