Kant, Anthropologie du point de vue pragmatique - Le "Je" et la conscience de soi

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Texte étudié :

Posséder le Je dans sa représentation : ce pouvoir élève l’homme infiniment au-dessus de tous les autres êtres vivants sur terre. Par-là, il est une personne ; et grâce à l’unité de la conscience dans tous les changements qui peuvent lui survenir, il est une seule et même personne, c’est-à-dire un être entièrement différent, par le rang et la dignité, de choses comme le sont les animaux sans raison, dont on peut disposer à sa guise ; et ceci même lorsqu’il ne peut pas dire Je, car il l’a dans sa pensée ; ainsi toutes les langues, lorsqu’elles parlent à la première personne, doivent penser ce Je, même si elles ne l’expriment pas par un mot particulier. Car cette faculté (de penser) est l’entendement.

Il faut remarquer que l’enfant, qui sait déjà parler assez correctement ne commence qu’assez tard (peut-être un an après) à dire Je ; avant, il parle de soi à la troisième personne (Charles veut manger, marcher, etc.) ; et il semble pour lui qu’une lumière vienne de se lever quand il commence à dire Je ; à partir de ce jour, il ne revient jamais à l’autre manière de parler. Auparavant il ne faisait que se sentir ; maintenant il se pense.

Kant, Anthropologie du point de vue pragmatique - Le "Je" et la conscience de soi



Note du corrigé :
  • Note actuelle 4.00/5

Proposé par : mzl (Elève)

 

Description :
Corrigé entièrement rédigé en 3 parties :
I. Y a t-il des états de variation et des failles de la conscience de soi ?
II. Sans langage, l'homme peut-il avoir conscience de lui-même et former ses pensées ?
III. L'enfant qui ne reçoit aucune éducation peut-il acquérir une conscience de lui-même ?

 

La conscience semble particulièrement bien définir l'existence humaine. Comme disait Descartes dans le Cogito du Discours sur la méthode, "je pense, donc je suis". En effet l'entité d'un homme c'est sa conscience. De nombreux philosophes ainsi que nous-même peut-être, nous nous sommes posés la question "Qu'est ce que la conscience". Le philosophe allemand Emmanuel Kant a voulu apporter sa thèse sur le sujet. En effet, d'après lui, l'homme est digne et défini grâce à la conscience. Dans la première partie de sa thèse, la conscience de soi fait de l'homme une personne supérieure aux autres êtres vivants de notre planète. Puis il dit que la conscience de soi est commune à tous les hommes quelle que soit leur langue. Et enfin il ajoute que la conscience de soi n'est pas instinctive et pas innée, elle s'acquière grâce à une éducation. Dans la première partie de la thèse de Kant on peut se demander si il y a des états de variation et des failles de cette conscience de soi? Dans la seconde partie, on peut se demander si lorsqu'il n'y a pas de langage mis en place, l'homme peut-il avoir conscience de lui-même et former ses pensées? Et enfin lorsqu'un enfant ne reçoit ni éducation, ni apprentissage, peut-il acquérir une conscience de lui-même ?


D'après la thèse de Kant, la conscience de soi fait de l'homme une personne supérieure aux autres êtres vivants, il compare même la conscience au mot "pouvoir". Pour lui la conscience de soi est un pouvoir et une chance réservée aux hommes. En effet, si l'homme a conscience de lui-même, il est capable de penser, chose que les animaux ou même les objets sont incapables de faire. Effectivement, un animal n'a pas conscience de lui-même car il n'a pas conscience qu'il va mourir un jour. A l'inverse de l'homme qui lui, prend conscience en grandissant, qu'il va mourir. On ne peut pas avoir conscience sans penser et inversement et la conscience élève la pensée à un niveau supérieur. D'après Kant, l'homme est responsable de ses pensées car il dit que l'homme "est une seule et même personne", en effet la conscience ne se dissocie pas des pensées d'un individu. Chacun de nous doit assumer l'entière responsabilité de ce qu'il est et de ce qu'il pense. Kant défini même la conscience de soi comme une faculté tout comme la raison, que les animaux ou les choses ne possèdent pas non plus. Il utilise le mot "dignité", pour renforcer le fait que l'homme est vraiment au dessus des autres êtres vivants. La conscience permet donc à l'homme d'avoir des pensées "conscientes" qui le caractérisent comme un être "entièrement différent", un être digne et supérieur par rapport à tous les autres êtres vivants. Néanmoins certains scientifiques cherchent à démontrer que certains animaux tels que les chimpanzés ou autres grands singes ont une conscience, grâce au test du miroir qui consiste à mettre une tâche sur le front de l'animal pour voir si celui ci touche la tâche ou s'il touche le miroir, en croyant que son reflet représente un rival. La plupart du temps, le chimpanzé touche son front. Ce genre de test est effectué également sur des bébés.
Certes l'homme est digne et déterminé par la conscience de soi, et il est souverain par rapport aux autres êtres vivants mais y-a-t-il des états de variation et des failles de cette conscience de soi ? On peut dire effectivement que l'homme possède des états de variation de cette conscience, relatifs à l'inconscient. On peut parler d'inconscient qui n'est apparut qu'avec Freud à la fin du XIXème siècle car la notion d'inconscient était paradoxale avant cette période. L'homme est un être qui a une conscience de lui-même, comme l'a évoqué Kant dans sa thèse, en effet, l'homme est un être spirituel. Liebniz dans Les petites perceptions met en avant le fait que notre conscience aurait des failles. D'après Liebniz nous pouvons faire des intermittences de la conscience. Il n'est pas d'accord avec la thèse de Kant, il dissocie pensée et conscience, il dit aussi qu'il a certaines perceptions, mais qu'il y est tellement habitué ou tellement captivé par autre chose qu'il les ignore. Il ajoute également que certaines perceptions sont trop faibles pour qu'elles arrivent jusqu'à sa conscience. D'après lui cela dépendrait de l'intensité des perceptions, ce qui montre bien que notre état de conscience peut varier. On peut dire en quelque sorte que Liebniz dit le contraire de Kant, à travers sa thèse, il limite le pouvoir de la conscience tandis que Kant dit "ce pouvoir élève l'homme ". Freud lui, va plutôt utiliser le terme d'inconscient en mettant en avant sa découverte de l'inconscient avec le "Ça"(inconscience), le "Moi"(conscience) et le "Surmoi" (censure). Notre conscience à donc des failles, à travers sa théorie du passage de l'inconscient à la conscience, Freud nous montre que nous ne rendons pas compte que nous avons des pulsions. C'est une preuve que nous ne sommes pas tout le temps dans un état de conscience, que celle-ci a des failles, et que l'homme possède un inconscient.


