Obéir est-ce renoncer à sa liberté de penser ?

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Note du corrigé :
  • Note actuelle 5.00/5

Proposé par : bebaven (Elève)

 

Description :
Fait par l'élève. Corrigé complet. Note obtenue : 15.

 

La notion de l’obéissance est de nos jours associée à la vision de soumission face à un tiers. En effet, l’idée populaire engendre cette idée de soumission lorsqu’il s’agit d’obéir. Il est vrai néanmoins que la condition de liberté se forme lorsqu'il y a absence de contrainte de façon naïve et que l'obéissance est une sorte de dépendance évidente. Donc si l'on en croit cette notion, lorsque j’appuie sur la détente d’un fusil face à une personne, j’acquière une liberté, mais quelle liberté ? La liberté de tuer, la liberté de faire du mal et de faire souffrir la famille de la personne que j’aurai tuée. Peut-on expliquer où se trouve la liberté lorsque probablement quinze ans durant les quatre murs d'une cellule seront mes seuls compagnons ?
Dans plusieurs cas, nous sommes contraint d’obéir, exemple, ce devoir. Car malgré le fait que quiconque ait voulu ne pas le faire nous en sommes obligés car il est noté, notre liberté sera placée dans ce cas dans notre conscience. En effet, celle-ci nous poussera à le réaliser afin de proposer au professeur, ce qu’il demande. Et si on ne le fait pas ? Ce sera notre choix et nous devons être conscients des conséquences que nous encourons par la suite.
Donc l’idée de liberté peut se développer en plusieurs points. C’est pourquoi, on tentera d’expliciter ce sujet à travers plusieurs problématiques : obéir, c'est-à-dire se soumettre à la volonté d'autrui, est-ce être compatible avec le maintien de notre liberté ? Mais la liberté véritable est-elle vraiment l'absence d'obéissance ? Être libre, n'est-ce pas toujours obéir à la loi que l'on reconnaît comme légitime ?

Il peut y avoir la liberté de l'esprit et la liberté physique c'est-à-dire la liberté face au monde extérieur.
Dans son esprit, l’homme est le seul maitre car c'est son propre territoire, nul ne peut y pénétrer. Il est maître de ses pensées, maître de ses rêves, maître de ses fantasmes. D’une manière relative, on dit que l'esprit possède la connaissance universelle depuis sa création mais là on reste dans le domaine de l'inconscient. L’esprit est immortel donc d'une certaine manière, chaque personne décide avec son pouvoir de réflexion si oui ou non, elle doit obéir. En fonction de ce que l’on lui a appris, de ce que l’on croit. Bien entendu on décide dans son propre territoire qui dans le cas présent serait l’esprit.
Maintenant dans le monde physique, c'est autre chose car on n'est plus chez soi on subit les influences de la nature, des autres personnes qui ne pensent pas de la même façon que nous, qui eux aussi ne sont pas chez eux. La maison mère c'est la terre. On peut dire alors que nous sommes dans une sorte d'école où l'on subit un apprentissage vers l'évolution (car on a dit que l'esprit possédait la connaissance universelle. Mais la connaissance du passé et du futur représente sans cesse une évolution donc l'esprit continue toujours de progresser). Donc qui dit établissement extérieur dit certaines règles à respecter. Tout comme si on invite chez soi une personne, elle doit obéir au règlement de chez soi. Dans le cas contraire elle risque d’être mise à la porte pour « mauvaise éducation ». Donc, est-ce que l’éducation de nos parents agit sur notre liberté ? J’aurai tendance à répondre oui, car si l’on y réfléchit bien, l’homme est ce qu’il est, grâce aux apprentissages donnés par ses parents, par les coutumes qu’on lui a enseignés, par les dieux ou le Dieu à qui on a apprit à prier, et tout cela dès le plus jeune âge. Donc l’idée de liberté est quelque peut contredite, car nous sommes « formatés »pour penser de cette façon face à une chose devant nous (ceci s’applique à tous ce que nous entreprenons de faire). Mais bien que l’idée de formatage est retenue, on peut dire que l’homme de part son évolution est maître de sa propre liberté. Ceci dit « la liberté de chacun, s’achève là, ou commence celle de l’autre » donc après tout être libre, c’est faire ce que l’on veut mais respecter des règles qui dénotent une « bonne éducation » afin de permettre aux autres personnes d’user de leur liberté. Mais est-ce vraiment cela la liberté ? Est-ce le fait de devoir toujours faire ce que l’autre attend de nous, sans se préoccuper de ce que nous voulons réellement ? Est-ce simplement agir pour qu’un tiers puisse bénéficier de toute sa liberté pendant que nous, nous plions face au monde extérieur pour passer inaperçu ?
Dans le monde extérieur on va agir selon notre éducation, nos croyances etc. Il ne faut pas oublier que sur cette terre pour avoir certaines choses il faut faire des sacrifices comme par exemple pour avoir une maison il faut se sacrifier la journée sur son lieu de travail pour profiter de sa maison le soir. Donc peut être pour avoir une certaine liberté il faut une certaine obéissance. Sans règles communes, que serait le monde ? Un monde anarchique car chaque être agissant selon sa propre liberté peut mettre en péril la liberté d’un autre. Exemple, les meurtres, les viols. Les personnes responsables de ces actes ont été libres de les commettre ou de ne pas les commettre. En sachant qu’ils feraient du tort aux autres mais ils ont choisi de répandre leurs pulsions et donc de blesser. Sans règles précises, les auteurs de ces actes ne seraient pas punis, ils ne seraient pas jugés, ils n’iraient pas en prison. Donc il nous faut dans notre liberté un point de ralliement entre tous qui nous permette d’user de notre droit sans en faire subir les conséquences aux autres.

