Freud, Métapsychologie : l'hypothèse de l'inconscient (1)

Date d'ajout : 10/11/2010 • 338 vues
Texte étudié :

«On nous conteste de tous côtés le droit d'admettre un psychisme inconscient et de travailler avec cette hypothèse. Nous pouvons répondre à cela que l'hypothèse de l'inconscient est nécessaire et légitime, et que nous possédons de multiples preuves de l'existence de l'inconscient. Elle est nécessaire, parce que les données de la conscience sont extrêmement lacunaires; aussi bien chez l'homme sain que chez le malade, il se produit fréquemment des actes psychiques qui, pour être expliqués, présupposent d'autres actes qui, eux, ne bénéficient pas du témoignage de la conscience. Ces actes ne sont pas seulement les actes manqués et les rêves, chez l'homme sain, et tout ce qu'on appelle symptômes compulsionnels chez le malade; notre expérience quotidienne la plus personnelle nous met en présence d'idées qui nous viennent sans que nous en connaissions l'origine, et de résultats de pensée dont l'élaboration nous est demeurée cachée. Tous ces actes conscients demeurent incohérents si nous nous obstinons à prétendre qu'il faut bien percevoir par la conscience tout ce qui se passe en nous en fait d'actes psychiques; mais ils s'ordonnent dans un ensemble dont on peut montrer la cohérence, si nous interpolons les actes inconscients inférés. Or, nous trouvons dans ce gain de sens et de cohérence une raison, pleinement justifiée, d'aller au-delà de l'expérience immédiate. Et s'il s'avère de plus que nous pouvons fonder sur l'hypothèse de l'inconscient une pratique couronnée de succès, par laquelle nous influençons, conformément à un but donné, le cours des processus conscients, nous aurons acquis, avec ce succès, une preuve incontestable de l'existence de ce dont nous avons fait l'hypothèse.»

Freud, Métapsychologie



Note du corrigé :
  • Note actuelle 5.00/5

Proposé par : Chrismartienne (Elève)

 

Description :
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Les rêves, les symptômes des névrosés, les lapsus montrent que la conscience est lacunaire. On ne peut pas toujours les expliquer lorsqu’ils surviennent. Ainsi admet-on souvent l’existence de l’inconscient pour interpréter des actes ou des pensées dont le sujet n’est pas conscient mais qui motivent ses rêves, sa maladie ou encore ses lapsus.
L’idée fondamentale de Sigmund Freud est que l’inconscience est nécessaire pour interpréter ces phénomènes car les preuves de son existence sont irréfutables. Autres que les rêves et les symptômes de maladies psychiques, le fondateur de la psychanalyse évoque, entre autres, l’origine de nos pensées.
Admettre l’existence de l’inconscient est-il absolument nécessaire dans l’explication de certains phénomènes alors que ce sont des phénomènes conscients ou bien, au contraire, peut-on affirmer que ce sont des effets du corps sur l’esprit ?
Après avoir exposé la contestation engendrée par le fait d’admettre cet inconscient et justifier son existence en énonçant qu’il est nécessaire et légitime du fait des difficultés de la conscience, Freud annonce un raisonnement qui aboutirait à des preuves.
Afin de juger l’hypothèse défendue par le philosophe autrichien, nous devrons répondre à quelques questions : L’inconscient peut-il être connu rationnellement ? Comment trouver des preuves de son existence alors que ses conséquences seraient justement hors de notre conscience ? L’existence d’un psychisme inconscient signifierait-il que nous sommes dirigés pas des pulsions et des sentiments qui sont inconscients ? La raison et la volonté ne nous permettent-ils pas de ne pas céder à nos instincts et à nos passions ?


