Obéir est-ce renoncer à sa liberté ?

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Note du corrigé :
  • Note actuelle 4.69/5

Proposé par : absentem (Elève)

 

Description :
Devoir de terminale L, note 16,5

 

L'idée populaire inculque à l'individu lambda que sa liberté se trouve bafouée lorsqu'il se soumet à l'obéissance. Cette soumission est en effet celle qui rappelle amèrement l'idée passée d'esclavage. Il est vrai néanmoins que la condition de liberté se forme lorsqu'il y a absence de contraintes de façon naïve et que l'obéissance est une sorte d'assujetion évidente. Donc si l'on en croit cette notion, lorsque je brûle un feu rouge, j'acquière une liberté, mais quelle liberté ? La liberté de provoquer un accident grave, la liberté de tuer, la liberté de périr. Peut-on expliquer où se trouve la liberté lorsque probablement quinze ans durant les quatre murs d'une cellule seront mes seuls compagnons ? Ou encore où se trouve la liberté lorsqu'une éternité durant les six parois de ma sépulture seront mes seuls compagnons ? Mais alors si la désobéissance ne constitue pas une forme de liberté, et que l'obéissance est une atteinte à celle-ci, où se trouvent nos libertés ? Le choix d'obéissance est-il réellement une renonciation à celle-ci? On assiste alors à la confrontation de deux noumènes celui de l'obéissance et celui de liberté; mais en se penchant sur le sujet dans une seconde partie on établira un "terrain d'entente" entre celles-ci; pour continuer sur une ultime étape de cette progression sur le fait que ces deux notions se trouvent très certainement fusionnelles, dépendantes l'une de l'autre.


Dans l'absolu et à première vue les deux noumènes s'opposent, se contredisent, mais pas uniquement au niveau de l'idée mais également tout au long du processus qui le définit. Car l'homme est un sujet car doué de conscience, de raison, c'est cela qui le rend "libre" au monde; par réfutation l'obéissance ne se trouve être qu'une cessation de soi, en obéissant on se soumet à une volonté imposée de l'extérieure, ce qui les rend incompatibles. Dans le prolongement de ces procédures contradictoires, la conscience dont bénéficie l'homme lui permet un recul face à la réalité, il possède une volonté; tandis que soumission suppose une autorité décisive, "quelqu'un de plus haut placé que moi" : tout se hiérarchise, or cette hiérarchisation écrase incontestablement toute tentative d'imposition de sa volonté. De même les hiérarchies ne fonctionnent que sous les menaces de sanctions incontestables, alors que la volonté donne naissances aux choix lorsque l'on a la possibilité d'envisager d'autres possibilités; on se trouve ici face à une opposition entre les sanctions qui sont une cessation de liberté et le choix qui est la définition même de la liberté.
Tout en progressant dans cette lancée on reconnaît (comme référé sommairement plus haut) que l'obéissance s'affilie à une sorte de servitude, une soumission; étant donné que l'homme est un sujet, un être de conscience, il devient responsable et lucide, et cette servitude se trouve contradictoire à toutes les conditions de liberté que l'homme croit posséder. Prenons l'exemple de l'esclave sous l'empire romain, il n'est considéré comme un homme, car son état de servitude lui ôte tout caractère définissant son humanité par l'absence de liberté. Dans cette sorte de démonstration et par le fait que la vie quotidienne est remplie d'autorités auxquelles on se soumet, peut-on envisager une sorte d'alternative garantissant un minimum de liberté ?
Puisque l'obéissance nuit à ma liberté, la désobéissance m'apporte peut-être un équivalent de liberté cela est rendu visible dans tous les exemples de révolutions, de rébellion, là où l'on renverse un pouvoir oppressant, pour en instaurer plus de libertés. Nous avons l'exemple de la révolution française qui renversa la monarchie absolue pour instaurer les bases d'une république afin qu'elle en devienne une. La liberté au prix de la désobéissance s'avère réelle, l'obéissance oppresse ma liberté non seulement mais elle m'enlève ma condition humaine, mais si la désobéissance est ma solution qu'arrive-t-il à l'exemple cité précédemment lorsque je brûle un feu rouge ? Pourquoi donc créons nous nos propres souffrances en créant des lois, en ordonnant ?


