La recherche du bonheur s'oppose-t-elle à la liberté ?

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Note du corrigé :
  • Note actuelle 3.00/5

Proposé par : aurelienj (Elève)

 

Description :
Dissertation entièrement rédigée en trois parties :
I. La liberté est une condition nécessaire pour accumuler les plaisirs synonymes de bonheur,
II. Mais la liberté en tant qu'agit pour le bien de tous nous empêche d’atteindre notre bonheur,
III. Simplement si le bonheur dépend de notre intérieur uniquement, alors celui ne s'oppose pas à la liberté

 

Introduction



La recherche du bonheur est une question centrale dans la vie d’un être humain. Il n’existe, sans nul doute, aucun être humain qui, après réflexion, désirerait plutôt vivre une vie malheureuse qu’une vie heureuse. De ce fait, il est utile de savoir si un être humain peut être heureux sans liberté. La recherche du bonheur s’oppose-t-elle à la liberté ? Ce qui revient à se demander si l’on peut être libre et heureux en même temps.
Si l’on suppose que la liberté c’est avant tout une liberté naturelle, c’est-à-dire faire ce que l’on souhaite, quand on le souhaite, posséder ce que l’on souhaite. Agir selon ses envies, quelles qu’elles soient. Ainsi qu’avoir le droit de posséder tous les biens matériels nécessaires à l’exercice de sa liberté naturelle. Et que dans le même temps, le bonheur revient à accumuler les plaisirs de façon durable dans le temps à travers les biens de fortune (j’ai plaisir à posséder une télé, à être respecté, à manger des pizzas…). Il parait nécessaire de dire que la liberté naturelle ne s’oppose pas au bonheur, au contraire, elle est nécessaire pour avoir la possibilité d’accumuler les biens de fortune, indispensable à notre bonheur. Mais ne faut-il pas penser que la définition de la liberté est trop superficielle ? Et qu’au contraire la liberté ne revient pas à agir et posséder selon ses envies, mais plutôt selon un sens du devoir, du moral pour le bien de tous. C’est vouloir le contraire de l’intérêt et du plaisir personnels, vouloir l’intérêt de tous. L’homme est alors libre, car il a l’idée de moralité et de devoir en lui et aussi parce qu’il devient indépendant de l’État de nature. Or le bonheur, dans sa première définition, s’acquiert de façon individuelle, c’est une notion subjective, je peux être heureux alors que mon voisin non. D’où une opposition, car comment rendre les gens heureux en suivant l’intérêt de tous sachant que le bonheur dépend de chacun ? À moins que le bonheur ce soit s’accomplir soi-même, s’épanouir soi-même. Placer en nous même le bien-être. De ce fait, elle ne s’oppose pas à la liberté, car nous n’avons pas besoin de choses extérieures pour satisfaire notre bien-être, mais seulement de nous seuls.

Dans un premier temps nous montrerons que la liberté est une condition nécessaire pour accumuler les plaisirs synonymes de bonheur. Ensuite nous établirons que si la liberté ce n’est pas agir comme on le souhaite, mais plutôt agir pour l’intérêt de tous, alors cette liberté nous empêche d’atteindre notre bonheur. Toutefois, en reconsidérant le bonheur comme quelque chose qui dépend de notre intérieur et non plus de l’extérieur, alors on pourra dire que le bonheur ne s’oppose pas à la liberté.

I. La liberté est une condition nécessaire pour accumuler les plaisirs synonymes de bonheur



La liberté, si celle-ci est naturelle, permettant d’agir selon nos envies est une condition nécessaire à l’accumulation de plaisirs c’est-à-dire au bonheur.

Tout d’abord, parlons de la liberté. On peut la définir comme le fait d’agir selon actions, nos envies, sans aucune contrainte du monde extérieur. De ce fait, la liberté naturelle sous-entend la possibilité de détenir ce que l’on souhaite, notamment tout ce qui permettra à un individu d’être heureux que l’on peut appeler propriété naturelle. Justement, le bonheur, c’est-à-dire le fait d’être heureux, se définit comme un état durable, atteint en accumulant différents plaisirs, ceux-ci atteignent grâce à ce que l’on nomme les biens de fortunes, c’est-à-dire les biens extérieurs nécessaires à nos plaisirs et donc à notre bonheur.

