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Les sens ne sont-ils pas suffisants à nous fournir toutes nos connaissances ?

Correction du professeur : Dans l'introduction de la dissertation
vous devez montrer que l'on peut répondre aussi bien par oui que par non à la question pour faire apparaître le problème philosophique, avant de poser les 3 questions qui commandent les 3 parties du devoir. Le travail sur le cours est manifeste et le cours est bien utilisé. L'argumentation est parfaitement bien construite.

Dernière mise à jour : 16/03/2021 • Proposé par: chou17 (élève) •

Les sens nous apparaissent comme la fonction de notre rapport au monde la plus direct, la plus précoce et la plus universelle car c'est elle qui nous met en relation direct avec les réalités du monde qui nous entoure. Dès la naissance, nous découvrons le monde qui nous entoure de la manière la plus primitive et la plus naturelle qu'il soit, en le palpant, en le regardant, en l'écoutant... C'est cette fonction de notre esprit qui permet au monde de se présenter lui-même à nous sans que nous n'ayons rien d'autre à faire que de l'accueillir. Nous apprenons chaque jour et tirons des connaissances de nos expériences sensibles sans avoir à faire aucun effort de réflexion. La sensibilité est ainsi considérée comme une forme de réceptivité et passivité pure, elle semble être la base de nos connaissances. Mais toutes nos connaissances, absolument toutes peuvent-elles provenir des sens, certaines ne semblent-elles pas venir d'autres sources, comme l'enseignement, la réflexion, le raisonnement...? Les sens sont-ils réellement suffisants pour nous fournir toutes nos connaissances? Pour aborder cette question nous chercherons d'abord à dégager l'apport des sens dans nos connaissances et la nature de ces connaissances, puis nous verrons pourquoi les sens ne peuvent suffire à nous fournir toutes nos connaissances, enfin nous présenterons les courants philosophiques (empirisme, rationalisme) qui discutent du problème de l'origine des principes rationnels de toutes connaissances s'ils ne proviennent pas de l'expérience.

Si on considère que toute représentation présente dans notre esprit, quel que soit sa forme, son origine ou son degré de vérité soit une connaissance et qu'on considère l'usage des sens comme fonction de l'esprit nous mettant en relation directe avec les réalités du monde, il faut reconnaître qu'on peut prendre connaissance de beaucoup de chose sans en faire l'expérience sensible (on pense à ce qui s'acquiert par l'enseignement, le discours, la culture, l'échange, et à l'imagination, l'émotivité, l'affectivité...). On peut cependant soutenir que même si nous apprenons quelque chose sans en faire l'expérience sensible direct c'est tout de même par le canal des sens que nous en prenons connaissance, ils en sont la condition de possibilité en quelque sorte. Dans cette mesure toute connaissance pourrait venir des sens, passer par les sens et être fournie par les sens. Mais pour avancer dans l'examen de la question des sens à l'origine des connaissances on va choisir un sens plus étroit au terme de connaissance et chercher à s'approcher d'une connaissance de la vérité. Les sens peuvent-ils être la source de vraies connaissances, de connaissances qui existent en elles-mêmes, indépendamment d'un sujet pensant, des connaissances ainsi fondées sur leur valeur objective et fiable?
Selon Kant, il s'agit de distinguer « penser » et « connaître » qui sont deux activités différentes de l'esprit. Selon lui on peut « penser » un objet qui n'est pas possible et n'a pas de réalité objective, alors qu'on ne peut « connaître » qu'un objet dont on est susceptible de faire l'expérience de la réalité objective. On prend l'exemple de la métaphysique: on peut penser l'existence de l'univers, de Dieu ou de l'âme mais on ne peut les connaître car se sont des idées dont on ne peut faire l'expérience direct et personnelle par les sens.
C'est la réceptivité et la passivité pures de la sensibilité qui semble en faire la condition indispensable d'une connaissance objective. De plus, il semble que pour toute connaissance, même celles qui ne proviennent pas directement d'une expérience sensible, on utilisera les sens comme un moyen de mise à distance et de contrôle pour fonder sa fiabilité. Les connaissances acquises par le discours ou l'enseignement, par exemple, reposent sur le témoignage d'une tierce personne partageant son expérience de la réalité, ceci nécessite qu'on fasse confiance à la pensée de cette personne. Or on fait confiance à une information extérieure dans la mesure ou on croit que cette pensée a fait l'expérience authentique de la réalité. On vérifie donc la validité d'une connaissance en remontant à son expérience sensible et personnelle. Les connaissances qui sont fiables et objectives semblent être celles qui sont fournies par des expériences sensibles des réalités objectives elles-mêmes. L'expérience sensible semble ainsi s'affirmer comme une condition nécessaire (indispensable et universellement vraie) de la connaissance objective, mais cette condition est-elle toujours valable, peut-elle se suffire à elle-même comme vérité, et est-elle suffisante?

