Peut-on se connaître soi-même ?

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Note du corrigé :
  • Note actuelle 3.00/5

Proposé par : mathildec (Elève)

 

Description :
Plan thèse/antithèse (à éviter car sans progression mais développement intéressant pour les idées et références) :
I. On peut se connaître soi-même,
II. On ne peut pas se connaître soi-même

 

Qui suis-je ? est une question que chaque humain devrait se poser afin de mieux se connaître et qui, à première vue, aurait comme réponse : « nous sommes ce que l’on est ». Mais le vrai « moi » est bien difficile à déchiffrer seul et soi-même. En réalité, nous ne sommes pas capables de nous découvrir nous-mêmes, bien que cette affirmation soit difficile à admettre. En effet, comment autrui peut-il mieux nous connaître puisque nous sommes nous-mêmes et nous sommes les seuls à connaître nos pensées. La connaissance de soi est indispensable pour que chaque être humain puisse avancer dans la vie, mais des questions se posent : Peut-on se connaître réellement soi-même ? L’expérience suffit-elle pour apprendre ? Pour pouvoir répondre à ces questions, nous verrons, dans une première partie, que nous sommes capables de nous connaître tout seuls. Ensuite, dans une seconde partie, nous constaterons que nous rencontrerons forcément des obstacles faisant barrage pour se connaître soi-même.

I. On peut se connaître soi-même



A) Par les crises et conflits

On peut se connaître soi-même par le biais de diverses manières ; tels que les crises, les conflits. En effet, c’est avec ces moments critiques que l’on peut apprendre sur nous-mêmes. Ainsi, par le biais de ces conflits, nous allons nous remettre en question pour savoir pourquoi un tel conflit. C’est grâce à ce questionnement que nous nous rendrons compte que nous avons peut-être exagéré la chose, qui est à l’origine du conflit, et nous réfléchirons sur nous-mêmes. Ces crises correspondent alors à un moment révélateur ; nous devons voir les choses telles qu’elles sont. Pour pouvoir apercevoir la réalité du problème, la vérité sur soi-même, nous devons souffrir ; comme le prétend Hegel : « Rien de grand dans l’histoire ne s’est fait sans passion ». Pour lui le conflit est une révélation sur soi-même et il symbolise la passion par la souffrance, il faut donc passer par des épreuves, même si elles sont rudes pour espérer se connaître. Les conflits sont un bon moyen pour se surprendre. En effet, lors d’une crise, nous nous identifions à l’autre et c’est par cet effet miroir que le maître peut devenir esclave et inversement. Ainsi, celui qui gagne n’est pas forcément celui que l’on croyait gagner. Avec cette surprise, la notion dominant/dominé n’est plus la même. Un changement de place, de rang peut survenir à tout moment puisque l’on réfléchit sans arrêt et que la connaissance que l’on acquiert au fur et à mesure peut changer les situations. Tous ces conflits, ces crises nous servent à avancer dans la vie ; nous devons affronter des épreuves, prendre des risques, comme le ferait tout héros. Chacun a en lui son propre héros qui devra montrer sa force mentalement ou physiquement face à un adversaire. L’adrénaline, le danger nous sert à avancer comme le dit Nietzsche : « Tout ce qui ne me tue pas me rend plus fort ». L’expérience que l’on connait avec l’adversité nous aide à nous connaître. Une réaction face à une situation angoissante où on a besoin de faire un choix important constitue un pas pour se connaitre seule puisque nous devons prendre le choix qui nous semble le plus juste. Mais les conflits ne sont pas les seuls éléments nous permettant de nous connaître nous-mêmes.

B) Par les rencontres

Les rencontres avec l’inattendu peuvent choquer, surprendre, provoquer haine, amour et passion, mais ces rencontres aboutissent finalement à une seule chose : une expérience qui nous révèle les liens qui unissent tous les êtres humains au-delà de l’égoïsme. Le regard d’autrui peut être difficile à accepter puisque autrui nous donne une image neutre envers nous ; il a un regard objectif. Autrui peut nous aider à nous dévoiler et à éviter de nous noyer dans notre amour propre par le biais de cette image neutre qu’il nous donne. Comme le pense Sartre : « Autrui est le médiateur indispensable entre moi et moi-même ». Ainsi, c’est autrui qui nous aide à nous voir tels que l’on est. Il sert de transition entre ce que l’on pense de soi et ce que l’on est réellement. Mais on peut s’identifier, se connaître par le biais de l’amitié. Notre alter ego est indispensable afin de se connaître. Il ne correspond pas à une autre personne que moi, mais à un autre moi. Seulement, l’amour est plus puissant que l’amitié. L’amour est d’ailleurs indispensable à l’équilibre psychique. L’amour existe sous différents aspects tels que l’amour filial, conjugal, mais tous ces types d’amour ont un point commun : on s’identifie à l’autre. L’amour peut même devenir utopique puisque la phrase aime ton prochain ne peut jamais se révéler exacte. Il est impossible que tout le monde s’aime entre eux, sinon nous n’entendrions jamais parler des guerres. Les caractères de différentes personnes sont totalement différents, donc on ne peut pas dire que deux êtres qui ne se connaissent pas s’aiment déjà. On ne peut pas aimer la terre entière. Tous ces types de rencontres sont synonymes d’expérience. La connaissance de soi ne se fait pas que par les rencontres, mais aussi sur un point de vue culturel tel que la littérature, l’art, les mythes, tout ce qui peut toucher à l’imaginaire.

