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Pourquoi vouloir la science ?

Plan détaillé avec des références utiles pour chaque partie :
I. La causalité ontologique et la finalité pratique de la science,
II. Les limites de cette poursuite effrénée de science,
III. La finalité théorique de la science doit être subordonnée à une finalité pratique

Dernière mise à jour : 16/03/2021 • Proposé par: ddp (élève) •

Introduction

Définition des termes et problématisation : La science peut être définie comme étant un ensemble de connaissances que nous avons sur le monde extérieur et sur nous-mêmes. La possibilité que nous avons de nous référer à des points de repères fiables, les connaissances devant être considérées comme vraies pour être dites scientifiques, se présente plutôt sous le signe de l'utilité et non sous celui de la suspicion. Or la question « pourquoi vouloir la science ? » semble être malvenue car la science n'a plus à faire ses preuves, son utilité pratique, et théorique, ne pouvant être remise en cause. La question porte moins sur la nature de la science comme telle que sur notre rapport à elle. Le verbe « vouloir » en ce sens est important dans ce sujet. Vouloir la science c'est se déterminer à la chercher et à l'obtenir. La volonté souligne donc que la science n'est pas innée mais acquise, elle n'est pas donnée à l'homme à sa naissance mais il doit s'efforcer de sortir de son ignorance pour y accéder. Si le « pourquoi » du sujet est pris dans un sens causal, cette causalité se trouve éclairer par la volonté. C'est parce que l'homme peut avoir la science mais ne l'a pas encore qu’il la recherche, qu'il la veut. D'autre part « vouloir la science » suppose aussi que la science ne soit pas un domaine que l'homme peut parcourir en un temps fini, mais au contraire continuer à vouloir la science c'est continuer à la rechercher alors même qu'une partie de son domaine a été parcourue. Mais, si derrière le « pourquoi » nous comprenons la finalité, alors il s'agit de se demander à quelle fin la science est recherchée. Or comme ensemble de connaissances, la science semble être rivée à une utilité théorique. La science peut-elle posséder une finalité pratique ? C'est sur l'articulation entre la finalité et la causalité de la science qu'il faut s'interroger. Est-ce que la raison pour laquelle l'homme est capable de science est liée à la fin qu'il recherche ?

I. La causalité ontologique et la finalité pratique de la science

1.1 L'homme est doué de raison, c'est-à-dire qu'il peut accéder à la science.

Or cette définition de l'homme souligne le fait que « vouloir la science » naît d'un manque ou du constat d'une ignorance que l'homme veut, par tous les moyens, combler.
« Tous les hommes ont, par nature, le désir de connaître. » Aristote, Métaphysique, A 1.

1.2 La science ne doit pas être réduite à son versant théorique

Vouloir la science ce n'est pas simplement viser une meilleure connaissance des choses qui nous entourent, c'est aussi vouloir mieux vivre au sein de la nature.

"Au lieu de cette philosophie spéculative qu'on enseigne dans les écoles, on en peut trouver une pratique, par laquelle, connaissant la force et les actions du feu, de l'eau, de l'air, des astres, des deux et de tous les corps qui nous environnent, aussi distinctement que nous connaissons les divers métiers de nos artisans, nous les pourrions employer en même façon à tous les usages auxquels ils sont propres, et ainsi nous rendre comme maîtres et possesseurs de la nature. Ce qui n'est pas seulement à désirer pour l'invention d'une infinité d'artifices qui feraient qu'on jouirait sans aucune peine des fruits de la terre et de toutes les commodités qui s'y trouvent, mais principalement aussi pour la conservation de la santé, laquelle est sans doute le premier bien et le fondement de tous les autres biens de cette vie ; car même l'esprit dépend si fort du tempérament et de la disposition des organes du corps, que, s'il est possible de trouver quelque moyen qui rende communément les hommes plus sages et plus habiles qu'ils n'ont été jusqu'ici, je crois que c'est dans la médecine qu'on doit le chercher." Descartes. Discours de la Méthode, VI.

