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Beaumarchais, Le Mariage de Figaro - Préface

Commentaire en deux parties :
I. La revendication d'une critique de la société qui revient en fait à une critique des grands,
II. Le ressort comique de la pièce lié à cette critique

Dernière mise à jour : 16/03/2021 • Proposé par: chewif (élève) •

Texte étudié

Oh ! que j’ai de regret de n’avoir pas fait de ce sujet moral une tragédie bien sanguinaire ! Mettant un poignard à la main de l’époux outragé, que je n’aurais pas nommé Figaro, dans sa jalouse fureur je lui aurais fait noblement poignarder le puissant vicieux ; et comme il aurait vengé son honneur dans des vers carrés, bien ronflants, et que mon jaloux, tout au moins général d’armée, aurait eu pour rival quelque tyran bien horrible, et régnant au plus mal sur un peuple désolé ; tout cela, très loin de nos mœurs, n’aurait, je crois, blessé personne ; on eût crié Bravo ! ouvrage bien moral ! Nous étions sauvés, moi et mon Figaro sauvage.

Mais ne voulant qu’amuser nos Français et non faire ruisseler les larmes de leurs épouses, de mon coupable amant j’ai fait un jeune seigneur de ce temps-là, prodigue, assez galant, même un peu libertin, à peu près comme les autres seigneurs de ce temps-là. Mais qu’oserait-on dire au théâtre d’un seigneur, sans les offenser tous, sinon de lui reprocher son trop de galanterie ? N’est-ce pas là le défaut le moins contesté par eux-mêmes ? J’en vois beaucoup d’ici rougir modestement (et c’est un noble effort) en convenant que j’ai raison.

Voulant donc faire le mien coupable, j’ai eu le respect généreux de ne lui prêter aucun des vices du peuple. Direz-vous que je ne le pouvais pas ? que c’eût été blesser toutes les vraisemblances ? Concluez donc en faveur de ma pièce, puisque enfin je ne l’ai pas fait.

Le défaut même dont je l’accuse n’aurait produit aucun mouvement comique, si je ne lui avais gaiement opposé l’homme le plus dégourdi de sa nation, le véritable Figaro, qui, tout en défendant Suzanne, sa propriété, se moque des projets de son maître, et s’indigne très plaisamment qu’il ose jouter de ruse avec lui, maître passé dans ce genre d’escrime.

Ainsi, d’une lutte assez vive entre l’abus de la puissance, l’oubli des principes, la prodigalité, l’occasion, tout ce que la séduction a de plus entraînant ; et le feu, l’esprit, les ressources que l’infériorité piquée au jeu peut opposer à cette attaque ; il naît dans ma pièce un jeu plaisant d’intrigue, où l’époux suborneur, contrarié, lassé, harassé, toujours arrêté dans ses vues, est obligé, trois fois dans cette journée, de tomber aux pieds de sa femme, qui, bonne, indulgente et sensible, finit par lui pardonner : c’est ce qu’elles font toujours. Qu’a donc cette moralité de blâmable, messieurs ?

La trouvez-vous un peu badine pour le ton grave que je prends ? Accueillez-en une plus sévère qui blesse vos yeux dans l’ouvrage, quoique vous ne l’y cherchiez pas : c’est qu’un seigneur assez vicieux pour vouloir prostituer à ses caprices tout ce qui lui est subordonné, pour se jouer, dans ses domaines, de la pudicité de toutes ses jeunes vassales, doit finir, comme celui-ci, par être la risée de ses valets. Et c’est ce que l’auteur a très fortement prononcé, lorsqu’en fureur, au cinquième acte, Almaviva, croyant confondre une femme infidèle, montre à son jardinier un cabinet, en lui criant : Entre-s-y, toi, Antonio : conduis devant son juge l’infâme qui m’a déshonoré ; et que celui-ci lui répond : Il y a, parguienne, une bonne Providence ! Vous en avez tant fait dans le pays, qu’il faut bien aussi qu’à votre tour…

Beaumarchais, Le Mariage de Figaro - Préface

Fil directeur : La défense que fait Beaumarchais de sa pièce en est aussi une explication. pour lui le ressort comique du Mariage de Figaro est cette lutte sur pied d'égalité menant à l'humiliation du maître qui comme mérite son châtiment .

Introduction

En 1784, à l'occasion de la première représentation du Mariage de Figaro, Beaumarchais en prend la défense, en effet la pièce avait été écrite 4 ans auparavant mais interdite de représentation par Louis XVI qui trouvait trop audacieux la critique des grands. Dans sa préface Beaumarchais entreprend de monter la profonde moralité de sa pièce qui d'après lui ne serait choquante que pour les nobles manquant de vêtu mais pour ceux dont le comportement serait à la hauteur de leurs naissance. Dans le passage étudié Beaumarchais explique précisément les visés de sa pièce, le fonctionnement comique et la manière dont les deux sont liés.

I. La revendication d'une critique de la société qui revient en fait à une critique des grands

A. L'importance de la critique d'un état contemporain la société

l.26: tragédie bien sanguinaire.=ex hypothétique.

l.31: général d'armée =généralité, distance prise / à ses phénomènes là. Les caractéristiques qu'il souligne marqués par distance.