C) Par les mythes, la littérature, l’art

Dans tous les mythes, les livres, on peut s’attacher à un héros, un personnage, soit parce que cela nous rappelle un souvenir, soit parce que l’on se voit à travers ce personnage comme étant nous même. Cette identification nous permet de nous connaître. C’est dans ce monde irrationnel, totalement irréel que nous sentons une part de soi. Tous ces mondes qui nous attirent nous procurent un sentiment d’évasion vers un monde parallèle du nôtre. Cette évasion nous permet de sortir du monde quotidien avec nos divers problèmes, où le temps s’est arrêté. Mais les mythes ne nous procurent pas seulement un sentiment d’évasion. Grâce à eux, nous allons en tirer une morale. Par le mythe d’Icare, nous retenons que nous ne devons pas dépasser notre condition en tant qu’Homme. En effet, Icare a voulu s’approcher du soleil sauf qu’il ne pouvait pas voler donc il s’est brûlé les ailes en cire qu’il s’était fabriquées. Dans toutes les situations, nous devons rester un être humain, nous ne sommes pas un dieu ou une déesse ; seulement un être humain. Ainsi, cette fonction morale du mythe a une fonction anthropologique puisque cela permet de mieux nous connaître en tant qu’être humain. L’art est très utile pour se connaître. C’est à travers les peintures, les dessins que nous éprouvons des émotions. Un regard persistant dans une toile nous transmet un message, une erreur à ne pas commettre, une liberté à entreprendre… Mais la connaissance de soi sur le plan individuel et universel n’est pas dans tous les cas possible.

II. On ne peut pas se connaître soi-même



A) Critique de l’expérience des sens

On ne peut pas se connaître soi-même, car l’expérience des sens nous en empêche. En effet, nos sens sont trompeurs et sont considérés comme une source d’illusion, d’incertitude, car ils nous détournent de notre pensée. Platon les qualifie même de dangereux. Nous voyons seulement ce que nous voulons voir ou bien entendre et c’est cette volonté de contrôler nos sens qui nous empêche de nous connaître nous même puisque nos sens flattent nos désirs et nous empêchent donc de voir la vérité, le monde tel qu’il est, même avec ses points négatifs. Ainsi, les sens constituent des obstacles à la connaissance de soi. Le but principal que tout le monde recherche est de se connaître en entier et de tout savoir sur nous même, mais l’essentiel n’est pas souvent connu en nous à cause des sens, comme le dit Platon : Je suis attiré par les excitations superficielles, la nouveauté, le spectaculaire, ce qui brille, frappe, plaît mais est-ce que je ne néglige pas l’essentiel ? Ainsi, par ce questionnement il nous montre qu’il oublie de se connaître et se préoccupe de choses diverses non primordiales, dictées par les sens. Beaucoup d’éléments qui nous entourent peuvent être considérés comme superficiels. Selon Descartes, philosophe du XVIIe siècle, on peut trouver en nous notre propre vérité, nous connaître intérieurement en suivant le chemin qui mène à l’authenticité et non en se référant au hasard. Pour lui, l’expérience ne nous est d’aucune utilité pour pouvoir se connaître. En effet, René Descartes défend l’innéisme puisqu’il pense que les éléments premiers de notre connaissance font partie de notre esprit et sont caractérisés comme des « semences de vérité ». Le fait que nous ne pouvons pas nous connaître nous même n’est pas dû qu’à nos sens ; mais également à notre inconscient qui s’inscrit comme un obstacle à notre connaissance.

