Rousseau, Du contrat social: Un Etat vraiment libre

Commentaire entièrement rédigé en trois parties.

Dernière mise à jour : 19/11/2021 • Proposé par: maximer (élève)

Texte étudié

Dans un Etat vraiment libre, les citoyens font tout avec leurs bras, et rien avec de l’argent ; loin de payer pour s’exempter de leurs devoirs, ils paieraient pour les remplir eux-mêmes. Je suis bien loin des idées communes ; je crois les corvées moins contraires à la liberté que les taxes. Mieux l’Etat est constitué, plus les affaires publiques l’emportent sur les affaires privées, parce que la somme du bonheur commun fournissant une portion plus considérable à celui de chaque individu, il lui en reste moins à chercher dans les soins particuliers. Dans une cité bien conduite, chacun vole aux assemblées ; sous un mauvais gouvernement, nul n’aime à faire un pas pour s’y rendre, parce que nul ne prend intérêt à ce qui s’y fait, qu’on prévoit que la volonté générale n’y dominera pas, qu’enfin les soins domestiques absorbent tout. Les bonnes lois en font faire de meilleures, les mauvaises en amènent de pires. Sitôt que quelqu’un dit des affaires de l’Etat : Que m’importe ? On doit compter que l’Etat est perdu.

Rousseau, Du contrat social

Il est sans doute difficile de définir abstraitement les qualités d'un « bon» État. Rousseau, en commençant par l'assimiler à un « État vraiment libre », préfère en souligner les conséquences sur la vie quotidienne des citoyens eux-mêmes: c'est ainsi en examinant les réactions ou les comportements de ses membres que l'État pourrait être jugé. S'ils participent par tous les moyens à leur disposition à la vie publique, les choses ne peuvent que s'améliorer; si à l'inverse, ils se désintéressent de leur propre devenir commun, « l'État est perdu ». Il existerait ainsi une possibilité de vérification empirique de la qualité et de la santé de l'État: que les affaires publiques l'emportent, dans l'esprit de chacun, sur les affaires privées, et que cela se constate dans les conduites.

I. La réalité plutôt que le symbolique

a) L'« État vraiment libre »

L’expression par laquelle commence le texte est importante, puisqu'elle signale que ce qu'écrit ensuite Rousseau ne concerne pas tous les États: il ne s'intéresse qu'à ceux qui sont « vraiment libres». Mais qu'est-ce qu'un État libre? Il va de soi qu'il ne saurait s'agir d'un État soumis à un autre, mais le vrai sens de l'expression est ailleurs. Il est en rapport avec la formule par laquelle Rousseau définit précisément « la véritable liberté », c'est-à-dire la liberté politique, celle qui touche chaque citoyen: elle est « l'obéissance à la loi qu'on s'est prescrite ». En d'autres termes, la loi qui émane de la volonté de tous, de la « volonté générale », est garante de la liberté (en même temps que de l'égalité). Cela implique - et c'est bien ce sur quoi revient la fin du texte - que tous les citoyens participent à l'expression de la volonté générale, parce qu'ils se sentent concernés par la vie publique.

b) Activité des citoyens

Dans ce «bon» État, Rousseau affirme que les citoyens « font tout avec leurs bras, et rien avec leur argent », et il précise ensuite que «faire avec ses bras» désigne bien l'accomplissement de « corvées », tandis que « faire avec l'argent » consisterait à s'acquitter de taxes. Les citoyens sont donc toujours prêts à œuvrer physiquement, c’est-à-dire à travailler, péniblement s'il le faut, et même ils seraient prêts à payer pour remplir leurs devoirs. C'est dire à quel point ils sont concernés par la vie commune.
Si payer pour s'exempter de ses devoirs est encore fréquent au XVIIIe siècle (par exemple lor

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