Pourquoi travaille-t-on ?

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Note du corrigé :
  • Note actuelle 5.00/5

Proposé par : dragonrouge09 (Elève)

 

Description :
Note : 16,5. Appréciation : "très bon travail, cependant vous n'avez pas abordé la piste du travail comme outil nécessaire pour oublier notre condition de mortel".

 

Introduction



Le terme « travail » possède plusieurs définitions possibles : c’est une activité de production d’une réalité utile, un exercice professionnel socialement règlementé, chez Hegel il désigne l’extériorisation de l’esprit humain dans le monde, chez Marx il est l'activité par laquelle l’homme produit par lui-même ses moyens d'existence, et chez Foucault il exprime l’exercice et la pratique par lesquels la vie s’affronte à la mort. Le travail vient du latin « tripalium », qui est un instrument formé de trois pieux permettant de maintenir et d’orienter un animal pour le ferrer, et qui deviendra par la suite un instrument de torture. Ainsi, étymologiquement, le travail est associé à la souffrance. Le travail est-il de l’ordre de la nécessité ? Le travail est-il une malédiction ou un accomplissement ?
Le problème est ici de savoir quelle est la signification du travail dans la vie humaine. Cette analyse nous permettra de mieux saisir les enjeux du travail ce qui permettra de nous faire prendre conscience de l’importance de celui-ci dans la vie en société.
Nous montrerons d’abord que le travail est nécessaire pour l’homme, ensuite nous nous demanderons si le travail est une malédiction ou un accomplissement.

Première partie



Afin de montrer que le travail est une nécessité pour l’homme, nous montrerons dans un premier temps que le travail permet la satisfaction des besoins, puis dans un second temps nous étudierons la nécessité économique du travail.
Tous les travaux ont un point commun. Ce n’est pas forcément la rémunération, car il existe des formes historiques de travail, comme l’esclavage antique, qui ne sont pas rémunérées, de même qu’il existe des activités rémunérées qu’il est difficile d’appeler « travail », mais ce point commun est le but du travail à savoir la transformation de la nature dans un sens utile à l’homme, c’est-à-dire en vue de la satisfaction de ses besoins. Cette définition du travail permet de ne pas le confondre avec les jeux ou les loisirs, c'est-à-dire des activités désintéressées dont la motivation principale est le plaisir qu’on y trouve. Il est donc possible de discriminer les activités socialement utiles et de n’appeler « travail » que celles qui sont liées à la production de biens nécessaires à la vie. Ainsi, pour un Grec, le travail est le fait d’esclaves ou de la seule catégorie des producteurs. Le philosophe, lui, ne « travaille » pas et son activité est perçue comme d’autant plus remarquable qu’elle est délivrée de cette nécessité. En outre, d’après Hannah Arendt, le travail serait l’activité humaine la plus proche de l’animalité en vertu de son but qui est de satisfaire nos besoins. Le produit du travail est en effet destiné à être consommé ; la loi du travail est donc la reproduction indéfinie de ses objets et des actes accomplis pour les produire, la