Dans le dictionnaire on peut trouver la définition suivante concernant le pouvoir : le pouvoir est la faculté et la possibilité dont un ou plusieurs individus ou groupes d’individus disposent pour appliquer, faire accepter, faire exécuter ou imposer - fût-ce par la force -des décisions. Donc est-ce que l’homme possède un pouvoir d’obéir ou non ? La réponse est basique et repose sur notre propre conscience. Notre conscience est avant tout, notre lien vers la raison. C'est-à-dire, que c’est le point de ralliement entre raison et déraison. Notre raison nous pousse à ne pas être « fous » dans ce que nous entreprenons, notre raison nous permet de vivre sans causer de « grands » torts aux personnes autour de nous. Sans conscience que serions-nous ? Des êtres vidés de barrières intérieures, livrés à nous même pour tous nos actes. Donc nous serions des personnes LIBRES. Mais notre notion de liberté serait bafouée, car l’homme perçoit les « limites » de sa liberté par rapport aux limites que nous impose notre conscience sur certaines choses. Par exemple, lorsque deux personnes veulent partager un moment d’intimité particulière, pourquoi ne pas le réaliser dans un lieu public où plusieurs personnes les voient ? Car d’une part, ce ne serait plus de l’intimité, ce sera mal vus par la société ( il risque de payer des amendes pour, je cite « atteinte à la vie publique »), ils seront soumis à l’influence de leur conscience. Pourquoi dit on à un enfant lorsqu’il dit des mensonges, ta conscience te jouera des tours et te feras avouer ? Car l’on se réfère à un conte, Pinocchio, ce pantin animé se nourris au début de mensonges mais il voit alors son nez s’allonger. Les enfants perçoivent-ils cela comme pouvant leur arriver ? Sa conscience est représenté par le criquet, donc même dans les contes pour enfant, l’homme possède une conscience. Sa liberté d’être un véritable enfant nous renvoi la marraine, etc. La liberté est chérie des poètes, qui écrivent son nom sur des pages tremblantes, des sculpteurs, qui l’érigent illuminant le monde, des peintres, qui la dessinent guidant le peuple. Chez les philosophes aussi, elle a de nombreux prétendants qui cherchent à libérer l’homme de ses chaînes, notamment de celles de l’ignorance. Mais comment concilier l’idée de liberté et la nécessité d’obéir ? Car toute notre vie, nous devons faire face à des contraintes, à des ordres, nous plier à des lois et des conventions.

