Comte, Opuscules de philosophie sociale: Politique et spécialités

Corrigé entièrement rédigé.

Dernière mise à jour : 04/11/2021 • Proposé par: cyberpotache (élève)

Texte étudié

Les gouvernants voudraient faire admettre la maxime qu'eux seuls sont susceptibles de voir juste en politique, et que par conséquent il n'appartient qu'à eux d'avoir une opinion à ce sujet. Ils ont bien leurs raisons pour parler ainsi, et les gouvernés ont aussi les leurs, qui sont précisément les mêmes, pour refuser d'admettre ce principe, qui, effectivement, considéré en lui-même, et sans aucun préjugé, soit de gouvernant, soit de gouverné, est tout à fait absurde. Car les gouvernants sont, au contraire, par leur position, même en les supposant honnêtes, les plus incapables d'avoir une opinion, juste et élevée sur la politique générale, puisque plus on est enfoncé dans la pratique, moins on doit voir juste sur la théorie. Une condition capitale pour un publiciste qui veut se faire des idées politiques larges, est de s'abstenir rigoureusement de tout emploi ou fonction publique : comment pourrait-il être à la fois acteur et spectateur ?

Mais on est tombé, à cet égard, d'un excès dans un autre. En combattant la prétention ridicule du savoir politique exclusif des gouvernants, on a engendré, dans les gouvernés, le préjugé, non moins ridicule, quoique moins dangereux, que tout homme est apte à se former, par le seul instinct, une opinion juste sur le système politique, et chacun a prétendu devoir s'ériger en législateur.

Auguste Comte, Opuscules de philosophie sociale

Questions préalables

- Quel est exactement le thème du texte ?
- L'opposition entre théorie et pratique est-elle aussi évidente que l'affirme Comte ?
- À qui, d'après ce texte, doit appartenir le pouvoir législatif ?

Introduction

Il est fréquent que des gouvernants soient critiqués par les citoyens : on leur reproche de mal faire leur travail, ou de n'être pas plus aptes que d'autres à l'exercice du pouvoir. De leur côté, ils se targuent au contraire d'une connaissance des affaires publiques justifiant la place qu'ils occupent "au sommet". Comte, ici, conteste à la fois leur compétence et la prétention de quiconque à "s'ériger en législateur". Ainsi renvoyés dos à dos, les deux partis, bien que pour des raisons différentes, devraient commencer par reconnaître que la politique est une affaire de spécialistes.

I. Engagement et théorie sont incompatibles

Tout individu qui assume le pouvoir est tenté d'affirmer qu'il lui appartient de "voir juste en politique" : cette justesse ne paraît-elle pas être, par définition, la condition du pouvoir ? Mais en face, les gouvernés semblent bien ne pas être du même avis : ils reprochent volontiers aux gouvernants leurs erreurs. Du point de vue de Comte, les deux groupes ont tort. Pour lui en effet, c'est le fait même d'exercer le pouvoir qui empêche de développer des jugements politiques appropriés, à cause d'un principe. général affirmant que "plus on est enfoncé dans la pratique, moins on dort voir juste sur la théorie". Cette séparation rigoureuse du travail paraît, telle qu'elle est ici affirmée, de portée universelle. En tout cas, elle doit s'appliquer dans le domaine politique.

Une telle conception n'est pas nouvelle ; on la rencontre par exemple chez Rousseau, bien que dans des termes assez différents : au début du Contrat Social, Rousseau affirme en effet qu'il n'appartient pas au gouvernant de disserter sur les principes de la politique juste, mais de les appliquer sans tarder. Et c'est précisément, ajoute-t-il, parce qu'il ne participe pas du pouvoir qu'il a le droit d'écrire à son sujet et d'en exposer les fondements. L'argumentation de Comte considère qu'un responsable politique est trop engagé dans sa propre pratique pour avoir le recul nécessaire à la formation d'idées justes en politique générale. D'une certaine façon, c'est l'idée qui fonde aussi sa critique de l'introspection : je ne puis être simultanément engagé dans une action et extéri

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