Kant affirme que la conscience de soi fait de l'homme une personne supérieure aux autres êtres vivants mais il déclare aussi dans la seconde partie de sa thèse, que la conscience de soi est commune à tous les hommes qu'elle que soit leur langue car tout homme possède la faculté d"entendement". En effet d'après lui le "Je" rend l'homme digne et au dessus des autres êtres vivant mais il précise que certaines langues ne possèdent pas le "Je", "et ceci, même lorsqu'il ne peut pas dire Je, car il l'a dans sa pensée". Tous les hommes possèdent la faculté, la capacité d'avoir conscience de soi et de se représenter (avec le "Je" dans la langue française par exemple ) mais aussi grâce à d'autres manières pour les langues qui ne possèdent pas le "Je" dans leur langue. En effet, Kant dit que "toutes les langues doivent penser ce Je même si elles ne l'expriment pas par un mot particulier.". Il explique que toutes les langues doivent être dignes d'elles-mêmes et utiliser leur faculté, réservées aux hommes, qui leur permettent de penser et d'avoir conscience d'eux-mêmes. Il appelle cette faculté "l'entendement", c'est à dire la faculté intellectuelle permettant de saisir les problèmes et les situations. D'après Kant, le "Je" permet de montrer que nous faisons une action grâce à notre précieuse faculté, la conscience. De plus, lorsqu'il a une utilisation du "Je", cela signifie que nous nous distinguons comme un sujet qui fait l'action. Pour Kant, cette première personne permet également de définir l'homme car c'est grâce au "Je" que l'homme prend conscience de lui-même.
Si l'on suit la thèse de Kant, dans ce cas là qu'en est-il lorsqu'il n'y a pas de langage mis en place, l'homme peut-il avoir conscience de lui-même et former ses pensées. On peut utiliser l'exemple des sourds et muets, en effet pendant longtemps ils étaient rejetés de la société, voire tués, car il étaient considérés comme des "simples d'esprit" et tout juste comme des hommes. Autrement dit, on considérait les sourds et muets comme des personnes n'ayant pas de conscience du fait de leur absence de langage. Ils n'étaient capables de se comprendre qu'entres eux principalement grâce à une langue approximative, c'est alors que des intellectuels de l'époque on décidés d'instruire ces personnes et d'inventer la langue des signes. En effet, le langage sert à penser, et grâce à ce langage, ils ont été de plus en plus considérés comme des personnes "normales" ayant une conscience d'eux-mêmes. On peut également utiliser un autre exemple, celui des personne victimes d'une attaque cérébrale qui perdent l'usage de la parole et du langage. Sont-ils privés également de leur conscience d'eux-mêmes? Il s'avère que malheureusement ils perdent la conscience d'eux-mêmes et surtout l'aptitude à se situer dans le passé et le futur, de plus pour avoir pleinement conscience de soi, il faut être capable de prendre du recul sur soi grâce au langage ou à la mémoire. Sans langage il n'y a pas de conscience possible, de même que pour reprendre l'exemple des animaux ou des objets, ceux-ci n'ont pas de langage à proprement parler et il n'ont pas, non plus, de conscience d'après la première partie de la thèse de Kant.



