Freud, L'Avenir d'une illusion : "L’illusion religieuse"

Commentaire entièrement rédigé.

Dernière mise à jour : • Proposé par: cyberpotache (élève)

Texte étudié

Ainsi je suis en contradiction avec vous lorsque, poursuivant vos déductions, vous dites que l'homme ne saurait absolument pas se passer de la consolation que lui apporte l'illusion religieuse, que, sans elle, il ne supporterait pas le poids de la vie, la réalité cruelle. Oui, cela est vrai de l'homme à qui vous avez instillé dès l'enfance le doux - ou doux et amer - poison. Mais de l'autre, qui a été élevé dans la sobriété ? Peut-être celui qui ne souffre d'aucune névrose n'a-t-il pas besoin d'ivresse pour étourdir celle-ci. Sans aucun doute l'homme alors se trouvera dans une situation difficile ; il sera contraint de s'avouer toute sa détresse, sa petitesse dans l'ensemble de l'univers ; il ne sera plus le centre de la création, l'objet des tendres soins d'une providence bénévole. II se trouvera dans la même situation qu'un enfant qui a quitté la maison paternelle, où il se sentait si bien et où il avait chaud. Mais le stade de l'infantilisme n'est-il pas destiné à être dépassé ? On peut appeler cela "l'éducation en vue de la réalité" ; ai-je besoin de vous dire que mon unique dessein, en écrivant cette étude, est d'attirer l'attention sur la nécessité qui s'impose de réaliser ce progrès ?

Freud, L'Avenir d'une illusion

La religion est une attitude si ancienne et durable dans l’humanité qu’elle peut paraître finalement obligatoire. C’est ce que n’accepte pas Freud. S’il montre que la croyance en une divinité n’est rien de plus qu’une illusion rassurante, il affirme par ailleurs qu’il serait temps pour l’homme d’affronter la réalité telle qu’elle est et de sortir d’une position infantile. Il y aurait là, à ses yeux, un véritable "progrès".

I. L’illusion religieuse

Dès le début du texte, la religion n’est qualifiée que d’"illusion religieuse". II s’agit donc de savoir si cette illusion a une fonction irremplaçable et définitive, et s’il serait impossible que l’homme se passe d’elle. Le correspondant de Freud est de cet avis : sans la religion, le "poids de la vie" et la cruauté du réel seraient insupportables. Si l’on admet ainsi que l’homme est incapable par lui-même d’affronter le dévoilement de la réalité et de lui faire face, on peut en effet considérer les promesses et consolations de la religion comme indéfiniment nécessaires.

Mais de quel homme s’agit-il ? La frayeur de l’homme devant le réel est-elle normale, "naturelle", ou résulte-t-elle au contraire d’une éducation particulière qui l’a habitué à la frayeur ? Pour Freud, seul l’homme formé dès l’enfance à la croyance continue nécessairement à ressentir le besoin de croire : on lui a "instillé... le doux - ou doux et amer- poison", et il ne peut plus s’en passer, il devient dépendant, la religion apparaissant comme une sorte de drogue, ou de calmant, qui viendra "étourdir" la névrose qu’elle a commencé par installer.

Ainsi, le non-névrosé ne ressent peut-être pas le besoin de s’étourdir : la formation religieuse est donc elle-même productrice d’une névrose particulière, dont Freud ne précise pas ici la nature, mais dont il évoque ensuite certains symptômes : besoin de protection, recherche systématique de situations rassurantes, soit une régression vers l’enfance, et le maintien d’une relation à une bienveillance "paternelle" (on sait que Freud, dans L’Avenir d’une illusion, définit Dieu comme "un père tout-puissant").

II. Cruauté de la réalité

La situation de l’être humain dans l’univers, telle qu’elle peut apparaître à un esprit sans religion, n’est pas enthousiasmante : "difficile", elle est faite de "détresse" et de "petitesse". Dès qu’il n’existe

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