"Oh...sanguinaire" = il ne l'a pas fait ,cette tragédie est marqué par sa distance / à ces moeurs ,ça représente en rien la société qui est la sienne. Distance / à 1 situation réel l.31. Ce sont des valeurs abstraites qui sont représentés.

= implication à contrario: le mariage de Figaro est proche de nos moeurs mais au contraire loin de la tragédie. Les comportements des gens de la tragédie ne font pas parti des moeurs de l'époque. Beaumarchais se fait critique littéraire, on ne peut pas critiquer par la tragédie, pour lui , ce n'est pas un instrument de critique.

l.40-42 : Beaumarchais pratique une fausse distanciation avec le sujet "Ce temps là". Deux fois en apparence il prend distance / aux temps de sa pièce .

l.45 "j'en vois beaucoup d'ici" on rapproche seigneurs qui étaient loin, la pièce est situé dans un temps bien spécifique contemporain de Beaumarchais. Sa critique social d'un état véritable de sa société.

B. Beaumarchais fait la critique d'un fonctionnement social global

l.12 il ne fait pas la critique des avares mais d'un fonctionnement global.

l.17 "a...société".

Il ne s'intéresse pas au comportement individuel mais social. Là il se différencie de Molière, il s'intéresse au collectif. C'est surtout au denier paragraphe qu'on voit qu'il s'intéresse au comportement social l.76-78 = le comportement "vicieux" du seigneur corrompt toute la société, tous ceux dont il a la responsabilité sont corrompus = image d'un royaume corrompus par ceux qui la gouverne. La prostitution montre une société corrompus; pour Beaumarchais les mauvais comportements des membres de la société s'explique par le mauvais comportement de ceux qui règnent. D'après Beaumarchais, la vertu des membres vient des grands. Les grands montent l'exemple.

C. L'abus des grands revient à dire que les grands on trop de pouvoir

1) L'arrogance des nobles. l.46-47: "j'en ...modestement...raison" = repose sur le double sens de "noble effort" = c'est un grand effort; humour de la critique; la modestie est un grand effort. Les aristocrates manquent de modestie.

l.50-53: "Voulant ...fait" il n'implique pas les nobles n'ont pas les même vices que les peuples. Les nobles sont incapables de voir que leurs vices sont semblables au peuple. Les nobles sont incapables de reconnaître leurs vices.

2) Le trop du pouvoir du comte : l.4-10 "un ...plus"

Le Comte:
-->grand seigneur
-->maître absolu
-->tout puissant.

ce qu'il possède:
-->rang
-->fortune
-->prodigalité

Il est opposé à la fiancée; Figaro; Comtesse.

Beaumarchais pratique procédé d'accumulation, le Comte a tout pour lui = accumulation=> déséquilibre en faveur du Comte .

l.61-63: même principe "Ainsi...jeu" on voit un genre de déséquilibre en faveur du Comte par accumulation, c'est quelqu'un qui pèse il a trop d'atouts.

II. Le ressort comique de la pièce lié à cette critique

A. Le comique de la pièce est lié au personnage de Figaro et non pas à la galanterie du seigneur

l.44: être galant :qqun qui flirte = galanterie = libertinage. Galanterie du Comte = vouloir Suzanne.

l.75: "assez vicieux": galanterie devient vice.

l.54-55: Ce défaut particulier du Comte ne fait aucun effet comique .

Cette bataille entre Comte et Figaro qui amuse "le jeu plaisant d'intrigue" l.66

La gaîté est dans l'opposition l.55 "jouter"; l.54 "escrime"; l.69 confrontation.

l.56 "véritable Figaro" = l'opposition se fait dans la gaîté = oxymore "gaiement - opposé". Entre le Barbier de Séville et le Mariage de figaro, figaro a évolué il n'est plus bouffon.

Figaro personnage qui se bat, image de rivalité guerrière dans laquelle les 2 hommes sont égaux.

B. Le but de cette rivalité est humiliation du comte

Image de qqun qui se couche devant qqun = image humiliation l.67-68 "Il....est obligé...sensible".

l.66 Accumulation le Comte est réduit = humiliation du Comte. Humiliation réponse à l'arrogance du Comte

l.79 "Doit ...valet" Le comte devient bouffon, renversement final et donc effet comique.

Le mariage de Figaro est un fantasme dans lequel le valet voudrait humilier le Comte. Fantasme que les valets gagnent. Fantasme dangereux compte tenu du milieu social de Beaumarchais.

Conclusion

Ainsi Beaumarchais crée un monde théâtrale dans lequel les valets peuvent se battre avec un pieds d'égalité avec les maîtres. Pour lui c'est ce que fait sa pièce est comique. On badine, on joute et pour un fois ce sont les socialement faibles qui humilient les forts. Cependant ce monde fantaisiste n'est pas détaché de faire la critique du dysfonctionnement réel dû à un trop grand pouvoir aristocratique. L'analyse du rapport entre maîtres et valets devient donc un puissant moyen de dénonciation politique.