Pourquoi s'intéresser à l'histoire ?

Annale bac 2000, Série Hôtellerie - France métropolitaine

Une analyse du sujet, suivie du corrigé.

Dernière mise à jour : 28/10/2021 • Proposé par: cyberpotache (élève)

Analyse du sujet

La question pourquoi porte sur l'ordre des raisons qui peuvent être pratiques , théoriques, mais aussi éthiques. Si l'histoire peut se définir comme la connaissance rationnelle des évènements constituant le passé humain, les évènements ayant été jugés dignes de mémoire, quel intérêt peut-on avoir individuellement et collectivement à "faire" ou à étudier l'histoire?

D'autre part, si nous pouvons considérer l'histoire comme une science humaine, nous pouvons dire que son objet central n'est peut-être pas autre que la connaissance et la compréhension de l'homme.

Problématiques possibles

En tant que connaissance du passé humain l'histoire pourrait être comprise comme désuète dans la mesure où le passé est achevé, donc clos sur lui-même et irréversible. Or il semble que tout individu ne peut se comprendre qu'en tentant de saisir d'où il vient, quelles sont ses racines, ses héritages,les influences qu’a nourris son passé collectif. À ce prix il peut comprendre son passé personnel.

a- Faire ou étudier l'histoire comme possibilité pour l'homme de se situer. Que serait un homme qui n'aurait aucun intérêt pour l'histoire ?

b- Les bénéfices de l'intérêt de l'histoire :
- une incitation à la culture
- un développement de l'esprit critique
- une anticipation possible de l'avenir ?

c- Histoire et perspective critique :
- la vérité n'est pas "unique"
- Les pièges de l'actualité.
- l'histoire peut-elle permettre de tout "démontrer et prouver" ?

Références souhaitables

Nietzsche: considérations intempestives (2)
Marx : Le manifeste du parti communiste
Platon : République
Ricoeur : Histoire et vérité

Introduction

Si l'on peut définir l'histoire comme la connaissance rationnelle et critique du passé humain, et plus particulièrement des évènements, actes ou pensées qui ont été jugés dignes de mémoire, il convient de remarquer que cette science humaine a l'homme comme objet central. Tous nous avons un passé, une histoire personnelle et familiale, mais il est question ici de l'histoire collective et commune, celle qui a fait une civilisation, une culture ou encore une nation. Cette histoire-là pèse sur nous que nous le voulions ou non et nous en sommes les héritiers. Dès lors l'histoire est inséparable de notre identité et s'intéresser à elle peut nous conduire à connaître ce passé objectif.

I. Le passé n'est plus

Le passé n'est plus, il est mort parce qu'achevé et nous pouvons douter alors de l'intérêt qu'il peut y avoir à le connaître. Tout cela n'étant que poussière, contentons-nous de vivre au présent et de tendre vers l'avenir qu'il dessine... D'aucuns sont tentés par une telle démarche, mais elle conduit à nous interroger sur ce que serait un homme dans l'ignorance de son passé collectif c'est-à-dire de son histoire nationale.

Nous sommes tous des êtres historiques précisément parce que nous sommes des héritiers culturels, parce que nous sommes les dépositaires d'une tradition, d'un patrimoine et parce que ceux et celles qui nous ont précédés ont laissé des traces, des œuvres etc. qui sont encore là et qui témoignent, qui expriment, qui font réfléchir. Ainsi personne ne peut prétendre être un premier commencement, le propre de la culture consistant à faire perdurer les "choses", les "idées" et les œuvres de leurs inventeurs. Sans passé personne ne peut prétendre s'appartenir, car il reste privé des points de repère, des valeurs et des enjeux qui y sont liés.

D'autre part, vivre sans passé nous conduirait à vivre dans un présent perpétuel, prisonnier d'une actualité sans cesse renouvelée. Or si l'homme est un être pensant, doué de conscience, celle-ci se déploie dans la temporalité, car elle est elle-même temporalité. Il s'agit là d'une raison métaphysique qui nous conduit à reconnaître que les hommes sont des êtres temporels.

Force est donc de constater que l'histoire est bien cause d'un intérêt, mais non par défaut.

II. Quels sont donc les "bénéfices" d'un intérêt pour l'histoire ?

Il n'y a pas de culture qui n'ait pas d'histoires c'est-à-dire un ensemble organisé de mythes, de légendes, de traditions orales et bien sûr d'écrits et d’œuvres d'art qui l'identifient. L'intérêt de ce "patrimoine" ouvre des perspectives fécondes pour l'esprit qui développe sa culture générale et qui ainsi a la chance d'exercer son esprit critique. Pour quelles raisons est-ce possible? L'histoire oblige à la confrontation des exemples, des thèses, des idéologies et donne des repères qui restent... Ainsi l'intérêt pour l'histoire permet-il à l'individu de forger son esprit d'examen sans lequel il n'est pas de liberté intellectuelle.

Outre cela, la connaissance de l'histoire permet tout autant d'avoir une grille de lecture du passé, d'avoir une approche de la causalité, mais aussi de l'imprévisibilité de certains évènements. Nous pouvons alors penser que le passé, loin de faire règle pour l'avenir, loin de le déterminer d'une manière univoque, n'en demeure pas moins une influence possible. L'intérêt de / et pour l'histoire ouvre peut-être une meilleure compréhension du présent, mais davantage encore de l'avenir.

III. L'intérêt pour l'histoire doit se prémunir face à certaines dérives ou tentations

Si l'histoire est importante et décisive elle n'est pas non plus le tout de la culture et n'épuise pas l'attention à l'actualité, au maintenant, même si l'instant présent ne peut se comprendre qu'avec un recul qui apparaît comme condition d'objectivité et d'esprit critique. Il reste aussi à se méfier parfois de l'histoire, du moins de certaines histoires officielles qui sont au service d'idéologies et qui ne manquent pas, justement, de refaire ou de ré-écrire l'histoire.

Contre de telles dérives il semble que ce soit l'honnêteté intellectuelle de l'historien qui soit le rempart le plus sûr. Ainsi l'intérêt pour l'histoire permet-il de fortifier notre jugement, de le mesurer (dans les multiples sens du terme) et de le fonder. L'histoire n'est donc pas seulement cette "catin" qui donne des exemples de tout et qui permet alors de tout justifier et de tout relativiser en sombrant dans la confusion mentale.

Conclusion

S'intéresser à l'histoire a tout d'abord un rôle salvateur au niveau de la connaissance pratique et théorique de notre passé. Outre les qualités intellectuelles et critiques qu'elle apporte, elle a aussi une vertu éthique en ce qu'elle permet à chacun d'identifier des idéaux et des valeurs. Enfin, malgré la tyrannie et la séduction de l'actualité, l'histoire nous oblige aussi à l'humilité dans l'appréciation de la valeur même de notre humanité. N'est-ce pas en comprenant notre passé collectif que nous aurons la chance de comprendre aussi notre histoire personnelle ?