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Pourquoi sommes-nous sensibles à la beauté ?

Copie d'élève, note obtenue : 13/20.

Dernière mise à jour : 16/03/2021 • Proposé par: rom1909 (élève) •

Introduction

Etre sensible à quelque chose, c’est ne pas rester indifférent, c’est éprouver quelque chose, une émotion, un plaisir ou un dégout. Ici la question part d’un constat : nous sommes sensible à la beauté. Quelle est la raison intellectuelle, la force irrationnelle qui nous pousse, par les sens, « nous », les sujets individuels, rassemblés autour d’un sentiment partagé, à faire l’expérience de la beauté ? Nous tenterons tout d’abord de distinguer la beauté naturelle de la beauté artistique, puis nous montrerons en quoi la beauté conduit à imaginer et à penser.

I) La beauté naturelle et la beauté artistique

a) Il faut faire une distinction entre beauté naturelle et beauté artistique. La beauté naturelle est la conformité des vivants, qui permet de dire que des êtres naturels sont beaux. La beauté naturelle est liée à une sensation de plaisir qui s’impose à celui qui le juge comme tel. J’éprouve un sentiment devant l’harmonie. Le laid ne provoque pas cette finalité. Le laid produit un déplaisir. En revanche la beauté artistique suppose une certaine éducation. On ne peut nous faire changer d’avis sur quelque chose que l’on trouve beau. Contrairement au beau naturel, le beau artistique donne la possibilité de progresser et de changer.
En effet, la beauté, qu’elle soit naturelle ou artistique suscite spontanément chez celui qui s’en trouve être le spectateur un plaisir qu’on qualifie de plaisir esthétique.
Mais si nous pouvons simplement faire ce constat il s’agirait de se demander ce qui fait que nous sommes ainsi sensibles à la beauté ? Nous tenterons de saisir ce qui fait que la beauté suscite en nous cette réaction.

b) En effet, même si deux personnes ne qualifient pas nécessairement de belle la même chose, il n’en demeure pas moins que pour chacun, face à ce qu’il juge beau, une réaction se produit qui fait sortir de l’indifférence. Quelle est la nature de la réaction éprouvée ? Qu’est-ce qui dans la beauté, nous fait réagir.
Vous pouvez donc commencer par montrer en quoi la beauté produit un plaisir de nature particulière. Opposé au déplaisir ou au dégoût, le plaisir produit par la beauté

c) On peut ainsi distinguer le plaisir esthétique du plaisir de consommation. Dans le plaisir esthétique il n’y a pas possession et destruction de l’objet alors que dans le plaisir de consommation, l’objet doit être possédé. En outre, le plaisir de consommation est un plaisir des sens alors que le plaisir esthétique n’est pas un plaisir de l’œil ou de l’oreille. Ainsi, la sensibilité à la beauté n’est pas à proprement parler une sensibilité uniquement physique. Lorsque l’on mange un gâteau que l’on aime, le plaisir est physique, uniquement, et ce plaisir suppose la destruction de l’objet. En outre, un tel plaisir peut être suivi de déplaisir, ce qui n’est pas le cas du plaisir esthétique.
Comme pour tout plaisir, nous avons un intérêt à l'éprouver. En effet, le plaisir que nous éprouvons devant une toile, ou à écouter un morceau de musique est une jouissance qui peut susciter un intérêt dans l'existence. Pourtant, dans la Critique de la faculté de juger, Kant dit ainsi " Le beau est l'objet d'un plaisir dont on juge de façon toute désintéressée ". Que faut-il entendre par là ? Dire du plaisir esthétique qu'il est désintéressé, c'est considérer qu'il ne poursuit aucun intérêt. Il s'agit donc ici de s'interroger sur la particularité du plaisir esthétique. Pour cela, vous pouvez le distinguer des autres plaisir, du plaisir de consommation par exemple. Le plaisir que vous éprouvez à manger un plat que vous aimez n'est pas de même nature que le plaisir esthétique. En effet, le plaisir de consommation implique l'existence de l'objet qui sera consommé et détruit. Au cours de cette consommation, la capacité à jouir disparaît. D'ailleurs si vous consommez trop, le plaisir sera suivi d'un déplaisir. Il s'agit alors d'un plaisir non pas de la perception, mais d'un organe particulier. Le plaisir esthétique n'est pas le plaisir d'un organe particulier, il ne s'agit pas du plaisir de l'oeil ou de l'oreille mais d'un plaisir de la perception qui s'accompagne d'une activité intellectuelle. L'objet donne à penser, à imaginer. C'est en ce sens qu'on peut dire que le plaisir est désintéressé car il ne tient pas à la consommation de l'objet, mais comme le dit Kant, " au libre jeu des facultés ".

II) Vous pouvez alors montrer en quoi la beauté conduit à donner à imaginer, à penser. Elle tend ainsi sans cesse à nous rappeler à elle.

a) Ainsi, c’est peut-être par ce qu’elle suscite chez nous nos facultés de l’esprit que nous sommes sensibles à la beauté. Il s’agirait alors de montrer en quoi la beauté met en branle nos facultés. Mais il n’y a pas que la beauté qui met ainsi en route nos facultés. Quand nous réfléchissons, par exemple, nous faisons travailler notre faculté à juger, à penser, à imaginer.

b) Quelle est alors la spécificité de la beauté en ce qu’elle suscite chez l’homme ? Vous pouvez alors vous reporter, par exemple ici aux analyses de Platon dans le Banquet lorsqu’il s’attache à montrer que la beauté élève l’esprit. Vous pouvez également vous reporter aux analyses de Kant dans la Critique de la faculté de juger lorsqu’il montre en quoi la beauté est à distinguer de l’agréable et du bon. L’agréable parle en l’homme à sa dimension pathologique, à ses désirs, le bon renvoie à un usage de la raison (bien agir, agir moralement, c’est laisser de côté ses désirs, ses envies, et agir en tant qu’on est un être doté de raison).

c) Ainsi, il y a une tension en l’homme entre ce qui relève des désirs et ce qui relève de la raison. L’homme est sans cesse écartelé au cœur de cette tension : il y a ce qu’il a envie de faire et il y a ce qu’il doit faire. Exister, c’est sans cesse vivre au cœur de cette tension. Mais la beauté et surtout son expérience, devient toute particulière : la beauté parle aussi bien à la sensibilité qu’à la raison.

Conclusion

N’est-elle pas alors ce moment où l’homme n’est plus dans cette tension ? N’est-elle pas un moment de réconciliation en l’homme lui-même ? En sorte que la beauté à laquelle nous sommes sensibles nous donne l'occasion de réaffirmer, même implicitement, notre singularité, et celle de notre existence comme esprit.