La liberté n'est-elle qu'une illusion ?

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Note du corrigé :
  • Note actuelle 5.00/5

Proposé par : raucqm (Elève)

 

Description :
Dissertation entièrement rédigée en trois parties :
I. La liberté absolue est vaine et repose sur des fausses croyances contraignant l'homme à vivre dans un état diamétralement opposé au principe de la liberté.
II. Les contraintes à dépasser pour que l'homme puissent se sentir réellement libre
III. Le processus de libération fonde-t-il le principe même de la vie pour l'homme ?

 

Introduction



« L'homme nait libre et pourtant partout il est dans les fers ». Rousseau pose déjà l'ambigüité et la difficulté qu'il y a à comprendre le sens du mot de liberté. Deux sens diamétralement opposés semblent déjà montrer que l'homme est libre par essence mais cependant, le fait que « partout il soit dans les fers » en fait aussi un individu contraint, lié et emprisonné. Or cela n'exprime t-il pas déjà un paradoxe ? Comment l'homme peut il être à la fois libre et prisonnier ? Il s'agit donc de déjà savoir ce qu'est réellement la liberté. Or une nouvelle fois, essayer de la définir, c'est se trouver face à une impossibilité : la définir c'est la limiter et donc la nier. Alors comment peut-on dépasser ces contraintes ? L'homme par son entendement et sa raison peut être tenté d'essayer d'en donner une image, à travers l'Etat par exemple, or une nouvelle fois, poser des images et des représentations semble illusoire et ne pas être compatible avec le principe même de la liberté qui, en la prenant au sens commun, signifie être illimitée, dont l'homme ne rencontre par d'obstacle, et peut agir librement comme sa volonté l'entend. Ces difficultés rencontrées par les obstacles que dressent le monde réel nous poussent alors à nous interroger sur la véracité même de la liberté. Existe-t-elle vraiment ? Y-a t-il une liberté absolue ? Ou finalement, l'homme qui se dit être libre, n'est il pas un individu qui « croit » seulement l'être ? Car cette croyance n'implique pas forcément l'existence de ce principe. Ici, il semblerait donc que la liberté ne soit qu'illusion, c'est-à-dire tromperie et fausse croyance. Ces illusions qui aveuglent l'homme, ne peuvent l'empêcher de croire à sa liberté. De plus la polysémie même de la liberté multiplie les difficultés pour, si ce n'est la définir, ressentir au moins que nous sommes libres. Il faut pouvoir différencier liberté politique et individuelle ou bien savoir si l'on parle de la Liberté ou des libertés. Il serait donc arbitraire d'estimer que tous les hommes sont prisonniers. Le débat philosophique autour de cette question ne cesse d'être alimenté depuis les philosophes grec, preuve que l'on ne pourrait s'attarder si longtemps sur un tel sujet si elle n'était que chimères et illusions. Il faut donc essayer de comprendre en quoi l'homme peut-il être libre ? L'homme pourtant « stupide et borné » comme le qualifie Rousseau pourrait cependant accéder à cet état de liberté, infinie et illimitée, plus haut degré de la condition humaine. Il va donc falloir voir en quoi l'homme doit-il se débarrasser de ses fausses croyances, de ses préjugés et de ses illusions. Comprendre ce qu'est réellement la liberté pour voir si renoncement et liberté sont-ils incompatibles ? Finalement étudier par quels processus l'homme doit-il passer pour se défaire de ces chaînes.

Aussi nous nous interrogerons d'abord sur le fait de savoir en quoi la recherche de la liberté absolue est vaine et repose sur des fausses croyances contraignant l'homme à vivre dans un état diamétralement opposé au principe de la liberté. Cela nous amènera donc à considérer un autre sens de ce qu'est la liberté, et il faudra voir quelles sont les contraintes à dépasser pour que l'homme puissent se sentir réellement libre. Enfin, cette analyse permettra donc de pouvoir nous interroger sur le fait de comprendre en quoi le processus de libération fonde-t-il le principe même de la vie pour l'homme ?
En somme, la problématique générale consistera à savoir quel processus de libération l'homme doit-il accomplir afin de passer d'un état d'aliénation au plus haut degré de liberté ?

