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Pourquoi avons-nous du mal à reconnaître la vérité ?

Dissertation complète d'un élève. Note obtenue :14/20/

Dernière mise à jour : 16/03/2021 • Proposé par: funben (élève) •

Reconnaître la vérité consiste à pouvoir la différencier de l'erreur ou de l'illusion, du faux ou du mensonge. Si l'erreur est un simple déficit de connaissance ou une étourderie, facilement réparables, il n'en va pas de même du mensonge ou de l'illusion, qui perdurent au delà de la mise en évidence du faux. Comment expliquer que nous ayons parfois tant de mal, en effet, à reconnaître la vérité ? D'une part, il arrive que nous ne la voyions pas alors même qu'elle crève les yeux, Faut-il mettre sur le compte de l'imbécillité cet étrange aveuglement, ou bien la cause serait-elle à chercher ailleurs, dans les multiples détours de la psychologie humaine ? Pourquoi ne voyons-nous pas le monde tel qu'il est ? L'aveugle ne voit pas, donc se trompe, mais involontairement; que dirons-nous alors de l'aveuglé, qui voit, mais ne voit pas correctement ? Pourquoi cette "mésinterprétation" ? En définitive il s'agit de savoir pourquoi il nous arrive de pas accepter la vérité, de lui préférer autre chose.

I. Parce que la vérité n'est pas évidente

La première cause de la difficulté à reconnaître la vérité semble bien être la difficulté intrinsèque d'y accéder. La vérité réclame un effort ; elle ne se présente pas toujours à nous sous la forme d'une évidence, et même quand c'est le cas, les évidences peuvent être trompeuses. Nous avons donc du mal à reconnaître la vérité parce que la vérité se cache bien! Telle est essentiellement l'argumentation des sceptiques: où est donc la vérité, disent-ils, quand on constate l'éternelle contradiction des opinions ? Les hommes ne sont pas d'accord entre eux, y compris sur des questions apparemment simples, ce qui témoigne bien du caractère incertain de toute opinion, Si la vérité était facile à reconnaître, nous finirions par tomber d'accord.
Meme si nous refusons de suivre les sceptiques jusqu'au bout de leur raisonnement, nous devons admettre que la vérité n'est pas d'un accès facile. L 'homme d'aujourd'hui, par exemple, est sans cesse confronté à des millions d'informations concernant des millions d’ événements qui se produisent dans le monde ; nous sommes contraints d'avoir un avis sur tous ces événements, alors même que les information:; reçues se révèlent en définitive peu fiables, voire mensongères, et à tout le moins parcellaires. Nous commettons donc des erreurs, et en un sens, beaucoup plus que nos ancêtres qui, n'étant pas informés comme nous le sommes, avaient moins souvent l’occasion de formuler un jugement, donc moins souvent l'occasion de se tromper! Nous avons donc d'autant plus de mal à reconnaître la vérité que nous sommes constamment obligés de nous engager, de croire quelque chose, d'avoir un avis. Parmi tout ce qui se présente à nous comme vérité, que choisir ? La vérité du Palestinien ou celle de l'Israélien Juif? La sagesse pourrait être, comme le pensaient les sceptiques, de s'abstenir de juger...

