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Peut-on dire qu'il existe des sociètés civilisées et d'autres pas ?

Dernière mise à jour : 26/02/2021
Proposé par: MELENA (eleve)

Description du corrigé: Ceci est la dissertation que j'ai rendue à mon professeur, j'ai eu 15/20.

D’emblée le sujet pose le problème de savoir si on a le droit de dire qu’il existe des sociétés civilisées et d’autres pas. Ce qui équivaut à se demander s’il y a une hiérarchie à opérer entre les civilisations. Y’a-t-il des sociétés qui représentent le modèle de civilisation ? Ce modèle peut-il être unique au vu de la diversité ethnique du monde ? Doit-on cependant tout tolérer, tout accepter, au nom des diversités culturelles et de civilisation ?

La civilisation est une notion que s’approche beaucoup de celle d’humanité. Il s’agit du niveau auquel accède une société quand elle atteint un certain progrès technique, scientifique, social, politique, moral… De ce point de vue, dans l’histoire de l’humanité, il existe des sociétés qui se sont imposées comme des références de civilisation.
Quand on parle de civilisation, il existe un peuple, une société qui apparaît comme modèle, de par un développement culturel important, notamment au niveau des découvertes techniques et scientifiques, d’un raffinement artistique. Il s’agit de la Grèce Antique, qui pendant son âge d’or connu une prospérité culturelle impressionnante pour l’époque et qui reste encore d’actualité de nos jours. En effet, cette société fait preuve d’un réel avancement dans des domaines très variés que sont, entre autres, les sciences avec notamment Archimède, Euclide ou Pythagore, la médecine avec Epidocte ou encore la philosophie avec Socrate et son élève le plus célèbre Platon. De plus les monuments d’architecture et d’art grecs sont toujours considérés parmi les plus beaux chefs-d’œuvre de l’histoire humaine. Tout ceci associé à la démocratie athénienne précoce justifie cette position référence de la Grèce Antique au niveau de la civilisation.
Plus tard, ce sont les royaumes européens qui, aux alentours du XVeme siècle apparaissent comme modèles. Ces sociétés ont en effet développé un commerce florissant, et sont entrées dans un cercle vertueux de progrès, possible par exemple par le développement de l’imprimerie qui permet une diffusion plus large des connaissances, des idées et donc entraîne un essor de la culture et par conséquent le progrès dans tous les domaines. Ceci se note particulièrement dans la connaissance du monde et la volonté de le connaître, qui permettent d’entreprendre des expéditions vers « le nouveau monde ».
C’est dans ce nouveau monde que les modèles européens découvriront et seront confrontés à des sociétés totalement opposées par leurs pratiques et leurs croyances aux normes européennes de l’époque. Ces sociétés seront qualifiées de primitives par dissonance aux sociétés références du vieux continent. En effet les peuples découverts ne semblent pas avoir développé un progrès scientifique et technique, ils vivent nus, ne cultivent pas la propriété privée, comme le montrera Diderot dans son Supplément au voyage de Bougainville. De plus, leurs cultes religieux sont pour la plupart marqués par des sacrifices humains, d’enfants pour les Incas, de masse chez les Aztèques, ce qui contribue à développer l’image sauvage et barbare, aux antipodes du raffinement voulu par les modèles de civilisation.
De ces exemple découle que la différence entre les niveaux scientifiques, entre les connaissances dont l’élévation entraîne le progrès, permettrait de déterminer des sociétés civilisées et d’autres pas. La science, la technique, l’art… seraient donc les critères permettant de déterminer, de par leur développement, si une société est civilisée ou pas. Il y aurait donc effectivement des sociétés références en matière de civilisation.

Mais alors, toute société qui sortirait de ces modèles de référence serait une société non civilisées, barbare. Est-ce parce qu’une société apparaît comme un modèle qu’elle détient l’essence de la civilisation ? Dire cela ne dépend-il pas d’un jugement subjectif, basé que des critères parfaitement arbitraires ?