répétition monotone du cycle production-consommation. Le travail se présente ainsi comme la condition nécessaire à la réalisation sociale et personnelle de l'homme. Mais à la différence d'une activité purement animale, le travail résulte d'un effort de la conscience et de la volonté humaine, dont le but est la satisfaction des besoins de l’homme. Cependant, il faut distinguer les besoins vitaux (dormir, manger…) et les besoins artificiels (plus de confort, une nourriture meilleure…). A partir du moment où l’homme a répondu à ses besoins vitaux, ils réapparaissent sous d’autres formes, que l’on nomme les besoins artificiels. Ces besoins artificiels apparaissent au moment même où l’homme prend conscience par le travail de sa capacité à faire plus que ce dont il a besoin. A partir de là se créent des échanges entre les hommes, et l’échange devient vite économique.
L’échange est un acte par lequel des individus ou des collectivités se cèdent mutuellement des biens en leur possession, qu’il s’agisse de richesses, de valeurs, de signes etc. Ces échanges sont au cœur du fonctionnement de toute société : les échanges de biens dans la consommation, les échanges matrimoniaux dans la reproduction, les échanges de paroles dans la communication etc. Aristote (dans Ethique à Nicomaque) distingue deux sortes d’usages que possède tout objet : la valeur d’usage, et la valeur d’échange. La valeur d’usage est l’utilisation que l’on fait de l’objet, et la valeur d’échange renvoie à ce qu’on peut tirer d’un objet en l’échangeant contre un autre. Pour lui, les échanges dénaturent la valeur d’usage d’une chose substituant une autre valeur : la valeur d’échange. D’après le philosophe, l’introduction de l’argent va permettre de rendre commensurable deux objets ne possédant pas la même valeur d’échange ; avant l’introduction de l’argent, les échanges ne portaient que sur la satisfaction des besoins (ce qu’il nomme la « première chrématistique », qui s’inscrit dans le besoin naturel). L’argent permettra l’entrée d’une « seconde chrématistique » ; pour Aristote, l’utilisation du moyen (l’argent) va se désolidariser du but (qui est la satisfaction des besoins). En outre, d’après Locke dans Traité du gouvernement civil, les échanges sont légitimes car ils permettent à l’homme de survivre. Ce philosophe fonde la propriété individuelle sur le travail, et c’est parce que l’homme travaille qu’il a le droit à la propriété. Grâce au travail, le droit de propriété s’étendra aux choses où l’homme imposera sa marque, et l’homme ne peut posséder que ce qu’il a acquis grâce à son travail. Enfin, Marx nous montre l’argent comme moyen d’assurer la survie matérielle (on travaille dans le but d’obtenir un salaire proportionnel à la tâche accomplie), et nous montre aussi l’argent comme fin en soi (accumulation de l’argent). Ainsi, le travail et les échanges sont au cœur de l’économie, mais ont des effets parfois négatifs sur les travailleurs qui deviennent des outils de production.
Le travail, qui n’existait que pour la satisfaction des besoins, se transforme au fil des années et finit par devenir un moyen d’accumuler de l’argent. Le travail est-il donc une malédiction ou un accomplissement ?

