La religion est une attitude si ancienne et durable dans l’humanité qu’elle peut paraître finalement obligatoire. C’est ce que n’accepte pas Freud. S’il montre que la croyance en une divinité n’est rien de plus qu’une illusion rassurante, il affirme par ailleurs qu’il serait temps pour l’homme d’affronter la réalité telle qu’elle est et de sortir d’une position infantile. Il y aurait là, à ses yeux, un véritable "progrès".
I. L’illusion religieuse
Dès le début du texte, la religion n’est qualifiée que d’"illusion religieuse". II s’agit donc de savoir si cette illusion a une fonction irremplaçable et définitive, et s’il serait impossible que l’homme se passe d’elle. Le correspondant de Freud est de cet avis : sans la religion, le "poids de la vie" et la cruauté du réel seraient insupportables. Si l’on admet ainsi que l’homme est incapable par lui-même d’affronter le dévoilement de la réalité et de lui faire face, on peut en effet considérer les promesses et consolations de la religion comme indéfiniment nécessaires.
Mais de quel homme s’agit-il ? La frayeur de l’homme devant le réel est-elle normale, "naturelle", ou résulte-t-elle au contraire d’une éducation particulière qui l’a habitué à la frayeur ? Pour Freud, seul l’homme formé dès l’enfance à la croyance continue nécessairement à ressentir le besoin de croire : on lui a "instillé... le doux - ou doux et amer- poison", et il ne peut plus s’en passer, il devient dépendant, la religion apparaissant comme une sorte de drogue, ou de calmant, qui viendra "étourdir" la névrose qu’elle a commencé par installer.
Ainsi, le non-névrosé ne ressent peut-être pas le besoin de s’étourdir : la formation religieuse est donc elle-même productrice d’une névrose particulière, dont Freud ne précise pas ici la nature, mais dont il évoque ensuite certains symptômes : besoin de protection, recherche systématique de situations rassurantes, soit une régression vers l’enfance, et le maintien d’une relation à une bienveillance "paternelle" (on sait que Freud, dans L’Avenir d’une illusion, définit Dieu comme "un père tout-puissant").
II. Cruauté de la réalité
La situation de l’être humain dans l’univers, telle qu’elle peut apparaître à un esprit sans religion, n’est pas enthousiasmante : "difficile", elle est faite de "détresse" et de "petitesse". Dès qu’il n’existe