Par conséquent, tout homme présent dans l’État de nature sera libre de ses mouvements et de ses actions. S’il souhaite agir de telle manière, il pourra agir de telle manière. Il n’existe aucune pression extérieure sur la vie de l’individu, on peut donc le considérer comme libre. Cette liberté implique une seconde conséquence, c’est la possibilité de détenir ce que l’on souhaite du moment que c’est utile et nécessaire à notre liberté individuelle. Or le bonheur comme vu précédemment se caractérise par l’accumulation de différents plaisirs, ceux-ci provenant de biens de fortune, c’est-à-dire toutes les choses extérieures bienfaisantes qui nous provoquent du plaisir. Cela peut être un repas délicieux, des vivres, de la richesse, la reconnaissance d’autrui. Par conséquent, si un homme est libre de posséder ce qu’il souhaite, d’agir de la manière qu’il désire alors la liberté est une condition indispensable à la recherche du bonheur, car l’individu aura la possibilité de posséder tous les biens de fortunes nécessaires à ses plaisirs et donc à son bonheur. Dans sa quête au bonheur, il aura la possibilité de détenir tout ce qu’il lui permettra de le rendre heureux grâce à la liberté naturelle. De ce fait, la recherche du bonheur ne s’oppose pas à la liberté, au contraire, cette dernière est une condition nécessaire pour trouver son bonheur.

Prenons un individu x, si pour celui-ci le plaisir c’est s’installer à y endroit, alors dans une liberté au sens strict, rien ne pourra l’empêcher d’agir de la sorte. De même si ce même individu désire posséder une arme, alors rien ne l’en empêche, car il sera libre d’agir de la manière dont il le souhaite. Mais quand est-il alors des biens en quantité limitée ? On pourrait se dire qu’il est impossible pour un individu de détenir une fusée spatiale même s’il est logiquement libre de détenir et posséder ce qu’il désire. Mais si nous sommes réellement libres de posséder tout le possible, alors dans ces conditions-là, il existera bien des biens de fortunes substituables permettant de nous offrir la même quantité de plaisir. De ce fait, malgré tout, la liberté en ce sens permet tout de même de rechercher le bonheur.

Pour démontrer cela, nous pouvons nous relier à deux philosophes. À la fois concernant l’État de nature dont découle la liberté naturelle exposée par Hobbes dans le Léviathan (Bien qu’il ne considère par cet état de nature comme viable dans le temps pour les hommes). Mais aussi à Platon dans Protagoras où Socrate explique en quoi le bonheur correspond à l’accumulation de plaisirs. En confrontant ces deux pensées philosophiques indépendantes, nous pourrons démontrer que la liberté est une condition indispensable à la recherche du bonheur. Tout d’abord, parlons définit (mais contesté) par Hobbes. Pour lui, dans l’État de nature, chaque individu aime et suit sa liberté. Cette dernière c’est tout simplement vivre comme je l’entends, faire ce qu’on a envie, peu importe que cette envie soit déraisonnable ou raisonnable, nuisible à autrui ou non. En effet, être libre c’est être le seul à choisir le moyen qu’on juge bon pour vivre : pour certain c’est une passion destructrice, pour d’autres c’est un désir raisonnable. Voilà ce à quoi correspond la liberté à l’État de nature pour Hobbes. Si l’on confronte cette notion de la liberté avec la fin du dialogue avec Socrate dans Protagoras de Platon, nous pouvons voir que Socrate dit cette « Tout ce qui est bon est nécessairement plaisant et réciproquement ». Par conséquent, le plus grand bien est ce qui est le plus plaisant, le plus grand plaisir. Or notre plus grand bien c’est le bonheur donc le plus grand bien est identique à la quantité maximale de plaisir. De ce fait, pour atteindre le bonheur il faut détenir la quantité maximale de plaisir, que l’on peut atteindre en suivant le principe de la liberté dans l’État de nature énoncée par Hobbes. De ce fait, en conciliant les écrits de ces deux philosophes, on peut confirmer que la liberté permet de rechercher son bonheur. Mais ce serait mentir que de s’arrêter là, car Hobbes décrit la liberté dans l’État de nature comme nuisible à la survie de l’espèce. Car dans cet état de nature, chacun peut nuire à l’autre du fait de ses désirs. Si un homme désire tuer tout le monde, rien ne l’empêchera, c’est-à-dire que suivre ses désirs et s’approprier les propriétés naturelles peut très vite devenir nuisibles pour tous les hommes et donc contraindre la recherche du bonheur. Si on associe à cela une lutte de pouvoir qui contraindra les hommes à s’autodétruire, alors nous tomberons dans une situation de guerre, où la survie de chacun sera menacée. Ce sont donc les conséquences néfastes abordées par Hobbes qui peuvent nous contraindre à revoir notre jugement.

On a donc vu que la liberté telle qu’elle est décrite dans l’État de nature, associée à la définition de bonheur comme accumulation des plaisirs, que la liberté n’était pas un frein à la recherche du bonheur, elle était même indispensable. Cependant les conséquences de la liberté à l’État de nature omettent des doutes sur la véracité de cette thèse.