Transition : si la cause de la recherche de la science se trouve dans la nature humaine, la science n'est pas innée mais doit être acquise, la finalité de cette recherche découle de cette causalité. En effet la constitution de la science par l'homme est la condition de possibilité d'une maîtrise de la nature et en quelque sorte l'expression d'une revanche sur la nature qui a fait l'homme chétif mais doué d’inventivité et de perfectibilité.

II. Les limites de cette poursuite effrénée de science

2.1 Les limites de la science

« L'homme est un être raisonnable ; et, comme tel, il reçoit de la science sa nourriture propre et son aliment, mais les frontières de l'entendement humain sont si resserrées qu'on ne peut espérer sur ce point que peu de satisfaction pour l'étendue et pour la sécurité de ses acquisitions. » Hume, Enquête sur l'entendement humain, I.

2.2 L'écueil que constitue la volonté de science à tout prix

« Que l'on songe enfin que même l'homme de connaissance, en forçant son esprit à connaître contre le penchant de cet esprit, et assez souvent aussi contre les voeux de son coeur - à savoir, à dire Non là où il voudrait acquiescer, aimer, adorer -, exerce sa fonction en artiste et en transfigurateur de la cruauté ; faire preuve de profondeur et de radicalité revient déjà, à tout coup, à faire violence, à vouloir faire mal à la volonté fondamentale de l'esprit, qui veut sans relâche gagner l'apparence et les surfaces,- tout vouloir-connaître renferme déjà une goutte de cruauté. » Nietzsche, Par-delà le bien et le mal, §229.

Transition : La cause, le désir (ou le manque) de science, se double d'une fin, le besoin de science. Mais l'absence de limites de cette recherche est périlleuse. La connaissance humaine est limitée et le fait de refuser cette limitation provoque une privation d'autre chose.

III. La finalité théorique de la science doit être subordonnée à une finalité pratique

3.1 Ce qu'apporte une limitation de la science.

« Je ne peux donc pas même admettre Dieu, la liberté et l'immortalité, à destination du nécessaire usage pratique de ma raison, si je n’ampute pas en même temps la raison spéculative de sa prétention à des vues débordant toute appréhension, parce qu’il lui faut, pour les atteindre, se servir de propositions fondamentales qui, ne s'étendant en fait qu'à des objets d'une expérience possible, sont cependant appliquées à ce qui ne peut être un objet de l'expérience, transforment effectivement, à chaque fois, cet objet en phénomène et ainsi déclarent impossible toute extension pratique de la raison pure. Il me fallait donc mettre de côté le savoir afin d'obtenir de la place pour la croyance. » Kant, Critique de la raison pure, préface de la deuxième édition.

3.2 La vie et la science

« Quels qu’ils soient, c'est-à-dire aussi bien s'agissant du but théorétique des sciences « objectives », puisque celles-ci comportent bel et bien les «évidences » dont le savant fait constamment usage - universellement parlant, le monde de ces choses « évidemment » comprises comme étant et comme pouvant être démontrées vraies et effectives sur le mode de la doxa, ce monde est le terrain sur lequel seul toute science objective peut se déployer ; en un mot le monde de la vie, ce monde « purement » subjectif et relatif, est, dans son flot incessant de validations ontologiques, avec leurs modifications et leurs corrections, le terrain - aussi paradoxal que cela puisse paraître - sur lequel la science objective édifie ces formations de vérités « définitivement valables », « éternelles », ces formations de jugement absolument valables une fois pour toutes et pour tout le monde. » Husserl, La crise des sciences européennes et la phénoménologie transcendantale, appendice.

Conclusion

Le fait de vouloir la science s'explique de deux manières. Par la causalité cette volonté est l'expression d'une nature disposée à connaître, par la finalité, d'autre part, étant disposé à connaître l'homme s'efforce de progresser dans la science. Cependant l’élan qui nous pousse à connaître doit être maîtrisé sans quoi l'échec est à prévoir. Vouloir la science ne peut signifier lui sacrifier sa vie, le sacrifice du pratique ne peut être la condition de l'épanouissement du théorique. Au contraire la volonté de la science ne peut s'épanouir que si elle se fait au service de la vie.