Dans la première partie de son texte, Freud dit que le droit d’admettre l’inconscient est très contesté mais il affirme que son hypothèse est à la fois nécessaire et à la fois légitime.
En effet dans sa première phrase il pose le problème soulevé par son hypothèse, souvent contestée : pour le dix-neuvième siècle, l’hypothèse de l’existence de l’inconscient est une révolution qui blesse en quelque sorte l’homme. Après Copernic qui montra que la Terre n’était pas le centre de l’univers, Freud dit que le moi n’est pas maître chez lui. Pour lui, nous ne sommes pas les maîtres de nos pensées, et le moi conscient n’est pas le centre véritable du sujet. Le philosophe, pour répondre à cette contestation, énonce dans sa deuxième phrase deux thèses : « l’hypothèse de l’inconscient est nécessaire et légitime » et « nous possédons de multiples preuves de l’existence de l’inconscient. ». L’esprit du lecteur est alors appelé à se questionner : Pourquoi cette hypothèse est-elle nécessaire ? A quoi est-elle nécessaire ? En effet, on pense souvent que s’il y a quelque chose de nécessaire, c’est de vivre. Or comprendre chacune de nos pensées et chacun de nos actes n’est pas une nécessité pour vivre. La plupart des gens ne comprennent pas nombre de phénomènes et ne sont pas plus malheureux que d’autres pour ça. Ensuite comment peut-on trouver des preuves rationnelles sur une existence inconsciente ? Et quelles sont-elles ? En effet, ces preuves seraient des phénomènes qu’un psychanalyste interpréterait. Mais on peut penser que ces interprétations sont purement subjectives ou même imaginaires.
Pour répondre à ces objections, comme Freud le fait dans la suite du texte, on peut dire que l’inconscient nous gouverne même si nous ne le savons pas. Si nous refoulons certains sentiments, ceux-ci reviennent nous troubler sous forme de symptômes. Nos motivations profondes nous échappent, l’inconscient joue un grand rôle dans nos actes, mais nous préférons l’ignorer pour avoir l’illusion d’être maîtres de notre comportement. Freud semble donc penser que nous sommes dirigés par des sentiments inconscients et que la psychanalyse est une science qui permet d’interpréter les symptômes.
D’ailleurs, c’est à répondre à la question sur la nécessité de l’existence de l’inconscience que la troisième phrase du texte sert. En effet, l’auteur pose ici son premier argument : « les données de la conscience sont extrêmement lacunaires ». La conscience désigne la connaissance que nous avons de nos sentiments ou de nos actes, mais également la connaissance de leur valeur morale. On peut aussi considérer la conscience comme principe, sujet et condition de toute expérience possible, ou bien comme effet, résultat de nos déterminations. Ce premier argument, qui soutient donc la thèse de la nécessité de l’existence de l’hypothèse, signifie que nous ne connaissons pas tous nos sentiments, tous nos actes ou alors que nous ne sommes pas capables de juger les bons des mauvais. Il signifie aussi que quelque soit les expériences que l’on connaît, c’est l’inconscient qui les gouverne, du moins en partie. On peut par conséquent penser qu’ici, Freud suggère que la nécessité exprimée dans sa première thèse s’explique par un manque de connaissance sur soi-même. Mais est-ce vrai ? S’il y a quelque chose dont nous pouvons être surs, n’est-ce pas le fait de se connaître soi-même ? C’est pour répondre à cette nouvelle objection que sert la deuxième partie de cette phrase : « aussi bien chez l’homme que chez le malade, il se produit fréquemment des actes psychiques qui, pour être expliqués, présupposent d’autres actes qui, eux ne bénéficient pas du témoignage la conscience ». En quoi de tels actes prouvent-ils un manque de connaissance sur soi-même ? Le raisonnement de Freud pourrait être celui-ci : même si nous ne sommes pas malades, l’inconscient se manifeste. Par exemple, dans le sommeil, pendant lequel la vigilance de la conscience diminue. Parfois, nous faisons des rêves sans queues ni têtes, mais qui symboliseraient en fait des désirs ou des peurs que nous aurions limités à un état de veille. Quand nous faisons un lapsus, nous exprimerions ce que nous pensons vraiment. Ou encore lors des actes manqués, lorsque nous oublions un rendez-vous.
Le premier argument de Freud qui clôture la première partie, que nous avons découpé arbitrairement dans le texte, pourrait se résumer ainsi : nier l’existence de l’inconscient est difficile. En effet, nous ne savons pas toujours pourquoi nous agissons de telle ou telle manière. Il est donc évident qu’une bonne partie de mon fonctionnement psychique est inconscient, comme le prouvent certains souvenirs, rêves, lapsus, ainsi que bon nombre d’actes que nous ne parvenons pas à expliquer. Cependant, nous rencontrons alors de nouveaux obstacles dans le raisonnement : à supposer que l’inconscient existe vraiment, l’homme ne peut-il pas toujours dominer ses pulsions par la raison et la volonté ? Ensuite la théorie de l’inconscient présuppose qu’une partie de notre personnalité nous échappe, que nous ne pouvons jamais nous connaître nous-même totalement. Or une telle supposition nous laisse dans une sorte de flou : Sur quoi puis-je fonder ma connaissance et mon action si je ne sais pas vraiment qui je suis ? De plus, les actes évoqués par Freud comme inconscients sont généralement conçus comme symptômes de maladies psychiques. Admettre que l’inconscience serait présent en chacun de nous ne signifierait-il pas admettre que nous sommes tous, en quelque sorte, malades ?