II. Mais la liberté en tant qu'agit pour le bien de tous nous empêche d’atteindre notre bonheur



Cependant on peut donc remettre en cause cette notion de liberté, en disant qu’elle doit plutôt agir selon la morale et le devoir pour le bien de tous. De ce fait, la liberté s’oppose à la recherche du bonheur, car le plaisir de la population passera avant le nôtre.

Comme on a pu le constater précédemment, la liberté au sens de liberté naturelle ou de liberté à l’État de nature est beaucoup trop superficielle, elle entrainera des conséquences pouvant être dévastatrices sur la vie des hommes et donc empêcher leur bonheur. De ce fait, être libre ce n’est plus agir selon ses envies égoïstes, mais c’est agir selon un sens du devoir, de la morale, pour le bien de tous. C’est vouloir le contraire de l’intérêt du plaisir personnel c’est-à-dire le plaisir de tous. L’homme est alors libre, car il a l’idée de moralité et de devoir en lui et aussi parce qu’il devient indépendant de l’État de nature et des lois naturelles.

Dorénavant, partons de cette définition de liberté. C’est-à-dire non plus suivre ses intérêts personnels, mais suivre les intérêts collectifs, c’est cela qui nous rend réellement heureux. Elle devient contradictoire avec le bonheur défini comme accumulation des plaisirs. Cela pour une raison très simple, notre recherche de bonheur est une quête personnelle, ce qui compose notre bonheur c’est-à-dire nos plaisirs sont subjectifs, je n’aurais pas les mêmes plaisirs que mon voisin, ma compagne ou que mon grand-père. Or, si être libre c’est accommoder sa liberté à celle d’autrui, je ne serais plus libre de désirer ce que je souhaite, car tous mes désirs devront être en adéquation avec les autres individus. Le fait de penser au bien public avant que de penser à ses biens de fortune fait que ce sens de la liberté contraint un individu dans sa recherche du bonheur. De plus, dans un régime politique quel qu’il soit, on impose aux individus des lois, des règles visant à améliorer le bonheur. Mais ces lois ne sont jamais destinées à l’ensemble du peuple, mais généralement à la majorité. Or, cela contraint une partie des individus qui ne sont plus libres de rechercher le bonheur qu’ils désirent, car des lois les en empêcheront au nom de l’intérêt collectif. De cet autre fait, la liberté morale s’oppose à la recherche du bonheur.

Imaginons que je désire une forêt pour chasser les cerfs, que cela fait partie de mes plaisirs et donc de ma recherche du bonheur, et que le bucheron a également besoin de cette forêt, mais que je décide d’exercer ma liberté individuelle et donc de conserver cette forêt pour ma seule personne alors je suivrais une envie égoïste et non l’intérêt de tous, car je ne mettrais pas la forêt à disposition d’autrui. Or si tel est le cas, si je suis obligé de la partager, car la véritable liberté c’est suivre l’intérêt collectif alors je ne pourrais atteindre la satisfaction totale, le plaisir total de disposer une forêt pour mon unique bonheur et donc je compromets ma recherche du bonheur. On peut également imaginer un homme politique qui va taxer énormément les plus riches, pour redistribuer l’argent aux plus pauvres. L’objectif est donc de s’accorder sur l’intérêt collectif, mais cette liberté privera une partie de la population, ici les plus riches, de satisfaire peut-être des plaisirs liés à leurs richesses. Dans ce cas, cette liberté s’oppose aussi à la recherche du bonheur.

Kant, dans la Critique de la raison pratique, écrit que ce n’est pas l’intérêt et le plaisir personnels qui font d’un homme qu’il est libre, mais au contraire le devoir, la moralité. Plus précisément, ce que nous voulons n’est plus dans l’intérêt égoïste qui n’appartient qu’à nous, mais au contraire dans le fait de faire en sorte que notre intérêt corresponde à l’intérêt de tous. Selon Kant, lorsque la volonté se porte vers sa direction, elle n’obéit pas à une loi qui est extérieure à elle, mais à une loi qu’elle possède en elle-même qui est sa propre loi, cette loi c’est la loi morale, le devoir. Kant résume sa pensée sous la formule générale « Fais en sorte que la maxime de ton action devienne une loi universelle », il faut donc faire en sorte que cette intention ne soit pas guidée par son intérêt particulier, mais qu’elle corresponde à l’intérêt universel. De cette manière, Kant met en garde contre une conséquence directe de cela, celle de l‘intervention directe de l’État dans le bonheur des citoyens. Pour Kant, le bonheur est une affaire privée, et à partir du moment où l’État intervient dans le bonheur de ses citoyens alors il devient un état despote et attendre de l’État qu’il nous guide vers le bonheur c’est souhaiter un état totalitaire, puisqu’il nous imposera tout ce qu’il souhaite, d’où une privation de la liberté.