La conscience de soi est donc commune à tous les hommes quelle que soit leur langue mais d'après Kant, dans la troisième partie de sa thèse, la conscience de soi n'est pas instinctive chez l'enfant, elle s'acquière grâce à une éducation. En effet, Kant revient sur le processus de développement de la conscience de soi chez l'enfant. Nous savons que la conscience de soi se construit entre la naissance et environ trois ans chez l'enfant. Et Kant dit que cette conscience de soi chez l'enfant n'est possible que grâce à un apprentissage, il y a donc une sorte d'activation de la conscience de soi qui passe obligatoirement par l'apprentissage. Sans apprentissage il n'y a pas de conscience de soi et donc pas de statut d'homme. Kant montre dans sa thèse que l'étape, où l'enfant passe de la troisième personne du singulier à la première personne du singulier ("Je") pour s'exprimer, est une étape très importante qui montre que l'enfant à conscience de lui-même. Cette étape lui permet de "rentrer dans un statut d'homme", Kant dit que "à partir de ce jour, il ne revient jamais à l'autre manière de parler.", ce qui signifie qu'après cette étape l'enfant ne reviendra plus jamais à la troisième personne du singulier pour s'exprimer, comme si la conscience de soi était "définitive". Après cette étape l'enfant est donc capable de penser. Kant énonce bien que "Auparavant il ne faisait que se sentir; maintenant il pense.". Cela signifie bien qu'avant l'utilisation du "Je" et donc de cette acquisition de la conscience et de cette capacité de pensée, l'enfant était juste capable d'exprimer ses besoins primaires c'est à dire la faim, la soif, le sommeil... Maintenant il est capable d'avoir conscience et de penser qu'il a des besoins. Kant démontre bien que la conscience de soi n'est pas instinctive et qu'elle s'acquière grâce à une éducation et un apprentissage.
D'après Kant l'homme est digne et défini par la conscience de soi, mais que se passe-t-il lorsqu'un enfant ne reçoit ni apprentissage, ni éducation, prend-t-il conscience de lui-même? On peut utiliser l'exemple de Victor de l'Aveyron, en effet, cet enfant de 9-10 ans est considéré comme un enfant sauvage, l'histoire se déroule à la fin du XVIIIème siècle, au moment où il est retrouvé proche de l'Aveyron (d'où son nom), il ne parle pas et n'utilise que des gestes désordonnés. Il est donc confié au docteur Jean Itard. Personne ne croit à sa réinsertion sociale, mais Jean Itard fait tout pour y parvenir. Le docteur cherchait à "humaniser" Victor. Et le rapport de Jean Itard montrera que les sens de Victor n'ont pas été totalement développés, de même pour sa mémoire et pour le langage. Victor de l'Aveyron n'avait absolument pas conscience de lui même car il n'a pas eu de relation avec le monde. En effet pour qu'un enfant prenne conscience de lui, il faut qu'il prenne conscience de ses facultés et de ses limites et le seul moyen de se rendre comte des limites de notre corps c'est d'être touché, d'avoir une confrontation avec de la matière. Or Victor n'a pas été touché durant sa petite enfance, il n'a donc pas construit son humanité comme il se doit. Il était donc au stade où on peut dire qu'il vivait comme un animal, sans conscience. Malheureusement, lorsque cet apprentissage des facultés et des limites ne se fait pas à l'âge "normal", il devient difficile de faire réapprendre à l'enfant ce qu'il a raté. Le docteur Itard dit d'ailleurs qu'il pense avoir échoué, en ce qui concerne "l'humanisation" de Victor de l'Aveyron. D'ailleurs l'histoire de ce garçon a été adaptée au cinéma dans L'enfant Sauvage de François Truffaut. On peut donc dire que lorsque l'enfant ne reçoit ni apprentissage, ni éducation, la conscience de soi est beaucoup plus difficile à acquérir voire impossible dans certains cas.


L'homme est donc digne et défini par la conscience de soi. En effet, la conscience de soi fait de l'homme une personne supérieure aux autres êtres vivants de notre planète et elle est commune à tous les hommes quelle que soit leur langue. Mais la conscience de soi n'est pas instinctive et pas innée, elle s'acquière grâce à une éducation. Nous avons pu voir que nous ne sommes pas tout le temps dans un état de conscience, que celle-ci a des failles, et que l'homme possède un inconscient. De plus, sans langage il n'y a pas de conscience possible car celle-ci est un facteur essentiel qui nous permet d'avoir conscience de soi. Et enfin nous avons pu voir à travers l'exemple de Victor de l'Aveyron que lorsque l'enfant ne reçoit ni apprentissage, ni éducation, la conscience de soi est beaucoup plus difficile à acquérir voire impossible dans certains cas. Car la conscience par la pensée ne peut être possible que lorsque nous sommes en contact avec autrui.