I. La liberté absolue est vaine et repose sur des fausses croyances



Longtemps, déterminisme et liberté ont suscité de nombreuses controverses en philosophie. Il s'agit de confronter deux façons de penser diamétralement opposée : la première énonçant que le déterminisme ne s'appuyant que sur l'expérience (et les événements d'une chaine causale) , seul compte alors le témoignage des sens et l'accord de l'entendement, opposant alors la liberté au sens de Hobbes comme absence de contrainte et libre court de sa volonté. L'illusion de la liberté dans le déterminisme semble fondée dans le fait qu'elle ne puisse apparaître au mieux, seulement comme une idée. Spinoza le formule ainsi en disant que les « les hommes se croient libres étant seulement conscients de leurs actions et ignorants des causes par lesquels ils sont déterminés ». On retrouve ce phénomène dans le Gorgias de Platon. Caliclès montre que le faible est en effet animé d'une fausse liberté. Il fait croire qu'il pourrait agir contre la force des puissants, et fait donc passer son impuissance pour une vertu. L'homme dans ce cas, ne paraît pas libre du tout : ce n'est qu'un artifice permettant de faire passer l'involontaire pour le volontaire. Le statut de la liberté repose donc sur le statut d'une fausse croyance. L'homme vit et se convainc de ses illusions, se trompent lui même et reste aliéné. L'analyse des passions montre que la liberté est une illusion, un préjugé dont il est difficile de se défaire. Spinoza accorde une grande part à la nécessité, montrant que celle-ci serait en fait ce que les hommes considèrent comme leur liberté. Pour lui, seul Dieu est véritablement libre, puisque créateur et n'émanant d'aucune cause. L'homme au contraire a son âme « déterminée à vouloir ceci ou cela par une cause qui est aussi déterminée par une autre et cette autre l'est à son tour par une autre et ainsi à l'infini ». Ce jugement montrerait alors que l'homme en plus de vivre dans l'illusion d'être libre, ne serait douée que de conscience. Alors on voit que l'homme en pensant être libre n'est aveuglé que par ses illusions. En recherchant cette liberté absolue, non seulement l'homme se croit libre mais il se réfugie dans un « entêtement » selon Hegel. Il se persuade qu'être libre c'est n'en faire qu'à sa tête. La liberté, au lieu d'être infinie, se fixe à une singularité et ne devient que servitude. Cette liberté lorsque qu'elle est porté à l'absolue devient une liberté abstraite et l'homme se retrouve dans un état de confusion à cause de l'indétermination de la pensée. Cela se rapproche de la pensée stoïcienne qui pense la liberté indépendamment de toute condition extérieure. Le sage se détache de ce qui n'est pas en son pouvoir et ne connait ainsi, ni la souffrance, ni la contrainte. Au sens stoïcien, la liberté serait donc l'état idéal de l'homme qui atteint la sérénité par la maitrise de ses passions. La notion même de cette « maitrise » montre que l'homme sage est capable de vaincre ces désirs vains, ceux qui le pousseront à croire aveuglément en une illusions. Il doit donc, par cette maitrise, accéder à une indépendance intérieure et une capacité morale de se déterminer suivant la raison et l'intelligence. Or la liberté absolue, au sens stoïcien serait la même chose que la nécessité. Elle ne serait qu'un autre nom donné à la raison. Il s'agirait dont de la liberté du vide ou de l'entendement. Or celle-ci peut-elle réellement régir la condition humaine ?