Les différentes sociétés ont toutes plus ou moins développé certains aspects de leur culture, elles possèdent donc différents points forts et les valeurs prééminentes dans une seront subsidiaires dans une autre. Ainsi, on peut considérer la civilisation d’une société sous divers critères et le niveau de civilisation de celle-ci variera selon l’élément de comparaison choisi. En ce cas, si on reprend l’exemple de la Grèce Antique, qui malgré sa culture développée, avait institutionnalisé l’esclavage, en opposition aux pirates de l’antiquité, qui en dépit de leur réputation et actions sanguinaires avaient pour coutume de libérer les esclaves des navires conquis, et ne pratiquaient donc pas l’esclavage, on peut se rendre compte que le plus civilisé n’est pas nécessairement celui que l’on croit. En outre, si les européens sont plus avancés technologiquement parlant, les orientaux ont des connaissances plus étendues sur le corps humain et surtout sur sa maîtrise, comme l’illustre l’exemple de fakirs hindous. Ainsi la mise en place de références dépend avant tout du critère choisi.
Il apparaît alors qu’il n’existe pas de critères suffisamment objectifs pour être applicable à toutes les civilisations. De cela émane le fait que l’on ait tendance à s’attacher aux mœurs mises en valeur par notre société, notre civilisation, et par cela de juger les autres par rapports à nos propres us. C’est le problème de l’ethnocentrisme, défini par l’ethno-antropologue Claude Lévi-Strauss in Race et Histoire, comme une tendance à survaloriser les seules coutumes ethniques auxquelles nous sommes habitués et à dévaloriser tout ce qui nous est étranger ; une volonté de croire que nos normes culturelles valent, ou devraient valoir, pour tous, en tout lieu. Ceci tend à mettre en place une sorte d’universalisation de nos mœurs et surtout la volonté de les imposer, parce que considérées comme meilleures, supérieures aux autres. L’ethnocentrisme rend donc subjectif et illégitime un quelconque jugement sur la qualité d’une civilisation.
Les références culturelles données par certaines sociétés sont donc contestables car les différentes normes émises par les civilisations ne sont pas applicables aux autres, ce qui exclut le droit d’émettre un jugement sur le fait qu’une société soit civilisée ou pas, en se basant sur les critères de sa propre société.

Chaque société serait donc civilisée, civilisée différemment des autres, et les pratiques de chacune de ces sociétés seraient un trait particulier de leur civilisation. Mais toutes les pratiques sont-elles réellement acceptables, et ce universellement ? Ni y’a-t-il pas un amalgame à ne pas faire entre certaines pratiques culturelles et atteinte directe à la dignité humaine ? N’est-il pas tout de même un critère commun à toute société civilisée ? Dès lors, l’idée de hiérarchie dans las civilisation fait-elle encore sens ?

Malgré le fait qu’aucun critère ne puisse s’appliquer à l’ensemble des civilisations, il en existe un qui s’impose comme base d’une civilisation universelle, car il s’applique à la pluralité des cultures. Il s’agit du respect de la dignité humaine qui renvoie à l’idée que « quelque chose est du à l’être humain du seul fait qu’il est humain » comme le dit le philosophe Paul Ricœur. On interprète cela par le fait que tout homme, du simple fait de l’être, a droit au respect, à la liberté, à l’égalité, ce qui exclut qu’une société pratiquant l’asservissement, l’esclavage, la torture puisse être qualifiée de civilisée. Le fait que, par exemple, la Mauritanie ou le Soudan qui pratiquent encore l’esclavage pour dette, ne respectant pas le « du » à l’humain, puissent être qualifiées de sociétés civilisées est donc très discutable. Il en va de même au sujet de la polémique sur les conditions de détention et sur les hypothétiques tortures perpétrées dans la prison de Guantanamo, qui, le cas échéant éloignerait de la civilisations les responsables des ces actes. Le cas le plus flagrant de la négation de la dignité humaine reste tout de même le nazisme, qui avec notamment ses camps de concentration était au plus loin de la civilisation.
Au-delà de cette condition sine qua non qu’est le respect de la dignité humaine, on ne peut pas dire qu’une société est civilisée ou ne l’est pas. Il n’y a pas qu’une seule manière d’être humain, pourquoi n’y aurait-il qu’une seule façon d’être civilisé ? Cela empêche absolument d’établir une hiérarchie entre les civilisations, puisque la civilisation d’un peuple, d’une société, provient de son vécu, de la transmission des coutumes, qui sont différentes et se sont développé diversement selon les peuples. On ne peut donc pas parler de hiérarchie ou de degré dans les civilisations, car il y a plusieurs façons pour une société d’être civilisée, l’important étant qu’elle respecte le critère moral qu’est la dignité humaine, ainsi que les droits de l’homme… et de la femme.

On ne peut pas objectivement dire qu’il existe des sociétés civilisées et d’autres pas, il n’y a pas de hiérarchie à opérer étant donné la multitude des critères pouvant être considérées. Au-delà de ces civilisations, il y a la civilisation universelle qui fait de toute société, de toute culture, une civilisation à part entière tant que celle-ci respecte la dignité humaine. La civilisation est donc propre à chaque société, bien que basée sur une civilisation universelle, celle des droits de l’Homme.

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