Dans Pinocchio de Collodi, le pantin animé Pinocchio se veut libre en n’obéissant qu’à lui-même. Mais n’obéir à personne, est-ce vraiment possible ? Pinocchio a sans doute l’impression d’être libre quand il désobéit à Geppetto, mais il est en fait le pantin de ses mauvaises fréquentations. Pantin dont on tire les ficelles, Pinocchio le reste tant qu’il reste rebelle. Il devient réellement libre lorsqu’il se soumet librement aux règles de la société. Le livre de la Genèse nous offre un exemple analogue, avec le récit de la Chute d’Adam. Adam et Eve désobéissent à Dieu, et mangent du fruit défendu. Ils ont violé la loi divine, et ils seront chassés du paradis terrestre. Leur désir d’être plus grands, plus libres les a perdus. Car en goûtant du fruit défendu, ils n’agissaient pas librement, mais se laissaient entraîner et enchaîner par le serpent.
De même, ceux qui ne veulent plus obéir à aucune loi se leurrent et s’enchaînent. La liberté n’existe que dans l’obéissance. Ceux qui veulent ne pas obéir se perdent dans l’incohérence et le sang comme Caligula, ou tombent, brisés dans leur orgueil face aux ouragans de ce monde, tel ce Chêne de La Fontaine qui se voulait au-dessus de l’obéissance aux vents. Hélicon a raison, qui, quand Caligula lui confie son "besoin d’impossible" répond laconiquement : "C’est un raisonnement qui se tient. Mais, en général, on ne peut pas le tenir jusqu’au bout." La liberté, c’est le choix. Etre libre, c’est choisir librement à qui ou quoi obéir, car obéir il faut. Ne renonce pas à la liberté celui qui obéit ainsi. La question se pose donc : qu’est-ce que l’ "obéissance libre" ?
Obéir, c’est par définition obéir à un autre, à quelque chose qui m’est extérieur, à ce que nous appellerons une autorité. Obéir, c’est également obéir à un ordre, une injonction. Enfin, obéir, c’est obéir dans le temps. Ordre, autorité et temps, l’examen de ces trois éléments nous révélera quand l’obéissance est libre et quand elle ne l’est pas. Car il est clair que toutes les formes d’obéissance ne sont pas libres, mais que certaines sont contraintes ou corrompues. Faust, le fameux héros de Goethe, signe un pacte avec Méphistophélès, l’incarnation du Diable. Il est sans doute un exemple parfait d’obéissance non-libre. Sous l’impulsion de son maître, Faust amène Marguerite qu’il aime à l’infanticide, à la prison et à la mort. Manifestement, son obéissance à Méphistophélès n’est pas sous le contrôle de sa volonté propre. Bien qu’il traite Méphistophélès comme le caniche noir sous la forme duquel il lui est apparu, c’est en fait Méphistophélès qui tient le docteur Faust en laisse. Comment en aurait-il pu être autrement ? Entre Faust et Méphistophélès, il y a une relation d’élève à son maître. L’autorité de Méphistophélès est intellectuelle : "Je ne suis pas omniscient, mais j’en sais long" dit-il. Mais le maître est infiniment plus fort que son élève. Faust, dans sa vanité, crut pouvoir tenir tête au Diable et d’être son égal. Mais l’esprit de Faust ne pourra jamais atteindre les sommets de puissance qu’hante Méphistophélès, malgré toutes les leçons et toute la science que son maître voudrait bien lui donner ("Mon ami, entends bien cet enseignement ?") Ainsi, son obéissance sera sans fin, sera une servitude éternelle. Au contraire, l’obéissance de Marguerite à son Henri n’est pas éternelle. L’autorité de Faust sur elle est morale, et n’est pas démesurée. Faust est "un excellent homme", non pas un "monsieur mon révérend Maître". Au dernier Acte, Marguerite le repousse, horrifiée, car elle s’est liée à lui librement. Maintenant qu’elle voit la dépravation de Faust, elle peut se délier. Faust lui ne peut s’opposer à l’appel de Méphistophélès : depuis le début, il est son esclave, il n’a pas la puissance ou la volonté pour se libérer de sa servitude, qu’il soit conscient d’elle ou non.
L’obéissance libre peut être abandonnée, rejetée. La servitude est éternelle et n’a pas de fin prévisible. Ainsi, Adam dans le jardin d’Eden était libre quand il obéissait à Dieu : il a pu désobéir. Le Diable de même était libre, puisqu’ange il s’est révolté. L’ordinateur HAL dans 2001 : l’Odyssée de l’Espace est lui un esclave de son programmateur. Quoiqu’il fasse, il ne peut se libérer de son obéissance à son esprit métallique, et est ainsi neutralisé. De même, les français qui combattirent dans la Waffen-SS avec la division Charlemagne n’obéissaient plus librement. Ils s’étaient engagés volontairement, mais ne peuvent revenir en arrière, ne peuvent déserter. Ils se sont soumis à une obéissance dont ils ne pouvaient percevoir la fin dans le temps : aussi longtemps qu’un régime qu’ils croyaient immortel.
Nous voyons ainsi comment celui qui se soumet à une obéissance pouvant durer infiniment longtemps a renoncé à la liberté. Cela ne veut cependant pas dire que ceux qui obéissent à une même autorité toute leur vie ne sont pas libres. Ils peuvent en effet renouveler à chaque instant leur obéissance temporaire, en ayant toujours la possibilité de rébellion. Une ombre apparaît cependant sur cette distinction que nous avons réalisé. N’y a-t’il pas des gens qui obéissent, ne perçoivent pas de terme à leur obéissance, et n’ont cependant pas renoncé à la liberté ? On peut se souvenir de la dictature de Trujillo, évoquée récemment par l’écrivain péruvien Mario Vargas Llosa dans La Fête de La Chèvre. Pendant plus de trente ans, Rafael Trujillo fit régner la terreur sur ce qui est aujourd’hui la République Dominicaine. La capitale Santo-Domingo était alors appelée Ciudad Trujillo, et les exactions du clan proche du pouvoir augmentaient presque proportionnellement avec leur glorification par le régime. Il serait absurde de dire que les dominicains qui travaillaient dans la peur pour le gouvernement étaient libres. Cependant, peut-on dire qu’ils en aient pour autant renoncé à la liberté ? Il est évident que non, car Trujillo fut assassiné en 1961. Cette fin inattendue confirme que certains, sans nécessairement en avoir les moyens réalistes, rêvaient de reprendre leur liberté et n’en avaient pas abandonné l’espoir.
