Les hommes ont-ils besoin d'être gouvernés ?

Dernière mise à jour : 20/12/2017 • 8 027 vues

Note du corrigé :
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Proposé par : clairem (Elève)

 

Description :
Dissertation entièrement rédigée en trois parties :
I. Les hommes ne sont pas capables de vivre sans gouvernement,
II. Mais les hommes n'ont pas besoin pour autant d'être mis sous tutelle,
III. Les hommes ont finalement besoin d'être leur propre gouvernement

 

De nos jours, les hommes sont partout, de quelque façon que ce soit, gouvernés : démocratie, monarchie... Et dans le même temps, les gouvernements sont toujours plus ou moins critiqués : n’exercent-ils pas un pouvoir sur les autres en restreignant leurs libertés ? Ainsi se pose la question : « Les hommes ont-ils besoin d’être gouvernés ? ». Les hommes ont-ils besoin d’être dirigés, conduits, régis avec autorité par un homme ou une assemblé ? Pourrions-nous imaginer une vie sans gouvernement ? Si non, cela pose plusieurs problèmes. Qui peut gouverner ? Qui doit gouverner ? Quelle est la meilleure forme de gouvernement ? Car un gouvernement peut prendre diverses formes. Celui-ci représente l’ensemble des organismes et des personnes exerçant le pouvoir politique, la politique étant l’art de diriger un Etat. Celui-ci est l’ensemble des institutions qui organisent une société. Celle-ci est un regroupement d’individus, structuré par des liens de dépendance réciproque et évoluant selon des schémas réglés. Nous examinerons cette question en trois parties. Premièrement, nous nous demanderons si les hommes sont capables de vivre sans gouvernement. Puis, nous verrons que, comme tel n’est pas le cas, il est tout de même possible de nuancer le verbe « être gouverné ».

I. Les hommes ne sont pas capables de vivre sans gouvernement



Il est nécessaire que les individus se regroupent en sociétés. En effet, l’homme seul est faible. « Ce qui donne naissance à une société, c’est, je crois l’impuissance où se trouve chaque individu à se suffire à lui-même » (Platon). L’union avec d’autres hommes permet de mieux s’adapter et de survivre dans son environnement. Les hommes ont compris que l’entraide était plus bénéfique que de tout faire soi-même, car chacun apporte son savoir-faire, sa spécialité. Comme dit Hume, « L’union des forces accroît notre pouvoir ; la division des tâches accroît notre capacité ; l’aide mutuelle fait que nous sommes moins exposés au sort et aux accidents. C’est ce supplément de force de capacité et de sécurité qui fait l’avantage de la société ».

De plus, un monde formé d’individus séparés semble difficilement concevable : « l’homme est un loup pour l’homme », comme disait Thomas Hobbes. Pour lui, l’état d’une vie individuelle, « l’état de nature », comme il l’appelle, serait perpétuellement « une guerre de tous contre tous » (Léviathan). Chacun serait perpétuellement dans l’angoisse, dans la peur qu’un autre homme lui inflige une mort violente. En effet, l’homme est égoïste ; les intérêts personnels sont multiples et divergents, ce qui conduit rapidement à l’apparition de conflits. Les limites du droit naturel ne sont également pas clairement définies. C’est la loi du plus fort qui prévaut (comme dans la plupart des cas dans le monde animal). Il est donc nécessaire que les hommes se regroupent en sociétés, où chacun doit dans le cadre de la vie en collectivité, la vie publique, mettre de côté son amour-propre.

Mais alors ne serait-il pas possible de vivre en société, sans Etat qui l’organise et donc sans gouvernement ? Cela comporte certains risques, cela dégage certains problèmes. Certains hommes rêvent d’une vie dont tout gouvernement serait absent. Ce sont les anarchistes. Pour eux, c’est le concept même de gouvernement, quel qu’il soit, qui est nuisible, car en exerçant un pouvoir, donc une domination sur les individus, il détruit leurs qualités individuelles. Il empêche la libre expression de l’individu en réglementant sa vie sociale. Comme le disait Proudhon : « Etre gouverné, c’est être gardé à vue, inspecté, espionné, dirigé, légiféré, réglementé, endoctriné, prêché, contrôlé… ». Ainsi, une organisation idéale de la société serait une organisation par elle-même, sans institutions, sans appareils d’Etat. Elle serait fondée sur l’association des producteurs (coopératives...) et l’absence de propriété privée. Mais un obstacle majeur à une vie en société sans Etat est le nombre élevé d’individus dans une société. Comment former une communauté en étant aussi nombreux ? Comment faire fonctionner des coopératives, comment réussir à ce que toute la communauté s’accorde, sans quelque chose qui supervise le tout ? Ainsi, seules des communautés restreintes pourraient se constituer. Mais alors comment être sûr que ces communautés ne se fassent pas la guerre entre elles ? « De là vient que nulle société ne peut subsister sans un pouvoir de commandement et une force, et conséquemment sans des lois qui modèrent et contraignent l’appétit du plaisir et les passions sans frein » (Spinoza). La société a donc besoin d’être ordonnée et régulée, de sorte que tous oeuvrent dans la même direction et pour le bien de tous. C’est ce désordre ou cette « insociable sociabilité » (Kant) qui rend nécessaire l’établissement d’un gouvernement. Pour les défenseurs de la doctrine classique du pacte social, la société est une collectivité qui a décidé, par engagement réciproque, de suivre un pacte de non-agression. Pour garantir son application, il faut une instance politique transcendant les intérêts particuliers.