En effet selon Sartre la liberté constitue la condition humaine, ce pourquoi il dit que nous sommes « condamnés à être libres ». Pour lui, la liberté prise dans un autre sens de l'absoluité est tragique. L'homme ne peut prendre conscience de sa liberté que dans l'angoisse, et reste toujours à distance de lui même. Cette liberté ne coïncide jamais avec son en-soi (c'est-à-dire tant qu'il est déterminé) qu'il essaie d'être. Il est condamné à être un « Dieu manqué ». Puisqu'en effet, la seule véritable liberté semble être la liberté divine. Dieu créateur, n'est pas tiré par le déterminisme de cause qui anime les hommes, raison pour laquelle une ambiguïté réside toujours dans leurs actions, à savoir si celle-ci sont dues à leur libre arbitre c'est-à-dire n'être déterminé que par soi-même, ou bien par la prédestination et le déterminisme. Pour Descartes, dans la continuité de Sartre, l'homme est libre mais son existence est contingente c'est-à-dire soumise aux hasard des évènements. La différence réside dans le fait que la liberté de la volonté est la même pour Dieu et les hommes. En mettant la liberté divine au même rang que celle des hommes, il montre ce que peut être idéalement la liberté humaine. Or celle-ci est absolue dans le fait qu'elle repose sur une conception négative de la liberté, à savoir faire ce que l'on veut et rendant possible « de faire le mal délibérément ». Descartes à la différence de Sartre tente donc de prouver l'existence d'une liberté, mais celle-ci a le défaut de rester absolue. Dans le même esprit que Descartes, Spinoza après avoir « affirmé que les hommes se croient libres » ne nie pas totalement le fait qu'il existerait une liberté. Mais celle-ci, la véritable, serait un « amour constant et éternel pour Dieu ». Cet était de soumission envers cette instance supérieure semble incompatible avec une notion de liberté, puisque étant absolue. Cette idée de soumission en vue d'acquérir la liberté pour tous (et donc l'égalité de chacun) se retrouve aussi chez Hobbes dans sa définition négative de la liberté qui par son absence d'opposition, lui procurant donc une liberté absolue, lui impose aussi une soumission totale à l'Etat.

Alors la liberté comprise comme « faire ce que l'on veut » montre dans la partie précédente qu'il ne s'agirait dans les faits que d'une servitude absolue. C'est ce prouve Platon en montrant que l'excès de liberté n'est finalement pas bon puisqu'il ne peut que s'ouvrir sur un état anarchique, empêchant la liberté de tous, voire tyrannique. Le paradoxe serait alors à son paroxysme en considérant, qu'un seul individu, le tyran, disposerait d'une pleine liberté, et que tous les autres sujets par conséquent serait contraint de se soumettre à celui-ci, bien loin alors de la vraie liberté, de l'obéissance de la raison et de la maitrise de ses passions. Vouloir alors considérer la liberté comme l'indépendance de tous (au lieu de la soumissions de tous) serait de même une illusion. C'est ce que montre Kant avec l'exemple qu'il donne de la colombe. Celle-ci à vouloir se débarrasser de tout obstacle contraignant son vol et donc sa liberté, serait tenté de supprimer de l'air même. Or pour deux raison cela montre l'impossibilité d'une liberté absolue. Tout d'abord puisque cela revient à s'opposer aux lois naturels, mais supposant que cela soit possible, l'absence d'air l'empêcherait de voler et la ferait chuter. L'indépendance de tout serait en fait le vide et le néant. L'indépendance c'est aussi renoncer à tout rapport avec autrui. C'est se donner le droit de tout, voire de la destruction et donc de la mort. Alors entendre la liberté comme liberté totale de l'homme, entendue au sens de toute dépendance par rapport à toute détermination revient à se replier complètement, sur soi même, nier autrui, le monde, les forces et les lois de la nature et donc la vie. Affirmer que la liberté se compare à cela revient certainement à s'enfermer dans un monde abstrait, rempli d'illusions et de fausses croyances, ne pouvant qu'amener le chaos, si ce n'est d'une société entière, de l'homme lui même.

