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La pulsion instinctive est-elle plus naturelle que le comportement rationnel ?

Dissertation en deux parties :
I. Suivre seulement ses pulsions n'est pas dans la nature de l'homme,
II. La raison permet alors à l'homme de se libérer
Commentaire du professeur : « Assez bien, le sujet est plutôt bien traité, malgré parfois un manque de conceptualisation. Il faut approfondir encore. 14/20.».

Dernière mise à jour : 16/03/2021 • Proposé par: yazata (élève) •

L'homme est un être raisonnable sensiblement affecté. Et durant toute sa vie ses deux forces c'est-à-dire ses pulsions instinctives et sa raison vont s'affronter. Ainsi, un homme marié qui rencontre une femme au parfum « aphrodisiaque » éprouvera du désir mais il contrôlera ce désir en raison du principe de fidélité envers son épouse. L'instinct est innée c'est-à-dire héréditaire, il n'exige pas d'apprentissage, il est donné par la nature. On peut le considérer comme la réaction (et non l'action c'est-à-dire l'acte volontaire) à certains stimulis. La pulsion instinctive est donc le fait que nos sentiments personnels déterminent nos actes. Au contraire, la raison est l'activité cérébrale qui consiste à comparer, rapprocher, traiter des éléments d'information, de connaissance et ainsi de bien juger, de discerner le vrai du faux, le bien du mal. Le comportement rationnel est donc l'ensemble des actes réalisé après avoir réfléchi sur les conséquences de ceux-ci et classer ces effets selon notre échelle de valeur déterminée elle aussi par la raison et donc opposé à l'empirisme c'est-à-dire à ce qui repose sur les perceptions uniquement. Puisqu'on évoque ici la raison, on restreint notre étude sur l'homme, seule créature raisonnable sur terre. L'adjectif « naturel » qualifie ce qui est déterminé par les lois naturelles. Or l'espèce humaine n'est pas naturelle. En effet, si elle l'était, l'essence déterminerait la place de chaque homme, et tout comme dans les ruches où la gardienne garde, l'ouvrière travaille et la reine produit, l'homme accomplirait durant toute sa vie ce que le déterminisme naturel le contraint a faire. Le mot naturel est donc à prendre ici dans le sens de ce qui est inné, universel chez tous les hommes. Freud dans Malaise de la culture, affirme que « comme finalité et dessein de de leur vie, […] , [les hommes] aspirent au bonheur ». La recherche du bonheur est universelle à l'échelle de l'humanité, la recherche du bonheur caractérise la nature humaine.

La question qui découle donc est de savoir si le bonheur de l'homme réside plus dans une vie commandée par ses sens ou une vie commandée par sa raison ?

I. Suivre seulement ses pulsions n'est pas dans la nature de l'homme

Nous vivons en Occident avec le mythe de l'homme naturel, mythe qui exprime toute notre nostalgie d'une vie au milieu de la Nature. Selon ce mythe, l'homme sauvage aurait vécu indépendamment de toute société et aurait suivi uniquement ses instincts naturels ce qui aurait permis l'épanouissement de sa liberté naturelle et de l'équilibre entre ses besoins et les ressources disponibles. Cependant, ce mythe est faussé par le cinéma qui nous présente souvent le sauvage vivant seul dans la jungle, comme le Tarzan d'Hollywood : un héros bien rasé et connaissant déjà les bonnes manières ! Or cette image n'a pas grand rapport avec l'homme sauvage tel qu'on a pu le découvrir, par exemple, en Aveyron. L'enfant sauvage âgé de 6 ans avait plus de l'animal que de l'homme. De plus, l'état de nature n'est qu'hypothétique. Nous n'avons pas la preuve que l'homme ait vécu un jour, seul, sans société. D'ailleurs, les fouilles sur des sites préhistoriques, par la découverte de tombes, nous laisse au contraire supposé que l'homme a toujours vécu en groupe.

Or ce qui est certain c'est qu'en société agir uniquement selon ses pulsions est loin d'être source de bonheur. En effet, si chaque homme se pliait immédiatement à ce que lui dicte ses sentiments, ses passions, cela supposerait une sexualité librement déchaînée, l'agression sauvage et sans entraves contre tout ce qui gêne sa liberté individuelle, l'expansion de sa propre vie au dépend de celles des autres. Ce serait alors l'aliénation de l'homme à ses « penchants animaux » mais également l'aliénation des autres hommes puisqu'ils subiraient malgré eux les actions des autres. Epicure assure que pour être heureux « il ne faut pas rechercher tout plaisir », il faut se contenter de satisfaire ses désirs naturels et nécessaires (dormir, manger sainement,…) et éliminer ce qui nuirait à la sérénité de l'âme ou du corps (le tabac, l'alcool,..) Or l'instinct nous amènera toujours a satisfaire tous les plaisirs de nos sens sans souci des conséquences sur nous même et autrui.