On a vu qu'il n'existe pas de connaissance objective sans expérience sensible mais tout ce qui nous est donné par une expérience sensible n'est pas nécessairement objectif et peut même être subjectif et illusoire. On va voir qu'il existe d'autres limites aux rôles des sens dans l'acquisition de nos connaissances.
Les mathématiques notamment, sont une science qui ne tire aucune connaissance des sens, basées sur un discours purement rationnel, elles cherchent à établir des vérités nécessaires qui ne doivent rien aux exemples particuliers et vise l'universel, c'est à dire ce qui vaut dans tous les cas. Au contraire, l'expérience sensible se base sur le cas par cas, sur des exemples qui établissent des vérité particulières, car l'expérience sensible peut faire apparaître une succession de généralités et d'exemples observables, mais ne peut en aucun cas prouver la véracité de ces réalités ni garantir qu'il en sera toujours ainsi. Les objets mathématiques sont fondés sur leur nécessité propre interne, ils sont posés car ils s'imposent à l'esprit et ne peuvent être nier sans se contredire. Ils sont construits sur le principe de la cohérence interne, sur les principes de raison suffisante et non
contradiction et non de la réalité, c'est pourquoi on dit qu'ils établissent des conventions, des décisions qui ne dépendent pas de l'expérience sensible ni des exemples.
Les mathématiques sont donc la preuve que toutes connaissance ne provient pas des sens. Seulement comme les mathématiques ne sont pas fondées sur l'étude d'un élément extérieur mais d'un raisonnement purement interne de l'esprit on pourrait nier leur appartenance à la catégorie des sciences proprement dites qui elles étudient une réalité donnée. On va voir qu'il existe aussi des connaissances dans les savoirs scientifiques objectifs qui ne proviennent pas de l'expérience sensible.
Il existe dans la nature des éléments cachés, inaccessibles aux sens humains. On pense bien-sur à la métaphysique, mais aussi à des concepts tels l'infiniment grand ou petit, qui ne peuvent être, pour le moment, ni vu ni vécu. L'homme sait qu'il existe un univers alors qu'il ne peut le percevoir par lui-même par les sens, il ne peut le toucher, le voir ou le sentir. C'est l'idée de son existence qui est reconnue et non une expérience qu'il en a fait. L'infini échappe à l'expérience sensible puisque celle-ci est toujours déterminée et délimitée.
Mais on constate que même au sein de certaines expériences de la réalité notamment des expériences scientifiques on est confronté aux limites de ce que les sens sont capables de nous apporter car il existe une dimension cachée à chaque objet qui nous sont présenté. Les sens nous livrent un premier point de vue de l'objet en question mais cache tout une partie qui ne se montre pas dans cet objet (ce qui se trouve dedans, derrière...). Le réel ne peut se livrer tout entier aux sens, et c'est pour cela que l'homme construit, invente et utilise des méthodes, des instruments permettant d'atteindre ce que les sens ne lui permettent pas de voir. On peut prendre l'exemple d'une loupe ou d'un microscope qui sont des outils crées par l'homme pour observer des particules toujours plus petites, invisibles à l'œil nu.
L'expérience scientifique n'est pas seulement une expérience sensible elle nécessite l'élaboration d'instruments, de concepts et de moyens théoriques pour pouvoir observer l'inaccessible, le mettre en relation avec les sens pour en créer des connaissances objectives.
On peut donc dire que les sens ne peuvent suffire à nous fournir toutes nos connaissances, puisque connaître n'implique pas seulement la réception passive d'une information mais aussi la capacité de l'esprit à l'identifier, la distinguer, la comparer. C'est la collaboration entre ce que les sens nous apportent et des fonctions intellectuelles et rationnelles de l'esprit qui va permettre la formation des connaissances véritables.

Ce qui pose alors problème c'est l'origine de ces principes rationnels de l'esprit s'ils ne viennent de l'expérience. Peuvent-ils être produits par les sens eux-même comme le soutiennent les empiristes, ou bien, comme l'affirment les rationalistes, les fonctions intellectuelles et rationnelles de l'esprit sont elles indépendantes de la sensibilité?
Les empiristes évoquent l'idée d'une genèse psychologique de la raison ce qui signifie que tout est engendré et acquis par un enrichissement progressif de l'esprit, basé sur les souvenirs, l'identification, la mise en relation d'expériences sensibles perçues antérieurement. Ainsi tout ce qui est intellectuel dans la connaissance pourrait venir de l'exercice de la perception et serait advenu progressivement à partir d'expériences sensibles. De ce point de vue on peut soutenir que toutes nos connaissances proviennent originairement des sens, mais il faut dire que la fonction de ceux-ci n'est plus, dans ce cas, seulement réceptivité passive, elle inclut une puissance active de généralisation, identification, distinction et mise en relation.
Les rationalistes eux, attribuent à la raison et aux idées le rôle de fondement décisif de la connaissance. Selon eux, les principes rationnels viennent de l'esprit par un fonctionnement et une activité spontanée d'une connaissance fiable et objective. Or nous avons vu avec les mathématiques que nécessité et universalité ne sont pas du ressort de l'expérience sensible. La nécessité fait l'objet d'une démonstration purement rationnelle et ne peut provenir d'aucune expérience sensible.

Les sens ne peuvent suffire à nous procurer toutes nos connaissances, ils donnent accès au monde extérieur mais ne permettent pas de tout y découvrir. Chaque objet qui nous est présenté par les sens détient des faces cachées qu'on ne pourra jamais voir. Les limites des sens sont aussi mises en évidence dans les domaines de la science, notamment dans les mathématiques qui trouvent que certaines connaissances reposent sur des principes purement rationnels, sur leur nécessité propre interne et non sur une expérience sensible de la réalité. D'où proviennent ces principes rationnels, si ce n'est de l'expérience? De l'esprit humain lui-même, c'est son fonctionnement propre et son activité spontanée qui lui permet de connaître toute chose, par la mise en relation et la collaboration avec les sens et l'expérience. Toutes nos connaissances nous viennent des sens, sauf ce qui, dans nos connaissances tient à la nature et à la forme de notre esprit lui-même, et que nous pouvons apercevoir par la réflexion.