Dans le deuxième partie de son texte, Freud expose sa réponse tout en énonçant une façon de trouver les preuves de l’existence de l’inconscience : l’erreur des hommes, d’après lui, est dans la manière de percevoir des actes psychiques par la conscience.
Il faut tout d’abord distinguer l’homme sain du malade, ce qui répondra alors à une des difficultés énoncées ci-dessus. C’est dans la première partie de la phrase suivante que Freud distingue les deux cas : « Ces actes ne sont pas seulement les actes manqués et les rêves, chez l’homme sain, et tout ce qu’on appelle symptômes psychiques et phénomènes compulsionnels chez le malade ». En effet, pour lui, ces actes qui prouveraient l’existence de l’inconscient chez l’homme sain ne sont en aucun cas identiques aux symptômes tels que troubles nerveux, hallucinations, autopunitions, angoisses etc. d’un malade. On explique souvent certains troubles psychologiques comme un résultat d’un conflit entre l’idée que nous avons de nous-même et notre inconscient, s’il existe. On dit que lorsque nous refoulons certains sentiments ou souvenirs qui nous gênent, ils risquent de provoquer les symptômes précédemment énoncés. Or pour Freud, l’inconscient se manifeste et ce, même si nous ne sommes pas malades.
Cependant on peut alors se demander quels sont ces actes, s’ils ne sont pas rêves ou actes manqués. La suite de la phrase répond à cette question : « notre expérience quotidienne la plus personnelle nous met en présence d’idées qui nous viennent sans que nous en connaissions l’origine, et de résultats de pensée dont l’élaboration nous est demeurée cachée. » Donc l’origine de nos pensées et idées serait une réponse. Pourtant on considère que lorsque nous pensons à quelque chose, il y a une raison. En effet, un évènement passé ou futur, une expérience, une envie… Quant à leur élaboration, on dit souvent qu’il s’agit du domaine du scientifique et que l’homme se caractérise par la domination de la raison. Mais le raisonnement de Freud nommait nos pensées et idées, instincts et pulsions. Or une des certitudes de l’homme est qu’en tant qu’homme libre, nos instincts sont toujours dominés par la volonté et la raison. Descartes disait lui-même que : « la volonté est tellement libre de sa nature qu’elle ne peut jamais être contrainte ». Donc la théorie de l’inconscient et la psychanalyse n’est pas scientifique. Certes, nous ne nions pas que les hommes n’aient pas d’instincts et de passions mais ce sont des actes conscients qui proviennent de nos sentiments.
Cependant il est vrai que ces actes peuvent nous parvenir comme parfois étranges et que l’on se demande d’où ils viennent. Pourquoi cela ? L’expression suivant en explique la raison : « Tous ces actes conscients demeurent incohérents et incompréhensibles si nous nous obstinons à prétendre qu’il faut bien percevoir par la conscience tout ce qui se passe en nous en fait d’acte psychiques ». Le point de vue de Freud est alors clair : le problème de l’homme est qu’il s’obstine à essayer de comprendre absolument tout à l’aide de sa conscience. Il ne considère en aucun cas qu’une force inconscient puisse le dominer et peut-être même le diriger. La théorie freudienne nie alors le sujet libre et autonome tels que l’ont pensé d’autres comme Descartes, Kant ou encore Sartre. En effet, un être qui se laisse gouverner par des forces inconscientes n’est pas libre, pense-t-on. L’homme considère que, à supposer que l’inconscient existe, la volonté domine l’inconscient tout comme l’esprit domine le corps. Mais en aucun cas, un homme pense qu’il n’a pas le contrôle absolu sur lui-même. Cette dernière certitude ressort du problème de la connaissance de soi. Or on nous enseigne que la raison est la voie royale pour atteindre une meilleure connaissance de soi. Le fait que l’origine de nos pensées et idées puisse nous échapper remet en cause une façon de penser.