De même, tout en étant réduits à un esclavage abject, il y a des gens tels Spartacus ou Soljenitsyne qui ne renoncent pas à la liberté. L’un a fait trembler Rome, l’autre Moscou. Ni Rome, ni Moscou ne sont tombées sous leurs coups, mais ils ont fait reconnaître au monde leur désir ardent de liberté tempéré ni par les fers ni par la torture ou la peur. Ceci vient du fait que l’autorité à laquelle ils sont livrés sans porte de sortie apparente émane d’une supériorité physique et non intellectuelle ou morale. Spartacus combat dans le Circus Maximus par ce que les soldats Romains l’y contraignent. Soljenitsyne accomplit les tâches épuisantes du goulag, parce que les gardes ont des fusils et lui pas. Ainsi, l’obéissance même interminable à une autorité supérieure physiquement, n’est pas nécessairement une renonciation à la liberté. Qu’en est-il de l’autorité émanant de la supériorité intellectuelle ou morale ?
Il faut d’abord reconnaître que cette autorité est subjective et non objective, à l’inverse de la supériorité physique. Il est certain que Soljenitsyne a une puissance physique moins grande que celle de son garde. Cependant, il est beaucoup plus difficile de dire s’il est également inférieur moralement ou intellectuellement. Tous les tests d’intelligence manifestent une grande subjectivité : plus d’importance donnée à telle ou telle faculté, et moins à telle ou telle autre. Quant à l’autorité morale, elle se rapporte à un système, et il existe bien plus d’un système : "tout homme a son langage du bien et du mal qui lui est propre", écrira Nietzsche. Si un homme reconnaît dans un autre ou dans un groupe d’autres une supériorité morale ou intellectuelle et leur obéit, peut-on dire qu’il a renoncé à sa liberté ? Si cette supériorité est due a un manque d’expérience et n’est donc pas interminable, si la différence séparant le maître du disciple n’est pas infranchissable, alors l’obéissance du disciple n’est pas renonciation à la liberté mais éducation. C’est ainsi que les enfants obéissent à leurs parents et leurs professeurs, percevant que ceux-ci ont acquis une expérience et des connaissances au cours de leur existence que les enfants ne possèdent pas en ce moment mais peuvent acquérir. Ce cas est relativement simple, mais qu’en est-il du cas où la supériorité du maître est hors d’atteinte de l’élève ? Le rapport des forces du couple maître-élève est déséquilibré, et le couple peut se métamorphoser comme dans le cas de Faust pour devenir maître-esclave. Tout dépend donc de la personnalité du maître et de l’élève. Un bon maître saura orienter son élève vers une autre sphère, ou l’empêcher de renoncer à sa liberté. Dans Narcisse et Goldmund d’Hermann Hesse, le novice Narcisse possède une forte emprise sur l’écolier Goldmund qui a pressenti en lui un maître naturellement supérieur. Narcisse est, c’est vrai, intellectuellement au-delà de Goldmund. Autant que Goldmund s’acharne à étudier et le Grec et les Mathématiques, il ne pourra jamais égaler Narcisse dans ces domaines. Mais Narcisse est un bon maître, et il ne cherche pas à imposer sa Weltanschauung ou sa volonté. Il voit ainsi que son élève appartient au monde des sens et de l’intuition autant que lui Narcisse appartient à celui de l’esprit et la logique. Sentant que le cloître n’est pas la vocation de Goldmund, il encourage ainsi son élève à partir et à trouver sa voix. Bien plus tard, les deux hommes se retrouvent, et il n’y a plus, maintenant, de maître et d’élève, mais seulement d’amis, conscients tous les deux de la grandeur de l’autre.
Dans la même situation que Narcisse, Méphistophélès, mauvais maître par excellence, aurait cherché à accentuer encore son empire sur le jeune Goldmund pour en faire sa créature. Ainsi, s’il est dangereux de se soumettre et d’obéir à une autorité subjectivement supérieure intellectuellement ou moralement, le péril de se retrouver esclave est atténué par l’excellence du maître bien-choisi, qui ne songe pas à retirer sa liberté au disciple prêt à y renoncer. Pour les Anciens, le meilleur des élèves était celui qui contestait les thèses du maître. Contester les thèses de celui qui semble supérieur moralement ou intellectuellement peut être le signe de deux choses : ou bien cette supériorité subjective est illusoire, et l’élève deviendra l’égal ou le supérieur du maître, ou bien l’élève a un caractère libre et contestataire. Dans le premier cas, notre "problème" est facile : l’élève, brillant autant que son professeur, lui obéira pendant un temps plus ou moins long, puis s’en détachera, comme Alexandre le Grand se détacha de l’enseignement d’Aristote qui s’était détaché lui-même du Platonisme, ou comme le génial Johannes Kepler se détacha du géocentrisme de Tycho Brahé. Dans le second cas, l’élève sera pour nous un "bon élève", c’est à dire que sans pouvoir nécessairement rivaliser moralement ou intellectuellement avec son maître, il ne renonce pas à sa liberté en lui obéissant. Cet élève, à force d’ironie, de détachement ou d’indépendance d’esprit obéit au maître, qui peut être mauvais, ne perçoit pas la fin de son obéissance, mais reste libre, garde un esprit critique.
Quand il obéit, il le fait "pour le plaisir", comme le guerrier Danakil Cush dans les Ethiopiques d’Hugo Pratt. Cush reconnaît le bon sens des ordres qui lui sont donnés, mais ostensiblement ne fait que ce qu’il a envie de faire. Dans Le Jardins des Sentiers qui Bifurquent, Borges nous propose le personnage du Dr. Yu-Tsu, espion allemand qui tue le sinologue Albert qu’il admire. Yu-Tsun déclare qu’il n’a commis ce crime "pas pour l’Allemagne, non !" bien que ce soient aux ordres de l’Allemagne qu’il ait perpétré son forfait. Le "bon élève" est ainsi celui qui conteste l’ordre, ou qui est capable de le contester, même s’il émane d’un être supérieur au plan moral ou intellectuel. Par opposition, le "mauvais élève" est celui qui, une fois qu’il a reconnu en une personne ou un groupe de personne une supériorité, s’incline devant tous leurs ordres sans discuter. On peut penser notamment à ces fonctionnaires de la France de Vichy qui ont continué à travailler et ont collaboré pendant la guerre parce que les autorités civiles les plus visibles et le maréchal Pétain, héros de Verdun, lui demandaient de le faire, ou à ces soldats qui s’attachent à des chefs charismatiques comme Hakim de Merv ou Napoléon Bonaparte et les suivent jusqu’à la mort. Obéir aveuglement, c’est renoncer à la liberté. Rester lucide, c’est s’y agripper. Donc en clair, que faut-il faire pour être réellement libre ? Obéir ? Mais obéir n’est-ce pas se soumettre à une autorité supérieure ?

