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Apollinaire, Poèmes à Lou - J'écris tout seul (extrait)

I. Les images de la guerre,
II. Un poème lyrique,
III. Le dépassement de la réalité ou transfiguration

Dernière mise à jour : 16/03/2021 • Proposé par: bac-facile (élève) •

Texte étudié

J’écris tout seul à la lueur tremblante
D’un feu de bois
De temps en temps un obus se lamente
Et quelquefois

C’est le galop d’un cavalier qui passe
Sur le chemin
Parfois le cri sinistre de l’agace
Monte Ma main

Dans la nuit trace avec peine ces lignes
Adieu mon cœur
Je trace aussi mystiquement les signes
Du Grand Bonheur

Ô mon amour mystique ô Lou la vie
Nous donnera
La délectation inassouvie
On connaîtra

Un amour qui sera l’amour unique
Adieu mon cœur
Je vois briller cette étoile mystique
Dont la couleur

Est de tes yeux la couleur ambigüe
J’ai ton regard
Et j’en ressens une blessure aigüe
Adieu c’est tard

Apollinaire, Poèmes à Lou - J'écris tout seul (extrait)

Problématique

Nous tenterons de montrer comment l'écriture parvient à lier deux univers différents et comment le poète parvient, dans un univers hostile, à exprimer son amour pour Lou.

Plan

Dès lors; si ce texte nous montre des images de la guerre, il s'agit également d'un poème lyrique qui va permettre un dépassement de la réalité.

I. Les images de la guerre

- lexique de la guerre : "obus" v 3, "galop" v5.

- lexique de la lumière "lueur tremblante" v1, "feu de bois" v2 mais aussi "noirceur" v9.
Cette pénombre s'associe à l'angoisse "tremblante" v1, "lamente" v3.

- C'est cette pénombre qui va également développer la perception auditive :
"l'obus qui se lamente " v3 soutenu par une assonance en [an] + la dentale [ t ].
"le galop" v5 : assonance en [ a ].
"le cri sinistre" : assonance en [ i ].

- solitude : "j'écris tout seul" v 1.

Cet acte d'écriture va permettre l'expression d'un sentiment amoureux de la femme aimée.

II. Un poème lyrique

- présence d'une destinatrice : poème dédicacé "à Lou" et l'apostrophe v 13 " O Lou".

- jeu sur les pronoms personnels " je " et "tu" : "mon amour" v 13 et "mon coeur" v18. On a une 1re personne qui désigne la seconde. D'où le lexique amoureux : 3 x "amour" et 2x "mon coeur".

- v 21-22 : focalisation sur "les yeux" de la femme aimée. Vision vers l'avenir avec cette fusion "nous" v14 et "on" v16.

L'opposition futur "donnera, connaîtra, sera " v14-17 / présent "j'écris" v 1, "se lamente" v3 évoque un espoir.
Cet amour va être capable de transfigurer le réel.

III. Le dépassement de la réalité ou transfiguration

La passion va permettre au poète de transfigurer la réalité. L'écriture ("j'écris" v1, "trace des lignes" v9) est une forme d'évasion et lui permet de prendre des distances par rapport au monde environnant.

La nature, par analogie, permet de retrouver la femme aimée : dans l'obscurité, il la voit dans une étoile v19-21 : "cette étoile dont la couleur est de tes yeux". Cette étoile le protège au niveau mental.

Cette lumière permet au poète de s'échapper de la nuit et de la guerre.
Allégorie du "Grand Bonheur" v12, il veut atteindre un idéal.

Il y a une vision religieuse puisqu'il place le bonheur, cet amour dans l'au-delà par la présence du mot "mystique".

Plus on est dans le désespoir, plus l'espoir auquel on peut se raccrocher est surdimensionné et développe un caractère sacré.

Conclusion

La femme aimée est un guide vers une autre dimension qui préfigure aussi l'échec de cet amour qui est appelé à sombrer dans la guerre.

L'acte d'écriture a été pour Apollinaire, comme pour d'autres soldats, une façon de se raccrocher à la vie.