C'est en cela que Pascal a pu affirmer « qu'il n'est pas bon d'être trop libre ». Cette recherche de liberté absolue ne serait finalement mue que par la passion des hommes, renonçant à toute raison et renonçant ainsi au monde. C'est en cela que concevoir le monde ainsi serait illusoire. Il faut donc dépasser cette définition pour voir si la liberté pouvant passer par l'obéissance à certaines lois est-elle toujours une illusion ou ne représente-t-elle pas les fondements de la vraie liberté ?

II. Les contraintes à dépasser pour que l'homme puissent se sentir réellement libre



Être libre au sens de « faire ce que l'on veut », s'affranchir de tout, et vouloir sa propre indépendance semble être la définition que la doxa dresse de la liberté. Mais nous avons vu que cette notion de la liberté est restrictive est n'entraine finalement qu'un état de servitude absolue. Alors il faudrait reconsidérer le sens de la liberté, et la comprendre comme par l'obéissance à certaines lois grâce à l'autonomie de la volonté du sujet c'est-à-dire la possibilité justement pour l'individu de se donner sa propre loi et de déterminer lui-même le sens et la valeur de son action. La liberté pourrait se faire sous la forme de diverses forme de renoncement. C'est donc être capable de faire intervenir dans le monde une réalité qui n'y était pas contenue de façon latente. De prime abord, il pourrait sembler que la loi morale va à l'encontre de la liberté : le sujet doit se régler sur un impératif contraignant pour sa volonté : il n'a pas le choix du devoir. De plus, le devoir s'impose de façon identique à tous les sujets : cela semble entrer en contradiction avec la liberté comme puissance subjective de la détermination. Or la liberté est justement accomplie par la loi morale et c'est ce dont fait référence Kant dans Fondements de la Métaphysique des mœurs. Si la liberté est contraire à toute contrainte extérieure elle n'exclut pas pour autant tout obéissance, car la liberté est selon sa définition l'obéissance à la loi morale qui s'exprime impérativement dans la conscience du sujet pratique. En effet la loi morale s'impose à la raison comme un fait qu'elle n'a ni inventé, ni tiré de l'expérience. La loi morale se distingue radicalement des conseils de la prudence et des règles de l'habileté. Et la liberté est justement le fondement même de la loi morale et plus particulièrement le respect de cette loi : celle ci se caractérisant par la célèbre loi fondamentale de la raison pure pratique « agis de telle sorte que la maxime de ta volonté puisse toujours valoir en même temps comme principe d'une législation universelle » et doit considérer comme l'ouverture de l'horizon des possibles et comme l'expérience de la liberté. Pour Kant la liberté existe donc mais son but n'est pas de la définir, l'individu doit en être conscient, et la preuve qu'elle est, réside dans le fait que s'il n'y avait pas de liberté, la loi morale ne se trouverait pas en nous. Par conséquent, que la liberté doit positive ou négative, elle fait de l'individu un centre par rapport au champ de son action. Quoi qu'il arrive, établir sa liberté, c'est établir un point d'équilibre : il s'agit de limiter les effets de l'extérieur sur ce sujet ou bien de comprendre dans toute son action le pouvoir du sujet autonome, mais dans les deux cas c'est établir un rapport entre l'intérieure et l'extérieur du sujet.