B) L’inconscient

Freud pense ainsi que tout le monde a un secret. Et c’est ce secret qui empêche de nous connaître, car il peut être plus ou moins gênant et on préfère le refouler plutôt que de l’exposer à la vue d’autres personnes. C’est aussi notre inconscient qui nous empêche de penser dans certaines situations, puisque notre inconscient nous bloque dans des comportements et on ne peut pas en parler ; comme c’est le cas pour les personnes phobiques ; ou bien pour des personnes qui ont des troubles de la parole... Seulement, notre inconscient ne pourra s’exprimer qu’à travers nos rêves, les symptômes névrotiques… Freud pense que « le moi n’est pas maître dans sa propre maison ». Ainsi, il explique que nos désirs, nos secrets sont refoulés parce qu’ils nous font peur et qu’ils nous procurent un sentiment de honte n’allant pas dans le même sens de notre éducation et sont incompatibles avec notre morale. Mais notre inconscient n’est pas non plus le seul obstacle afin de se connaître soi-même.

C) L’amour propre

L’amour propre que nous nous portons constitue un barrage envers nous-mêmes. La volonté d’une personne est de se sentir toujours meilleur que les autres, nous procurant ainsi un sentiment de supériorité et de commandement envers d’autres personnes. Nous nous sentons donc puissants. Pascal pense que l’homme est plus fort que la nature en disant : « Nous faire Dieu ». Il caractérise l’homme comme un être surpuissant qui aurait tous les pouvoirs et serait surnaturel. Comme Pascal, notre instinct a tendance à nous placer au centre du monde et cela dès notre plus jeune âge. C’est cet égoïsme qui nous permet de nous masquer la vérité et de nous surestimer. Selon Hegel, nous cherchons la reconnaissance ; nous voulons être reconnus par autrui comme quelqu’un qui n’a pas peur et de montrer ainsi que nous sommes la personne la plus apte à dominer. Comme nous voulons dominer le monde, notre orgueil nous empêche de nous connaître nous-mêmes puisque nous nous préoccupons avant tout de notre conquête de félicitations et d’estimes et non de nous connaître tels que l’on est sans cet esprit de compétitions qui règne dans différents milieux. Nous voulons ainsi que tout le monde nous connaisse, que notre image soit parfaite, mais nous nous détournons de ce que nous sommes réellement puisqu’en réalité nous sommes tous des êtres imparfaits. Malgré notre volonté de plaire à tout le monde et de paraître sans défaut, nous avons tous en nous une peur qui nous empêche de nous connaître.

D) La peur

Nous sommes tous angoissés par quelque chose, que ce soit anodin ou non. Certains diront qu’ils ont peur des araignées, de la foule, de la mort, du noir et d’autres répondront qu’ils n’ont peur de rien. Et c’est cela qui les empêche d’avancer dans leur vie puisqu’ils ne veulent pas avouer qu’ils ont peur de quelque chose. Or, l’être humain se caractérise par une certaine angoisse, selon Martin Heidegger, philosophe allemand. La peur correspond à un attachement au passé, puisque nous avons une appréhension du nouveau et de l’inconnu. Freud a analysé cette peur comme un traumatisme infantile. Selon lui, les expériences douloureuses du passé nous marquent d’une empreinte durable et c’est cela qui nous empêcherait de nous connaître soi-même, car nous ne pouvons pas avancer correctement dans la vie nous méfiant toujours de tout. Ferdinand Alquié aussi pense que l’on a tous peur de l’inconnu, que l'on préfère le passé au futur. Mais il ne faut pas se réfugier dans le passé parce que c’est ce qui nous bloque et ce blocage nous empêche ainsi de nous connaître soi-même. Apprendre à se connaitre, ce n’est pas seulement ajouter des savoirs, mais enlever des obstacles.

Conclusion



Se connaître, c’est avant tout réfléchir sur notre vie passée et future. Mais pour cela, pour prendre conscience réellement qui nous sommes, nous avons besoin de réfléchir seuls, mais également avec l’aide d’autres personnes. Nous avons pu voir que divers obstacles apparaissent au cours de notre chemin, tels que les sens, l’amour-propre. Nous sommes sans arrêt en quête du bonheur. Nous ne pouvons pas réellement nous connaître nous-mêmes, car nous avons du mal à porter un regard critique envers soi, étant donné que nous voulons sans cesse être valorisés. Se connaître soit même est une chose que l’on peut faire par le biais des conflits, les mythes… pour pouvoir se connaître seul, il faut avant tout se remettre en question.
« L’homme est à la fois le plus proche et le plus éloigné de lui-même. », disait Saint-Augustin et cela nous montre donc que nous sommes à la fois capables et incapables de nous connaître seuls. En effet, l’expérience n’est plus suffisante face à cette quête.

Bibliographie indicative



Les Confessions de Saint Augustin (Poche - 7 janvier 1993)
Le Rationalisme de Spinoza de Ferdinand Alquié (Broché - 1er décembre 1998)