De ce fait, on a vu là que la liberté dans le sens « suivre l’intérêt collectif » peut s’opposer à la recherche du bonheur, car ce dernier étant une notion individuelle, il sera délicat de permettre à tous d’être heureux alors que ce sentiment est indépendant à chacun.

III. Simplement si le bonheur dépend de notre intérieur uniquement, alors celui ne s'oppose pas à la liberté



Au contraire, la recherche du bonheur a besoin de la liberté morale pour déterminer ce dont on a réellement besoin pour s’épanouir.

L’idée que le bonheur est produit uniquement par des choses extérieures et qu’il est reçu de manière purement passive est une idée très contestable. En effet, si je déclare être heureux, je veux dire que je le suis au sens strict. De ce fait, le bonheur c’est plutôt s’accomplir soi-même, placer en nous même le bien-être. On peut dire que le bonheur ne doit dépendre que de nous-mêmes, et non pas de choses extérieures (les biens de fortunes).

Dans la précédente définition du bonheur, pour être heureux, il fallait accumuler les plaisirs, c’est-à-dire les biens de fortunes, les choses extérieures à nous même. Or, apparemment il n’y a aucun rapport entre le bien-être provenant de nous-mêmes et le caractère bienfaisant d’un bien de fortune. C’est-à-dire qu’il n’y a aucun rapport entre un bien que nous recevons et un bien que nous sommes. Dans la théorie précédente, on devait donc accumuler les biens de fortune pour être heureux, or, ceci viennent de l’extérieure, nous devenions donc comme dépendant face à eux. Est-ce cela être libre ? Est-ce être dépendant devant ce qui nous rend heureux, être esclave de nos plaisirs ? N’est-ce pas plutôt pouvoir contrôler ce sur quoi nous avons une action ? C’est cela être heureux et libre à la fois, c’est ne plus devenir esclave de ce qui ne dépend pas de nous, pour se concentrer sur ce qui dépend de nous et ce dont nous pouvons exercer une action dessus. À partir de ce moment, toutes nos actions seront jugées selon le libre arbitre de la liberté morale, et vu que celles-ci dépendent de nous, toutes nos actions permettront de nous rendre heureux.

Epictète dans son Manuel démontre qu’il y a des choses qui dépendent de nous et d’autres non. Ce qui dépend de nous, c’est toutes les choses sur lesquelles nous pouvons exercer une action comme la croyance, la tendance, le désir, le refus. En revanche, tout ce qui ne vient pas de notre action, ne dépend pas de nous comme la richesse, l’opinion des autres, les honneurs… Toutes les choses sur lesquelles nous exerçons une action sont l’œuvre de notre libre arbitre, de ce fait nous sommes libres d’exercer ces actions. En revanche, on devient esclave, soumis à une volonté extérieure pour tout ce qui n’est pas sous notre contrôle. De ce fait, Epictète déclare qu’il ne faut pas dépendre de choses extérieures, d’un autre, car nous ne possédons aucun contrôle sur ceux-là. Il faut simplement dépendre de soi, alors à ce moment-là, on sera libre d’exercer nos actions comme on le souhaite sans être esclave de l’extérieure. On peut résumer tout cela en une citation d’Epictète dans Entretien
« Il n'y a qu'une route vers le bonheur, que cela soit présent à ton esprit dès l'aurore, jour et nuit : c'est de renoncer aux choses qui ne dépendent pas de notre volonté. » Épictète, Entretien IV.

Il faut donc rechercher son bonheur sur ce qui dépend de nous, alors nous pourrons être libres et heureux à la fois.

Pour être heureux, il faut donc suivre le libre arbitre de la volonté, c’est cela qui nous rend libres, ainsi qu’éprouver des choses qui ne dépendent que de notre volonté. Cela nous permet dans le même temps de rechercher le bonheur et d’être libres.

Conclusion



On a donc vu que la recherche du bonheur pouvait à la fois être l’accumulation de plaisirs, mais aussi quelque chose de plus intérieur. Quant à la liberté, on a pu la distinguer dans l’État de nature, c’était la liberté naturelle, mais aussi la liberté dite morale qui dépend de notre volonté et notre libre arbitre. Ces deux concepts réunis permettent d’engager des perspectives très différentes sur la réponse à la question. À la fois, elle ne s’oppose pas entre la liberté naturelle et l’accumulation de plaisirs sources de bonheur. Cependant elle nuit à autrui, d’où analyser la question avec une liberté plus morale. Dans ce cas elle s’oppose, car nous devons faire passer le bonheur de tous avant le nôtre. Cependant si nous considérons que le bonheur revient plutôt à quelque chose d’intérieur, alors la recherche du bonheur peut ne pas s’opposer à la liberté à condition que nous dépendions de choses que lesquelles nous exerçons réellement une action, c’est-à-dire les choses qui dépendent de nous.