I. Analyse du sujet
Il s’agit d’une sujet plus difficile qu’il n’y parait, parce qu’il engage des questions de nature assez différentes et qu’il faut articuler ensemble : la question de savoir si l’on peut définir la justice de manière objective par exemple, se pose aussi bien pour l’individu (du point de vue de l’expérience subjective) que pour le politique (celui qui fait les lois, en fonction d’une idée du juste ou de l’injuste), ou le philosophe (celui qui cherche à définir le concept de justice).
La question a l’avantage d’être claire, mais elle suppose une maîtrise solide de la méthode, en particulier pour construire le raisonnement. Les notions du programme impliquées par le sujet (la justice et le droit, la raison et l’expérience) sont rarement abordées du point de vue où le sujet se situe, il faut donc adapter ses connaissances à une problématique nouvelle car il ne s’agit pas d’une question de cours.
Le premier terme auquel il faut être particulièrement attentif est « éprouver » : il signifie à la fois faire l’expérience de quelque chose, mais aussi être affecté par, subir, voire souffrir (quand on dit d’un travail qu’il est éprouvant, c’est qu’il est difficile, pénible et qu’on n’en ressort pas indemne). Eprouver l’injustice c’est donc non seulement la vivre mais en souffrir, en comprendre la dimension douloureuse et la subir.
Il faut distinguer la représentation « théorique » de l’injustice, telle qu’elle se décline par exemple quand on revendique contre des injustices (racisme, inégalités hommes / femmes ; esclavage ; maltraitance, etc.), et l’expérience faite par ceux qui subissent ces injustices (les immigrés, les femmes, les esclaves, les enfants maltraités, etc.). On insistera alors sur l’idée d’un sentiment du juste et de l’injuste, qu’éprouve un individu qui est confronté à une situation donnée.
Or on peut d’ores et déjà remarquer qu’un autre terme du sujet est à mettre en relation avec l’idée d’éprouver l’injustice, c’est celui de « savoir ce qui est juste ». Savoir c’est avoir une idée vraie, adéquate de quelque chose. La question alors sera de comprendre si l’expérience de l’injustice vaut comme savoir, ou si au contraire il y a un savoir plus « objectif » de la justice, qui peut se passer de l’expérience subjective. On peut penser en effet que ce n’est pas forcément le malade qui connaît le mieux la maladie...
L’opposition entre sensibilité et raison sera utile pour traiter le sujet : si éprouver l’injustice n’apparaît pas comme