du Bellay, Les antiquités de Rome - sonnet XXV

Fiche en deux parties : I. Un sonnet d'inspiration élégiaque qui renouvelle le motif du "tempus fugit"
II. Un exposé de la condition du poète moderne à la Renaissance et de la grande mission qui lui est dévolue

Dernière mise à jour : 15/09/2021 • Proposé par: zetud (élève) •

Texte étudié

Que n'ai-je encor la harpe thracienne,
Pour réveiller de l'enfer paresseux
Ces vieux Césars, et les ombres de ceux
Qui ont bâti cette ville ancienne ?

Ou que je n'ai celle amphionienne,
Pour animer d'un accord plus heureux
De ces vieux murs les ossements pierreux,
Et restaurer la gloire ausonienne ?

Pussé-je au moins d'un pinceau plus agile
Sur le patron de quelque grand Virgile
De ces palais les portraits façonner :

J'entreprendrais, vu l'ardeur qui m'allume,
De rebâtir au compas de la plume
Ce que les mains ne peuvent maçonner.

du Bellay, Les antiquités de Rome - sonnet XXV

Lors de son voyage en Italie de 1553 à 1557, séjour durant lequel il compose Les Antiquités de Rome, recueil de trente-deux sonnets dédié à Henry II, du Bellay constate avec déception le délabrement moral et physique de la grande capitale. Ce bouleversement des valeurs auquel il assiste impose à sa conscience de façon radicale la coupure définitive entre la Rome antique et la Rome contemporaine. Rome est désormais, selon l’expression de Politien, un « corps démembré », dont ne subsiste plus que la splendeur du nom. Le sac de 1527, ordonné par Charles Quint, a anéanti l’espoir de résurrection de la Rome antique à l’intérieur de la Rome papale, la pensée d’un lien indestructible entre la culture italienne des temps nouveaux et la culture gréco-romaine. Dans le décor où les poètes latins avaient écrit, l’esprit tout pénétré de leurs vers, du Bellay compose ainsi à son tour des poèmes d’inspiration savante où il évoque les grands épisodes de l’Histoire romaine en combinant diverses réminiscences littéraires. Le poème XXV s’inspire d’ailleurs du fameux adage latin : « Roma quanta fuit, ipsa ruina docet » en développant une réflexion et une poésie personnelles sur les ruines. Nous étudierons ainsi comment ce sonnet, d’inspiration élégiaque, à travers un renouvellement du motif du « tempus fugit » expose la condition du poète moderne et la grande mission qu’il lui dévolue en réfutant par ce biais l’« étrange opinion d’aucuns savants qui pensent que notre vulgaire soit incapable de toutes bonne lettres et érudition ».

I.

Au premier abord, le sonnet XXV se présente comme une variation sur le topos littéraire du « tempus fugit » mettant en scène le poète se livrant à une déploration mélancolique des ravages du temps, des vicissitudes du monde d’après l’amer constat que suscitent les ruines de Rome.

1. Les sentiments de nostalgie, de regret, mais aussi de déception sont exprimés d’emblée très clairement ; la ville mythique de l'Antiquité que le poète avait tant magnifiée dans ses rêves, n'est plus qu’un triste champ de ruines ainsi que le suggèrent les accents élégiaques du poème : l’adverbe « que » qui ouvre le poème revêt une double valeur à la fois interrogative et exclamative car le poète, en même temps qu’il questionne le sort, se plaint de sa cruauté face au spectacle de désolation qui s’offre à lui. Le lyrisme émane justement de cette plainte douloureuse dont les intonations se font l’écho : l’alternance des sonorités graves («

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