Les hommes ont donc besoin d’un gouvernement qui protège leurs droits, qui mette de l’ordre dans une humanité menacée, dans sa vie même, par ses propres membres. Les hommes doivent être gouvernés afin que la liberté des uns ne nuise pas à celle des autres. Il faut ainsi renoncer à sa liberté naturelle et se laisser gouverner au nom de la liberté commune.

II. Mais les hommes n'ont pas besoin pour autant d'être mis sous tutelle



Pour plusieurs philosophes, il faudrait donc que le peuple soit gouverné par un petit groupe ou une seule personne, comme un capitaine qui dirige son navire et le fait évoluer (étymologie première du verbe gouverner). Le gouvernement, groupe d’hommes qui incarne pour une certaine durée l’Etat sous la forme du régime en vigueur, est nécessaire et légitime la contrainte exercée sur les gouvernés. Être gouverné, c’est être mené vers des objectifs fixés par ceux qui exercent la direction politique au nom de l’Etat.

Pour Platon, la meilleure forme de gouvernement est l’oligarchie, et plus particulièrement l’aristocratie, régime dans lequel le pouvoir est exercé par les « meilleurs », pour le bien de tous. Un Etat est juste lorsque les philosophes sont rois (La République) : « tant que les philosophes ne seront pas rois dans les cités (...) il n’y aura de cesse aux maux de la cité, ni, ce me semble, à ceux du genre humain ». En effet, face aux deux autres parties de la cité, les gardiens et le petit peuple, ils sont les seuls qui ne recherchent pas le pouvoir pour leur propre bien, ce sont des êtres qui ont eu connaissance du bien (cf. l’allégorie de la caverne), des êtres raisonnables qui ne se laissent pas emporter par leurs désirs ; en un mot, ils sont les seuls qui ont la capacité de se gouverner eux-mêmes, donc les autres. Ainsi, seuls sont gouvernés ceux qui n’en ont pas la capacité. Mais cette proposition est-elle vraiment acceptable ? Dans l’idéal de Platon, l’Etat, dans lequel la hiérarchie des « classes » ne doit pas être perturbée, n’est-il pas inégalitaire ? De plus, cette supériorité des gouvernants -dont l’existence peut d’ailleurs être mis en doute, car qui peut prétendre avoir atteint la sagesse, et de plus, si celle-ci est atteignable, pourquoi tous ne pourraient-ils y accéder ? –suffit-elle à leur donner le droit de gouverner, de s’emparer du pouvoir ? 

Thomas Hobbes, un théoricien du pacte social, est le défenseur du monarque absolu. Les hommes, pour sortir de l’état de nature, doivent renoncer à leur droit naturel et en confier l’exercice à un tiers. En contrepartie, ils gagnent l’ordre et la sécurité garantis par le souverain (un homme) qui exercera le pouvoir : « C’est comme si chacun disait à chacun : j’autorise cet homme ou cette assemblée et je lui abandonne mon droit de me gouverner moi-même, à cette condition que tu lui abandonnes ton droit, et que tu autorises toutes ses actions de la même manière. ». Pour leur sécurité, ils doivent donc transférer la totalité de leurs droits au souverain, qui seul dirige et compte pour seul arbitre en cas de conflit. Les hommes se soumettent à lui afin de vivre dans une société apaisée. La sécurité et la paix y règnent pour le bien de tous.

Le pouvoir est absolu. Le monarque personnifie l’Etat («L’Etat, c’est moi » de Louis XIV). Le pouvoir n’est ni despotique ni arbitraire. Il s’exerce au nom des sujets, qui autorisent son exercice par le pacte social. Néanmoins, il n’est pas bon que le pouvoir ne soit qu’aux mains d’un petit groupe ou d’une seule personne. En effet, il est facile de tomber dans l’abus de pouvoir. Cette forme de gouvernement pourrait préfigurer une forme d’Etat totalitaire, si le souverain détourne le pouvoir à son profit, si, profitant du fait qu’il est absolu, il devient despotique (sa volonté prévaut comme loi et l’arbitraire règne). Mise à part cette critique, la proposition de Thomas Hobbes est-elle vraiment acceptable ? Dans son idéal, la paix civile ne s’acquiert-elle pas à un prix trop élevé ? Celui de la liberté ?