Ainsi, on peut dire que suivre seulement ses pulsions n'est pas dans la nature de l'homme puisque ce n'est pas la liberté, ni reconnaissance de la liberté de l'autre donc non-respect de l'humanité.

II. La raison permet alors à l'homme de se libérer

Est-ce que pour autant le comportement rationnel est celui à suivre pour être heureux ? Dans un premier temps, nous pouvons affirmer que la raison est nécessaire à la vie. En effet, l'instinct de l'homme n'est pas aussi développé que celui de l'animal : le veau court instinctivement à la mamelle de sa mère tandis que si la femme ne portait pas son bébé à son sein, celui-ci périrait. De plus, la nature n'a pas donné à l'homme autant de capacité physiques qu'il a de besoins. En effet, non seulement la nourriture, nécessaire à sa subsistance, disparaît quand il s'en approche ou, au mieux, requiert son labeur pour être produite, mais il faut qu'il possède vêtements et maison pour se défendre des dommages du climat. Ce n'est que grâce à la raison que l'homme peut survivre. A l'état de nature, si celui-ci a existé, la disparition de l'homme aurait sans doute était inévitable. Grâce à son intelligence, l'homme a pu développer des techniques de survie comme faire du feu, coudre, etc…. L'utilisation de la raison pour déterminer nos actions est donc nécessaire à la vie.

Mais la raison est également ce qui permet la libération humaine, une liberté nécessaire au bonheur. Qu'est-ce qu'être libre, sinon être capable d'agir et de penser en étant soi-même à l'origine de ce que l'on fait et de ce que l'on pense. Au contraire des êtres primitifs, l'homme grâce à sa raison, peut prendre conscience du réel, ce qui va lui donner la capacité d'élaborer des lois, des principes correspondant à ses valeurs et d'agir ensuite conformément à ses principes. En faisant précéder chaque acte par la réflexion, l'homme peut donc se rendre maître de ses impulsions et affirmer ses propres choix, sa liberté. D’où la signification de l'expression "se faire une raison" qui traduit l'opposition entre d'une part la raison, et d'autre part, les pulsions et les sentiments.

Ainsi, l'un des rôles principaux que joue la discipline à l'école consiste à faire découvrir à l'enfant la nécessité de "la contrainte des lois" dans l'existence humaine, de lui montrer que les lois déduites de la raison sont indispensables puisqu'elles permettent la vie en société. Par exemple, la circulation se doit d'être réglementée et de façon raisonnée, car si on laissait imaginons, les voitures se garaient sur les couloirs de bus , la situation serait ingérable. Comme le dit Rousseau, « l'obéissance à la loi qu'on s'est prescrite est liberté ». Mais le comportement rationnel n'est pas opposé à la nature bien au contraire. Bien que par la raison l'homme se détache des lois naturelles pour établir ses propres lois, c'est bien la nature elle même qui lui a donné cette capacité. C'est par le développement de cette raison que l'homme va parvenir à créer son monde, un monde compatible avec ce qu'il est et ce que à quoi il aspire c'est-à-dire le bonheur. La raison le destine à se rendre digne de l'humanité et non uniquement à satisfaire ses propres désirs. Si la nature ne lui a assigné qu'une courte durée de vie (et c'est précisément le cas), c'est qu'elle a besoin d'une lignée peut-être interminable de générations où chacune transmet à la suivante ses lumières, pour amener enfin notre espèce à ce qu'elle réserve pour elle. C'est dans cette perspective que l'homme doit vivre, dans le cas contraire ses dispositions naturelles de raison et de sensibilité ne pourraient être considérées que vaines et sans raison d'être.

Conclusion

La nature de l'homme est d'être heureux. De ce fait le comportement rationnel est celui qui correspond le plus à sa nature. La raison lui permet d'établir des moyens de survie et d'organiser sa société pour répondre au mieux a ses besoins naturels. La raison lui permet également de se libérer des lois naturelles pour en créer d'autres correspondant à ses principes moraux et lui donne donc la possibilité de vivre l'âme sereine.
L'homme a donc été doté de raison est laissé à lui-même dans la nature dans le but, à travers ses actes, de former une humanité que la nature ne peut pas former pour lui. L'homme n'a donc pas à regretter l'état de nature si jamais celui-ci a existé un jour, car le fait de ne plus suivre de façon spontanée son instinct, lui donne la nécessité et le courage d'exercer son intelligence, sa capacité à raisonner et il y gagne ainsi la liberté sans qu'il y ait l'instinct qui choisisse à sa place de manière mécanique.

Bien que les comportements dictés par la raison soit ceux qui amènent au bonheur, beaucoup d'hommes se perdent dans l'intensité de leur passion et de leur désir. L'amour n'est-il pas très souvent la cause de suicide ou de meurtre ? Ainsi on peut se demander si parfois l'instinct ne peut être vaincu par la raison ?