Dans ce cas, la liberté ne serait pas, mais s'éprouverait. Kant et Descartes partagent ce point de vue. Pour le premier elle est donc le principe de l'action: sa validité se représente dans le champ pratique. Elle n'est pas connue, c'est-à-dire donnée dans le cadre d'une expérience sensible, déterminée par les principes de l'entendement mais sa réalité est cependant prouvée indirectement par la loi morale et éprouvée par le respect qu'elle inspire. C'est en cela qu'il la rapproche du monde intelligible car « de tout l'intelligible, il n'y absolument rien que la liberté qui ait de la réalité ». Nous ne pouvons donc connaître ce qu'est la liberté mais nous savons que nous sommes libres. Il en est de même d'après Descartes, considérant que la liberté existe par l'acte de vouloir. Le postulat qu'il pose tient dans le fait que la liberté existe elle est la marque que nous avons reçu de Dieu. Mais nous ne pouvons définir, car poser des mots ou des représentations serait la nier. En effet par définition, ce qui est libre est indéterminé. Par conséquent, il montre l'existence de cette marque par la spécificité de l'expérience qui permet de savoir que nous sommes libres. La liberté ne se connait pas à proprement parler, mais s'éprouve dans l'acte qu'elle rend possible, se ressent et se vit. Alors l'expression la plus radicale de la liberté s'affirme dans le fait que je n'affirme rien sans le vouloir parce que l'affirmation ou la négation sont des actes de la volonté. Il faut donc un effort pour revenir sur ses représentations. Cet effort est considérable pour se libérer : car le penseur critique sent en lui des résistances à se libérer de ses illusions et ses préjugés mais cela est possible. La liberté s'exprime dans l'acte même du doute selon Descartes. Douter c'est suspendre son jugement et essayer de ne pas succomber à ses illusions (qui d'ailleurs étymologiquement signifie « se tromper de »). le but est ici de contourner cette tromperie grâce à l'évidence (« je suis »). La volonté qui affirme et nie se caractérise essentiellement par l'indifférence : en elle même elle n'est pas contrainte : elle a toujours le pouvoir de se porter vers l'un ou l'autre des contraires. L'âne de Buridan en est la représentation. S'il y a toujours illusion ce ne peut être qu'à propos de l'objet du vouloir : mais cette illusion peut se dissiper par l'analyse critique et le doute. La volonté est donc déterminant quant à la question de la liberté : même cette volonté n'existe que par l'acte de vouloir. Il importe donc au plus haut point de s'apercevoir que l'on veut et de s'apercevoir de ce que l'on veut.

La liberté peut donc s'éprouver par un effort de la volonté. Mais on peut considérer le fait qu'il existe une multitude de libertés. De plus, la confusion qui s'opère parfois entre le fait de les différencier. Précédemment, la liberté est prise au sens commun, singulier, comme étant au cœur de la réflexion morale c'est-à-dire par la recherche du respect, du devoir, de la responsabilité. Mais on peut aussi parler de la liberté au sens de la philosophie politique, et cela ferait davantage écho à la liberté conventionnelle, à la souveraineté, aux lois ou au droit. Cela revient alors à différencier la liberté individuelle de la liberté politique, qui ont toujours été en balance d'après Aristote. Finalement, cette polysémie montre que la liberté a plus de valeur que de sens. Et qu'alors elle ne peut être singulière sans être universelle. Cette universalité se caractérise par le fait qu'il faut pouvoir se hisser au dessus des particularités individuelles pour réellement accéder à la liberté. Il faut paradoxalement se perdre pour se trouver : perdre par l'obéissance de la loi, les mobiles particuliers pour trouver la véritable autonomie. Ce processus s'accomplit dans la logique même politique, afin de garantir, au delà de la liberté individuelle, l'égalité des libertés de tous. Cela montre donc que la liberté serait alors tributaire de cette notion d'égalité. En effet, dans un ensemble politique, pour que nul ne dépend d'autrui, tous doivent jouir d'une même liberté. Rousseau le montre dans Du contrat social, chacun doit renoncer à son indépendance naturelle pour recevoir en partage la liberté conventionnelle et participer à la souveraineté. En effet, l'Etat de droit n'est pas le règne de la force ni le triomphe de l'intérêt particulier. Loin d'être une contrainte qui empêche la particularité individuelle, la loi permet à chacun d'échapper à la loi de l'autre. C'est seulement à ce prix que tous les individus peuvent être libres dans un État libre, étant égaux devant la loi. Ainsi cet état universel de la liberté semblerait conjuguer les différentes modalités de la liberté. D'abord l'engagement de l'homme à rentrer dans un rapport réciproque avec autrui afin de garantir une possibilité de la liberté du citoyen et donc de tous. Celle-ci passant par la volonté de tous, induit la liberté morale de l'homme.