Cependant, ne peut-on pas trouver une cohérence dans la théorie de Freud ? N’est-il pas vrai que certains actes, et surtout leur origine nous échappent ? La suite de l’expression nous donne le début de la solution pour admettre une telle hypothèse : « mais ils s’ordonnent dans un ensemble dont on peut montrer la cohérence, si nous interpolons les actes inconscients inférés ». Ainsi l’existence de l’inconscience ne serait pas purement subjective ou imaginaire car les actes inconscients seraient tirés d’une conséquence. Le raisonnement se tiendrait donc. En effet, si nous considérons des actes tels que les lapsus comme conséquence d’un désir refoulé, alors le rôle d’un inconscient est admissible. Mais à quoi nous mène un tel raisonnement ? Même si l’on admet une existence d’un inconscient, à quoi cela servirait-il donc ? Freud y répond dans la phrase suivant : « Or, nous trouvons dans ce gain de sens et de cohérence une raison pleinement justifiée, d’aller au-delà de l’expérience immédiate ». Ce serait donc tout d’abord une nouvelle connaissance, une autre façon de comprendre et d’expliquer des évènements. Mais surtout, l’admission d’une telle hypothèse permettrait de dépasser le stade de « l’expérience immédiate », d’avoir la possibilité d’interpréter et d’analyser ces actes. C’est à la fois excitant, passionnant et effrayant.
Mais serait-ce suffisant pour prouver une telle existence ? Freud avait du penser à cela et ajoute à son texte : « Et s’il s’avère de plus que nous pouvons fonder sur l’hypothèse de l’inconscient une pratique couronnée de succès, par laquelle nous influençons, conformément à un but donné, le cours des processus conscients ». N’oublions que même pour Freud, l’inconscient n’était qu’une hypothèse, en laquelle il croyait bien sur, mais tout de même une hypothèse qu’il cherchait à prouver. En effet, il sait que c’est par le biais des processus conscients qu’il pourra convaincre les hommes. Ainsi cherche-t-il une expérience, ou une pratique, qui jouerait sur le comportement de la conscience. Il conclut alors : « nous aurons acquis, avec ce succès, une preuve incontestable de l’existence de ce dont nous avons fait l’hypothèse. » Voila donc la démarche qu’a suivie Freud pour tenter de justifier son hypothèse sur l’existence de l’inconscient. A-t-il trouvé par la suite une telle pratique ? Le texte ne le dit pas. On peut résumer son raisonnement ainsi : il y a certains actes de tous les jours dont nous sommes dans l’impossibilité d’expliquer. Pourquoi cela ? Qu’est-ce qui nous en empêche ? Nous pourrions faire l’hypothèse d’une existence échappant à notre conscience et qui peut-être même qui peut parfois nous diriger. Cependant, pour admettre une telle hypothèse, il faudrait commencer par essayer de ne pas tout analyser comme des faits conscients. A ce raisonnement manque une preuve concrète qui permettrait de prouver le rôle de l’inconscient sur les actes conscients. Et alors, Freud détiendrait une preuve irréfutable de la validité de son hypothèse.


Le problème abordé dans ce texte est donc celui de savoir si l’existence de l’inconscient est une hypothèse valable ou bien au contraire, si les contestations qu’elle engendre sont réalistes.
Après avoir déterminé les principaux attraits et arguments de cet inconscient hypothétique, Freud énonce son raisonnement et celui qu’il faudrait adhérer afin de prouver une preuve « incontestable ». Cela affirmerait que nos actes conscients sont gouvernés par une force qui nous échappe. Toutefois, le fait qu’une partie de nos sentiments soient inconscients ne signifie pas que nous soyons le jouet de forces instinctives obscures ni que nous ne soyons pas libre de nos décisions et de nos actes. Ce qu’il manque alors à l’auteur, c’est une preuve scientifique, incontestable.

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Copie élève de eadems. Note : 4/5.

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