Pour Rousseau, renoncer à sa liberté c’est « c'est renoncer à sa qualité d'homme, aux droits de l'humanité, même à ses devoirs. », donc nous devons lutter pour notre liberté, mais à quel prix ? Au prix de nos vies ? Au prix de notre condition d’homme libre ? Dans notre société, la liberté se base sur des règles, sur des devoirs, des droits. L’homme est contraint d’y obéir afin d’être « libre » car toutes ces lois sont censées lui permettent d’assurer sa notion de liberté. Obéir aux lois n'est pas perdre sa liberté, mais respecter celle de ses congénères. Kant, nous révèle une notion déjà étudiée précédemment "La parfaite liberté a lieu lorsque la raison se considère elle-même comme l'auteur de ses principes». Il faut donc avoir conscience des problèmes que pose la liberté et avoir conscience de sa propre liberté, c'est la liberté individuelle qui fonde et nourrit toute lutte pour la liberté autre que la notre. Obéir est une nécessité. Renoncer à la liberté, n’en est, cependant, pas une, comme nous l’avons vu. La contradiction qui peut sembler à première vue exister entre "obéir" et "être libre" n’en est pas une- le véritable paradoxe, c’est plutôt qu’on puisse renoncer à la liberté. Est-ce bien possible de se séparer de ce qui pour beaucoup nous définit entièrement ?