On passe ainsi de l'homme au citoyen pour être conduit à l'homme élevé à sa moralité et c'est justement cette moralité qui accomplie cette médiation de l'universelle. Mais alors le processus même de libération, pouvant être créateur et associé au progrès semblerait être ce qui fonde le principe même de la vie.

III. Le processus de libération fonde-t-il le principe même de la vie pour l'homme ?



La liberté n'est pas donnée comme telle ; elle est le résultat d'un affranchissement. La liberté succède en effet souvent à un état d'aliénation ou de domination auquel elle s'oppose, et c'est par ce changement qualitatif que l'on passe de l'un à l'autre : le passage de l'aliénation à la liberté suppose un processus de libération par rapport aux passions, aux illusions, aux déterminismes naturels et sociaux. Cependant, la liberté peut se retrouver au sein même du déterminisme. Celui-ci repose sur un enchainement causal et cet enchainement ne peut être rompu puisque cela reviendrait à s'opposer alors à la nature. L'homme ne peut donc se dire libre dans le fait qu'il est prisonnier de cet enchainement. Il n'est pas « un empire dans un empire » et s'inscrit donc dans la chaine causale. Or la liberté ne consiste pas à nier la contrainte mais plutôt à la convertir en nécessité comprise. Il ne faut donc pas supprimer ces causes mais tenter de les comprendre : vouloir les supprimer serait illusoire. Cela peut faire référence à l'homme, animal libre de Rousseau. Il revient sur la nature même de l'homme : définit depuis Aristote comme un animal rationnel, doué de raison et du langage, Rousseau consacre la liberté comme spécificité de l'homme, et en fait son essence même. Il le compare à « l'animal-machine » de Descartes, seulement mu par ses instincts, pour extraire de l'homme sa faculté d'être autonome. Et c'est alors de la liberté que découle pour l'homme sa possibilité de perfectionner mais aussi de se perdre. Cette liberté induit donc une idée de progrès. Cependant, elle s'exprime par la conscience, en faisant alors « la voix de l'âme ». Cela prouve qu'elle est le plus haut degré que la condition humaine puisse atteindre.

La liberté s'effectue donc au nom d'une Idée très haute de la liberté. C'est pourquoi Nietzsche dévalorise la liberté comprise comme libre arbitre pour libérer les grands esprits de leurs illusions. En effet pour lui la liberté est d'abord une illusion métaphysique. Il s'agit d'une illusion car cette croyance est un aveuglement quant à la causalité qui est plus que métaphysique puisqu'elle implique l'idée d'une substance indépendante, identique à elle même dont l'acte serait inconditionné. En effet, selon Nietzsche la liberté est à la base mal comprise : elle induit une confusion entre cause et effet mais surtout l'erreur du libre arbitre renforce la mauvaise compréhension de ce qu'elle est. Pour atteindre ce plus haut degré de liberté, et de véritablement fondement de la vie de l'homme, il reprend la liberté au sens de sa nature biologique, relevant de la force vitale et donc de l'instinct. Il veut la penser comme un mouvement et une lutte, étant ainsi à voir avec la proximité du péril. Pour éviter de tomber dans cette illusion et cet « abêtissement des troupeaux », l'homme doit se lever, en « guerrier » dit-il, et user de ses « instincts virils, les instincts joyeux de guerre et de victoire, prédominent sur tous les autres instincts par exemple ceux du bonheur. L'homme devenu libre foule au pied cette sorte de bien être méprisable.(...) Le type le plus élevé de l'homme libre doit être cherché là, ou constamment la plus forte résistance doit être vaincue ». Chez Nietzsche, on voit que la liberté au delà, d'un effort de renoncement, de soumission, ou respect de la loi moral par exemple comme nous avons pu le voir précédemment, est une véritable lutte, poussant l'homme à se mettre en péril. Cela donne à penser que le processus de libération n'est donc pas possible chez tous les hommes, seuls les plus forts moralement peuvent y parvenir. Tous peuvent essayer, mais certains resteront déçus, et c'est en cela que seul « ce grand péril » permet de connaître les véritables vertus, ressources ou moyens de défense de l'homme, comme s'il les mettait au défi. C'est en ce sens que la la liberté est à la fois quelque chose que l'on a et que l'on n'a pas, que l'on veut et que l'on conquiert. Il est donc intéressant de voir comment ce processus de libération peut être comparé à un véritable combat interne. La liberté, n'est plus ici associée à la recherche du bonheur, qui au contraire, ici est méprisable, mais c'est une liberté pure mettant au défi les véritables nature et fondement de l'homme : il s'agit de penser la liberté comme un dynamisme, un devenir.