III. Les hommes ont finalement besoin d'être leur propre gouvernement



Ainsi, ces deux formes de gouvernement ne se révèlent pas satisfaisantes. L’homme n’est ni autonome, ni libre. Il est soumis et dominé. Or ce sont des formes où l’homme est gouverné passivement par un homme ou une assemblée. Est-ce donc indispensable de déléguer le pouvoir à une minorité de personne ? Pourquoi les hommes ne seraient-ils pas capables ensemble d’organiser la société ? Pourquoi certains seraient-ils plus capables de le faire que d’autres ? En effet, chaque homme est doué d’une raison, et nous naissons égaux en droits.

Les hommes ont besoin d’être gouvernés, mais non dominés. Le gouvernement ne doit être qu’un organe spécial composé de représentants élus ou désignés par le peuple, chargé d’exécuter les décisions du souverain. L’autorité politique a son fondement dans le libre pouvoir qu’a chaque homme de se gouverner lui-même. Ainsi, pour Rousseau, défenseur du « contrat social », le seul souverain légitime possible, c’est-à-dire la personne individuelle ou collective à laquelle appartient le pouvoir suprême d’où dérivent tous les autres, est le peuple. En effet, Rousseau condamne la dissociation entre origine et exercice du pouvoir que défend Hobbes. Pour Rousseau, puisque ce sont tous les hommes qui ont décidé de s’assembler et de suivre un pacte de non-agression, cela justifie que l’exercice du pouvoir leur revienne à tous. Le peuple n’est pas un troupeau, il est capable d’agir et de prendre des décisions soi-même. De plus, la liberté étant inaliénable, la souveraineté originaire du peuple ne peut s’aliéner ni se déléguer.

Ainsi, les hommes s’unissent et respectent la loi, qui est la même pour tous. À travers la loi s’exprime l’intérêt général : « la véritable liberté est l’obéissance à la loi qu’on s’est prescrite », comme le disait Rousseau.

Les hommes obéissent à cette volonté générale et à ses représentants symboliques. C’est le fondement de la démocratie, qui suppose la loi de la majorité et l’égalité des citoyens. Ainsi, l’arbitrage de la société n’est qu’une délégation temporaire, le gouvernement n’exécuterait que la volonté générale, sans se substituer à elle. Ainsi, dans une démocratie, « les sujets et le souverain ne sont que les mêmes hommes sous différents rapports » (Rousseau). Les hommes acquièrent ainsi de l’autonomie, et une grande part de liberté civile (respect des droits de l’homme) qui n’est certes pas de même nature que la liberté naturelle, mais qui est tout de même de grande valeur.

Ainsi, dans une démocratie, les hommes se gouvernent ensemble. Ils ne font que déléguer, confier une petite part de leur souveraineté à des élus chargés de les représenter. Chacun prend part activement à la vie de la cité, de la société dans laquelle il vit. Les hommes ne sont plus des sujets, c’est-à-dire des hommes soumis à l’autorité de quelqu’un, mais des citoyens, c’est-à-dire des hommes membres d’une communauté politique, qui se définissent à la fois par le libre exercice de leurs droits civiques et politiques et par leur participation aux décisions de l’Etat, au nom de la volonté générale.

Remarquons que les démocraties actuelles sont des démocraties représentatives. En effet, il est devenu impossible de nos jours de réunir périodiquement les citoyens –comme c’était le cas à Athènes au Vème siècle av. J.C- afin qu’ils donnent leur avis (il est néanmoins toujours possible de faire des référendums sur les questions importantes.). D’où la nécessité de l’existence matérielle d’un gouvernement formé d’un groupe de personnes.

Néanmoins, bien que le pouvoir exécutif et législatif soient séparés dans une démocratie, il existe toujours le risque d’une usurpation du pouvoir par le gouvernement, qui ne remplit plus sa tâche de simple serviteur de l’Etat. D’où l’importance de l’éducation. En effet, la démocratie suppose des citoyens instruits, informés, pour qu’ils puissent décider en toute justesse, soient toujours vigilants vis-à-vis des pouvoirs en place et exigent de vivre dans une société où existe la plus grande justice sociale possible et où les libertés sont effectives. Comme le disait si justement Spinoza, « Les hommes ne naissent pas citoyens, ils le deviennent ».

Conclusion



Ainsi, de par leur nature (passions), les hommes ont besoin d’être gouvernés. Mais seule la démocratie apparaît comme une forme de gouvernement convenable, où la liberté civile et l’égalité en droit des hommes apparaissent garantis. Le peuple est ainsi souverain, les hommes se gouvernent eux-mêmes, ensemble, ne faisant que déléguer une part de leur souveraineté au gouvernement, pour qu’une coordination entre les citoyens soit possible. Mais la démocratie a un prix : elle nécessite l‘éducation des citoyens à son propre fonctionnement. Car, si les hommes n’ont pas la possibilité de prendre part aux discussions politiques de manière civique, ils deviennent alors rapidement gouvernés passivement, ils sont gouvernés par une minorité, ce qui ne leur est pas nécessaire, et leur liberté notamment devient dangereusement compromise.

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