II. Parce que l'homme n'aime pas admettre qu'il a tort

Nous venons d'examiner le processus de l'erreur. comme premier obstacle à la reconnaissance de la vérité: je ne reconnais pas la vérité parce que je me trompe, par manque d'informations. Mais quand les informations me parviennent, il m'est loisible de changer d'avis, de reconnaître la vérité. Cela ne sera pas difficile, à moins que mon amour propre I:emporte et que je refuse d'admettre que je me suis trompé. que je suis faillible, Nous avons donc du mal parfois à admettre la vérité parce que cette reconnaissance implique une remise en question, ce qui n'est jamais agréable. Les prisonniers de la caverne refusent de croire celui qui s'est échappé et qui leur dévoile la vérité sur le monde, à la fois parce qu'ils manquent de preuves et parce qu'ils ne veulent pas admettre que toutes leurs croyances sont fausses. Ainsi on peut distinguer deux situations: d'un côté la vérité n'est pas toujours disponible ou suffisamment établie, ce qui nous amène à ne pas la reconnaître plus de la croyance que de la preuve, ce qui explique au passage qu'elles soient si diverses de par le monde... D'autre part, une vérité est souvent une erreur rectifiée, et la psychologie humaine est telle que reconnaître ses erreurs n'a rien d'agréable. L 'homme sûr de lui (même s'il nage dans l'erreur) paraît plus fort que celui qui doute ou n'admet pour vrai qu'un petit nombre de choses. Enfin, David Hume explique que les hommes sont naturellement portés au dogmatisme, et par conséquent assez réticents à la remise en question, parce que les certitudes sont socialement utiles et parfois nécessaires à la vie active. Toute action suppose que l’on croie à ce que l'on fait, tandis que le doute bloque le passage à l'acte. Là encore, cette donnée de la psychologie humaine empêche la reconnaissance de la vérité, qui est bien souvent différente de nos préjugés, mais les préjugés sont plus pratiques et utiles, et surtout plus faciles et rapides à obtenir, que la vérité !

III. Parce que l'homme préfère l'utile au vrai

Nous venons d'exposer les raisons pour lesquelles l'homme a. sans forcément le vouloir, du moins au départ, du mal à reconnaître la vérité. Mais une autre cause entre en ligne de compte: la volonté de ne pas voir la réalité en face, de se bercer d'illusions, Freud définit l'illusion comme un désir qui prend le pas sur la réalité. Dans le cas de l'illusion amoureuse, pal exemple, il arrive que l'amoureux voit sa belle non pas telle qu'elle est vraiment, mais telle qu'il veut qu'elle soit. L'illusionné est celui qui prend ses désirs pour la réalité. Or ce mécanisme est très fréquent, notamment dans le domaine politique. Si l'homme a du mal à reconnaître la vérité, n'est-ce donc pas aussi parce que la vérité n'est pas toujours agréable, est-ce que l’illusion vaut mieux à nos yeux ? Autrement dit, les hommes n'aimeraient pas tellement cette fameuse valeur, la vérité! Si l'on en croit Nietzsche, les hommes s'intéressent surtout à ce qui leur paraît utile, et non à ce qui leur paraît vrai. Il peut m'être utile de nier la réalité d'un massacre, par exemple, s'il est commis par des responsables de mon camp politique. Ce fut l'illusion de beaucoup de communistes, comme l'explique l'historien François Furet, ancien communiste, dans son livre Le passé d'une illusion'. L'illusion est donc un mécanisme de défense face à la réalité elle-même, qui se présente alors toujours comme plus ou moins dangereuse et inquiétante, L’ homme est faible, alors plutôt que d'affronter les dures réalités, il les transforme à son avantage, dit Nietzsche, Dans les cas les plus simples et les plus courants, nous voyons certaines personnes refuser d'admettre qu'ils sont malades ou qu'ils sont vieux ; certains vieillards essaient désespérément de jouer au jeune, par exemple en s'habillant d'une certaine manière, illusion bien sûr : on ne peut pas toujours être ou faire ce que l'on voudrait, mais l'admettre est difficile,

Ainsi, si nous avons du mal à reconnaître la vérité, c'est d'abord parce que la vérité est difficile à atteindre techniquement (multiplication des informations contradictoires), ensuite parce que la vérité est souvent la rectification d'une erreur, et nous oblige à sacrifier notre amour-propre, d'une part, et d'autre part parce que nous avons besoin pour vivre de certitudes, et que le préjugé est plus accessible et plus utile que la vérité; enfin parce que l'illusion peut sembler préférable à la vérité, parce que l'imaginaire peut paraître plus beau et plus agréable que la réalité.
Mais tout ceci ne signifie par que nous devons admettre le faux plutôt que le vrai. Cette difficulté ne demande qu'à être surmontée, C'est là que l'homme se juge: nous avons tous du mal à reconnaître la vérité, mais certains se contentent du constat tandis que d'autres se battent avec cette difficulté, et cherchent la vérité au delà des apparences. Les obstacles ne sont-ils pas faits pour être surmontés ?