Dans l'exemple du feu rouge, on a pu noter que la désobéissance ne conduit pas à une liberté assurée, si c'est le cas, c'est qu'il y a sûrement des cas où l'obéissance trouve son utilité, puisqu'en respectant ce feu rouge de me préserve d'un accident. En effet l'obéissance peut être conciliable avec ma liberté, par exemple lorsqu'elle se trouve utile, elle peut être fonctionnelle. L'homme s'il obéit, ce n'est en permanence à "contrecœur", il sait également lorsque cette obéissance lui rend service, lorsqu'elle le protège : par exemple dans l'œuvre La bicyclette bleue de Régine Desforges, à l'époque de la seconde guerre mondiale lorsque l'heure des couvre-feux arrive, plus personne ne doit circuler dans le but de ne pas courir le risque d'être pris entre les feux ennemis. Les français obéissaient à ce couvre-feu en pleine conscience de la sécurité que cette obéissance impliquait. Obéir peut donc être pour le bien de l'homme, mais il peut encore y avoir des compatibilités évidentes entre ces termes "antonymes" d'obéissance et de liberté.
Il est des cas où l'obéissance est non seulement utile et fonctionnelle mais où elle peut être utilisée, et mise au service d'une stratégie. L'on propose alors deux cas parmi d'autres, celui d'une obéissance à la nature d'abord. Bacon mis cette évidence en valeur en disant : "on ne commande à la nature qu'en lui obéissant", c'est en respectant les lois naturelles que l'on peut en user au profit de l'homme, tel que la science le fait autant la médecine, que la biologie, que d'autres domaines comme l'agriculture voir même la psychanalyse. Le deuxième cas est un cas de société ou de politique, car dans une hiérarchie, un bon moyen de protestation se trouve être de la respecter, car en obéissant à celle-ci on peut se permettre de gravir les échelons, et c'est en gravissant les échelons que l'on arrive aux places où les protestations prennent de l'ampleur. Prenons le cas concret d'un élève d'internat qui avait en tête de changer les désagréments que ce système scolaire lui portait, en grandissant, il se dirigea alors vers la profession d'enseignant, et retourna dans cet établissement à cette place, jusqu'au jour où il finit par ambitionner la place de directeur du pensionnat et l'obtint; c'est alors qu'il eut les moyens de changer ce qui, des années plus tôt avait fait l'office de protestation. [NB : ce n'est pas pour autant qu'il réussit réellement, mais on garde espoir qu'il y travaille] C'est également le cas de toute hiérarchie, sociale ou politique. Donc si nous obéissons à une hiérarchie pour réaliser un projet, atteindre un but, c'est que nous faisons le choix de le faire, si cette obéissance mène finalement à ma liberté, est-ce encore une contrainte ?


Finalement est tourné le problème dans un autre sens, puisque ma liberté ne peut exister en l'absence de contraintes préalables, la liberté ne s'acquiert qu'avec l'obéissance aux échelons à gravir. C'est un choix, l'homme produit de par sa conscience, d'autres alternatives, d'autres possibilités à envisager, il forme des buts, des objectifs, et sa volonté lui permet de passer outre les contraintes, il devient alors responsable. Ces objectifs seront ce que l'homme aura fait de sa facticité, et pour les atteindre ils nécessitent un certains nombre de contraintes, ces choix que l'homme fait ne sont que l'en produisant certaines contraintes, nous choisissons nos contraintes. Dostoïevsky aborde cette notion dans son œuvre Les frères Karamzov lorsque qu'il explique le choix d'Aliocha pour la vie monastique : "le pénitent subit volontairement cette épreuve, ce dur apprentissage, dans l'espoir, après un long stage, de se vaincre lui-même, de se dominer au point d'atteindre enfin, après avoir obéi toute sa vie, à la liberté parfaite, c'est-à-dire à la liberté vis-à-vis de soi même, et d'éviter de sort de ceux qui ont vécu sans se trouver en eux-mêmes".
Si l'homme a le choix de la désobéissance, il a également le choix de l'obéissance, c'est cette faculté que la volonté de l'homme et son libre arbitre produisent : "Alors que tout me pousse à vouloir le bien et le vrai, je peux choisir le mal et le faux" à la manière de Descartes. Prenons un exemple d'une extrême mauvaise foi tiré des Liaisons Dangereuses de Choderlos de Laclos dans une des lettres de Valmont adressée à la présidente de Tourvelle connue pour son célèbre "Ce n'est pas ma faute" où il délègue toute culpabilité dans le fait que "les choses fanent et se lassent, ce n'est pas ma faute" dans cette lettre de rupture. Ceci est qualifié de mauvaise foi, ce personnage est un salaud aux yeux de philosophes. L'homme est responsable, sa liberté est contrainte et obéissance, contraintes et obéissances sont ses choix.

Reprenons une partie de la citation de Dostoïevsky, lorsqu'il mentionne "la liberté vis-à-vis de soi même", cette remarque est particulièrement pertinente dans la mesure où l'homme finalement n'obéit qu'à lui-même, il obéit à sa conscience, donc à ses choix, puis à sa volonté pour atteindre ses buts. Rousseau nous dit alors que "l'obéissance à la loi que l'on s'est prescrite est liberté". En ce qui concerne donc les obéissances extérieures, elles deviennent siennes car faisant partie de son projet. Il s'approprie les contraintes, ce qui en fin de compte ce ne sont plus des contraintes car il en fait le choix. Elles deviennent ses décisions, "la liberté consiste à vouloir que les choses arrivent non comme elles nous plaisent mais comme elles arrivent". La mort de Sénèque illustre ces évidences, au 1er siècle après JC sous l'empire romain gouverné alors par Néron lorsque ce dernier lui donne ordre de se tuer. En tant que stoïque par excellence il s'accorde à respecter cet ordre en se l'appropriant dans sa totalité, son suicide ne sera plus l'ordre de l'empereur mais son désir profond, il l'accepte donc sans la moindre réfutation et s'ouvre les veines à plusieurs reprises avant de décéder. C'est alors réellement une "liberté vis-à-vis de [lui] même".


Quand bien même est démontré que l'on est libre malgré les contraintes dont on croit souffrir; sur le long parcours de l'homme dans la recherche de sa liberté, il ne trouve aucune liberté absolue, une liberté relative certes, et de nombreuses libérations qui sont alors ce pour quoi il avance. Ces libérations mêmes sont celles qui forment son essence, qui le fondent en tant que Vivant au plus large sens du terme. Mais où tout cela le conduit-il?