Deuxième partie



Dans cette partie, nous montrerons le travail comme aliénation, puis nous montrerons le travail comme libération.
L’aliénation est le processus par lequel un travailleur devient étranger au produit de son travail, lequel lui échappe. Le caractère souvent pénible du travail renforce l’idée négative qu’on peut s’en faire. S’il faut travailler la nature pour en extraire des produits utiles, c’est que, spontanément, elle ne les offre pas : il faut défricher, extraire, labourer, construire etc. ce qui renvoie à l’idée de corvée. D’après la Bible, « L’homme est condamné à travailler pour vivre : le travail est une punition » : cela renvoie au péché originel, le travail étant la punition d’Adam pour avoir mangé le fruit défendu de l’arbre de la connaissance du bien et du mal. La multiplicité des métiers impose des compétences variées et la collaboration des artisans qui travaillaient ensemble à la fabrication d’un objet jusqu’au XIXe siècle ; les hommes s’unissaient alors pour une fin commune. Mais comme le montre Marx, l’évolution technique va rendre nécessaire une tout autre répartition des tâches et changer le statut même du travailleur. L’invention de la machine-outil va obliger le travailleur à répéter les mêmes gestes et à n’être qu’un maillon dans une chaîne (comme Charlot, dans Les temps modernes). Le travail est alors aliéné et l’homme y perd sa dignité, son humanité. Cette division technique du travail conduit finalement à la disparition de l’œuvre en tant que projet réalisé par l’homme : il n’y a plus d’ouvriers mais seulement des travailleurs qu’on oublie, car la seule chose produite importe. Le travailleur n’a plus qu’une valeur marchande, c’est-à-dire relative à la valeur de ce qu’il produit et derrière laquelle il doit se cacher. Il perd alors sa dignité d’homme car son application et ses efforts n’ont plus qu’un prix. Le travailleur devient un prolétaire, c’est-à-dire un échantillon de l’espèce dont le corps n’a qu’une fonction utilitaire. En outre la critique de Marx sur l’aliénation du travail ne dénonce pas seulement une exploitation économique, le travail produisant plus de valeur que le travailleur n’en retire en échange, mais aussi une situation dans laquelle l’homme ne se reconnaît pas dans son travail. Ainsi, le travail déshumanise les hommes, et est montré comme une punition. Cependant, certains philosophes voient au contraire une libération dans le travail.
A partir de la conception chrétienne selon laquelle la terre est maudite mais non l’homme, Hegel va montrer que le travail permet à l’homme de s’humaniser. Par cette activité négatrice exercée sur la réalité qu’est le travail, l’homme transforme cette réalité et se transforme lui-même. Il se libère de la nature en la modifiant par la technique (procédés découlant de connaissances scientifiques et conduisant à des applications pratiques). Pour ce faire, il doit être intelligent, rusé, il doit inventer les outils nécessaires qui vont l’aider à réaliser ce qu’on lui demande. En prenant l’exemple de la Grèce antique, l’esclave doit donc renoncer à la consommation immédiate pour se soumettre à la loi de la réalité. Rien ne se fait immédiatement, il faut savoir attendre et réfréner ses désirs pour les réaliser vraiment. Pour Hegel, l’esclave est plus libre que son maître grâce au travail qu’il accomplit ; le maître est dépendant de l’esclave et ne sait plus rien faire sans lui : il désapprend le monde et la réalité. Le maître se rapproche de l’animalité alors que l’esclave acquiert la maîtrise de son comportement. L’homme connaît une soumission à la nature, mais d’après le philosophe ce statut ne dure pas. L’homme cherchera à faire travailler la nature pour lui. Ainsi, en travaillant, l’homme ne dépend plus de la nature, il se transforme en prenant conscience de lui-même et de sa liberté. Le travail humanise l’homme et a une fonction essentielle d’intégration dans la vie sociale : il suffit de penser au statut d’un chômeur dans la société, qui a tendance à être exclu. L’idée selon laquelle il faut maîtriser la nature est partagée par Descartes dans le Discours de la méthode. Aussi, d’après Kant, le travail est nécessaire pour que l’homme se dépasse vers un but, qui est ici l’édification de la liberté. D’après lui, même Adam et Eve auraient cherché à travailler, parce que le travail donne un sens à la vie (Traité de pédagogie). Ainsi, le travail permet à l’homme d’être libre et de s’épanouir.

Conclusion



Ainsi, montré d’abord comme une punition, le travail est malgré tout quelque chose de nécessaire pour l’homme. Selon les auteurs, comme Rousseau, il peut être aliénant, ou encore montré comme une libération, avec Hegel. Le travail est d’abord la satisfaction des besoins naturels de l’homme, puis un moyen pour l’homme d’améliorer sa condition et de lui permettre d’être épanoui. Cependant, l’arrivée de l’automatisation retire au travail ce moyen pour l’homme de s’humaniser ; l’homme ne devient qu’un outil de production et perd la notion de travail comme accomplissement ; le travail est dévalorisé.
Les causes d’une dévalorisation du travail ne sont pas à chercher dans le travail lui-même mais, comme nous l’avons vu, dans son organisation technique aliénante ; celle-ci justifie, à elle seule, la préférence pour le loisir. En effet, lorsque tout plaisir est éliminé par soucis d’efficacité et de rentabilité, on comprend que le plaisir soit associé aux seuls loisirs. Il faut donc, selon Jouvenel, changer le rapport de l’homme au travail, en l’organisant de telle sorte que l’épanouissement de soi y trouve une place essentielle. Il faut donc mieux travailler pour mieux vivre car le travail doit être une valeur permettant à l’homme de s’accomplir dignement et ne pas seulement être un moyen de survivre. Nous pouvons donc nous demander si nous pouvons opposer le loisir et le travail.