La conscience morale (terminale techno)

Le corrige complet. 19/20.

Dernière mise à jour : 16/03/2021 • Proposé par: mave (élève) •

I. Différence entre conscience psychologique et conscience morale

La première est l'intuition qu'a l'esprit de ses états et des ses actes. C'est la connaissance intuitive que je peux avoir de ma vie intérieure. La seconde est une sorte de juge, elle prescrit ce que nous devons faire, elle ordonne ce qui doit être. C'est à elle que nous faisons référence quand nous parlons "d'un cas de conscience". Une conscience morale porte spontanément des jugements sur la valeur morale de nos actes. Elle nous différencie donc des animaux qui sont comme des automates : il n'existe pas pour eux de réflexion, de délibération sur ce qui est bien ou mal. A une situation donnée, ils ont une réponse donnée, presque un réflexe. En revanche, l'homme réfléchit, analyse et n'agit pas intuitivement. On peut considérer que c'est une faiblesse car il doute et parfois se trompe. Mais c'est aussi une force car la conscience morale le rend entièrement responsable de ses actes. C'est une forme de liberté puisqu'il a le choix de faire bien ou mal.

a. Les problèmes causés par la conscience morale
Les valeurs morales sont relatives. Par exemple, au Moyen-Age, on accordait à la justice le droit de torturer les vivants alors qu'on interdisait aux médecins de disséquer les cadavres. Aujourd'hui, nos valeurs morales sont inverses : interdiction de torturer, mais possibilité de faire une autopsie. Or, cette relativité des valeurs morales est un argument contre le sérieux de la conscience morale : en effet, pourquoi faire confiance à cette conscience qui n'ordonne pas la même chose à tous les hommes et dont les commandements sont susceptibles de varier selon les époques ? Doit-on rester sceptique ? Pas forcément, car il faut comprendre que si les contenus de la conscience morale sont variables, sa forme reste la même. Partout on distingue entre bien et mal, permis et défendu. De même, il y a des jugements qui paraissent universels. L'esprit de loyauté est reconnu comme préférable au désir de trahison, le courage à la lâcheté. Ce qui varie, ce sont les applications (selon les individus et les époques) de ces principes, mais pas les principes eux-mêmes. Il ne faut pas confondre ce que nous dicte la conscience morale avec ce que nous dictent nos préjugés, nos habitudes, contractés dès l'enfance. La conscience morale n'est pas comparable aux préjugés de notre éducation. Elle est une faculté qui dicte ses choix à l'homme à condition que cet homme se soit en partie débarrassé de ses préjugés ("en son âme et conscience").

b. Le principe philosophique du fondement de la morale
Mais comment reconnaître les valeurs morales authentiques ? Pourquoi le bien est-il considéré comme tel ? Parce que cette exigence morale nous paraît désirable. Il semble souhaitable à notre conscience de réaliser le Bien. Les valeurs morales nous semblent immanentes (propre, naturelles) à la volonté humaine. L'exigence morale s'impose à nous. Elle prend la forme d'une obligation, d'un devoir. Elle se montre transcendante, c'est-à-dire extérieure et supérieure à notre conscience.

II. Les grandes conceptions de la vie morale

Réaliser le bien peut signifier beaucoup de choses différentes pour les hommes et notamment pour les philosophes qui ne définissent pas tous le bien de la même manière. Ainsi, en fonction de la définition qu'ils donnent du bien, ils obéiront à des principes moraux différents. Par exemple, ma vie morale peut se fonder sur l'intérêt : si j'accomplis mon devoir, la société me protègera, donc j'ai tout intérêt à être un bon sujet ou un bon citoyen. Ma vie morale peut aussi se fonder sur les sentiments : ce sont des tendances qui nous poussent naturellement à faire le bien, donc je leur obéis sans contestation.

a. Les morales de l'intérêt
Epicure (philosophe grec qui vécut entre le 4e et 3e siècle av JC) justifie une morale assez austère (repas frugaux, méditation, exercice) par souci d'obtenir un plaisir durable dans la vie. Ce qui est moralement désirable, c'est ce que nous désirons naturellement : le plaisir, l'absence de douleur. Ainsi, la morale épicurienne condamne les plaisirs inférieurs et non nécessaires (la luxure, la gourmandise) car ils gâchent les vrais plaisirs, ceux qui durent et nous rendent heureux. Le sage ne cultive que les plaisirs naturels (manger, boire) et nécessaires (il n'est pas nécessaire de trop boire ou trop manger).

b. Les morales du sentiment
N'y a-t-il pas des tendances qui nous poussent naturellement au bien ? Les sentiments de sympathie par exemple, ou l'amour vrai qui nous donnent de la joie quand nous en donnons à autrui. Les hommes possèdent naturellement ces sentiments alors pourquoi ne pas les ériger en principes moraux ? Un philosophe comme Schopenhauer (philosophe allemand du 19e siècle dont les théories ont beaucoup influencés Nietzsche) développe une morale sentimentale. Il ne nie pas que les hommes sont parfois cruels entre eux et souvent égoïstes, mais c'est parce qu'ils n'ont pas compris qu'ils étaient tous des manifestations d'un seul phénomène que Schopenhauer appelle le "vouloir vivre". Si nous écoutons cette pulsion du "vouloir vivre" qui parle en chacun de nous, nous nous apercevons que la pitié est le remède à tous les maux qui affligent les hommes. Le moi qui contemple les souffrance d'autrui éprouve à son tour ces souffrances et ainsi les individus cessent d'être enfermés sur eux-mêmes. La pitié est un sentiment moral métaphysique parce qu'il révèle à l'homme le secret, l'unité profonde qui relie tous les êtres.

c. La morale de Kant (morale kantienne)
Pourtant, il est difficile pour la philosophie d'accepter que les valeurs morales se fondent sur les sentiments. En effet, ils ne facilitent pas l'accomplissement de nos devoirs. Les sentiments ne sont pas forcément en accord avec les valeurs de la vie morale. Il existe de mauvais sentiments, des sentiments contradictoires. Puisque nous jugeons comme mauvais ou dangereux certains sentiments, c'est bien que nous possédons, grâce à notre conscience morale, des critères pour définir le bien et le mal qui ne nous sont pas donnés naturellement par les sentiments. Pour Kant (philosophe allemand très célèbre du 18e siècle, religieux et partisan d'une morale rigoureuse et fondée sur les principes logiques de la raison) l'homme doit être le créateur de ses valeurs morales. Mais ces valeurs ne doivent pas lui venir des passions ou des sentiments. Kant se méfie des tendances spontanées et des pulsions. Le principe du devoir doit résider dans la raison pure. C'est la conscience morale qui sera la source de nos valeurs. Et cette conscience morale n'est rien d'autre que notre raison. Pour éviter de tomber dans le relativisme des définitions du Bien (le bien c'est l'intérêt, c'est le plaisir, c'est la pitié...) Kant se demande ce qui est jugé bien et bon par tous les hommes sans exception. Et il répond : la bonne volonté, l'intention ("c'est l'intention qui compte"). Mais notre intention doit être pure, elle doit obéir à un impératif catégorique : je dois faire le bien parce que c'est le bien, même si c'est dur ou que ça me fait mal. Le mérite moral se mesure à l'effort que nous faisons pour soumettre notre nature aux exigences du devoir. Tant mieux si nous faisons notre devoir par plaisir, mais ce n'est pas le plaisir qui doit guider notre devoir.