Enfin la liberté comme véritable « marche en avant » a été analysé par Bergson. Pour lui, nous sommes libres, et la liberté est un fait dont il n'en existe pas de plus clair. Alors la libération suppose une fin mais aussi une durée. En effet, il ne s'agit pas seulement d'y parvenir, mais encore faut-il que celle-ci soit durable. C'est en ce sens qu'elle peut donner un véritable sens à sa vie. Il montre ainsi que le passage de la morale close, fondée sur l'obligation et la pression, à la morale « ouverte » qui est création et « marche en avant » est la véritable liberté à proprement parlé, celle accomplie par quelques hommes exceptionnels seulement, et devenant alors des modèles d'hommes libres. La notion de modèle montre cet idéal déterminé qu'il convient de suivre, ce parcours qu'il faut reproduire. C'est en ce sens que nous pouvons donc affirmer que la liberté comme développement du progrès et de la condition humaine représente le plus haut degré de liberté. Cela instaure donc un certain niveau dans la façon d'être libre, un degré de liberté dont seuls ces hommes exceptionnels sont capables d'atteindre. Ces « individualités privilégiées » , fondateurs et réformateurs de religion, mystiques et saints, héros obscurs de la vie morale ont su briser la résistance de la nature pour se trouver en coïncidence avec le principe même de la vie qui est mouvement, durée authentique et acte créateur.

Conclusion



L'étude de la liberté est un sujet qui anime les débats philosophiques depuis l'Antiquité. Le fait même de s'interroger sur le fait de savoir si elle « n'est qu'une illusion », supposant donc de prime abord que c'est le cas, semble réduire à l'absolue la notion de liberté. Il est en effet possible que l'homme vive dans des fers, aliéné, aveuglé par ses passions et ses désirs vains, mais alors il est en marginalité même de la condition humaine. Croire aussi que la liberté se restreint à pouvoir faire « ce que l'on veut », c'est-à-dire des actions bonnes mais aussi mauvaises, c'est se faire une idée erronée de ce qu'est la liberté et c'est alors en cela que sa liberté est une illusion.

L'homme vit enfermé dans de fausses croyances et la recherche de sa liberté absolue n'est alors comparable qu'à une extrême servitude. Il n'y en effet pas de liberté sans un capacité de renoncement et suppose tout d'abord la véracité : il faut faire la vérité sur soi-même, sur les autres, sur le monde pour être en mesure de se déterminer sans illusion.
Renoncer c'est aussi choisir : renoncer à toute les possibilités à l'exception d'une seule. Son absence de choix produit l'indifférence ou l'inconstance, deux obstacles majeurs à la liberté. En refusant de choisir et de renoncer, l'homme se perd par l'efficience. Il reste enfermé dans un monde abstrait ou il finit par être déterminé par les circonstances au lieu de se déterminer soi-même. L'homme est donc libre par essence pour Rousseau mais il devra accomplir un processus de libération, seul capable de le hisser en dehors de ces chimères et de l'élever au rang d'homme, de citoyen, d'individu moral étant le reflet même de l'authentique liberté s'affirmant avec le principe même de la vie.