Nietzsche, Humain, trop humain : le danger de la fortune

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Texte étudié :

«Seul devrait posséder celui qui a de l'esprit: autrement, la fortune est un danger public. Car celui qui possède, lorsqu'il ne s'entend pas à utiliser les loisirs que lui donne la fortune, continuera toujours à vouloir acquérir du bien: cette aspiration sera son amusement, sa ruse de guerre dans la lutte avec l'ennui. C'est ainsi que la modeste aisance, qui suffirait à l'homme intellectuel, se transforme en véritable richesse, résultat trompeur de dépendance et de pauvreté intellectuelles. Cependant, le riche apparaît tout autrement que pourrait le faire attendre son origine misérable, car il peut prendre le masque de la culture et de l'art: il peut acheter ce masque. Par là il éveille l'envie des plus pauvres et des illettrés - qui jalousent en somme toujours l"éducation et qui ne voient pas que celle-ci n'est qu'un masque - et il prépare ainsi peu à peu un bouleversement social : car la brutalité sous un vernis de luxe, la vantardise comédien, par quoi le riche fait étalage de ses "jouissance de civilisé" évoquent, chez le pauvre, l'idée que l'argent seul importe, - tandis qu'en réalité, si l'argent importe quelque peu, l'esprit importe bien davantage.»

Nietzsche, Humain, trop humain - II, opinions et sentences mêlées : §310



Note du corrigé :
  • Note actuelle 4.00/5

Proposé par : mikra (Elève)

 

Description :
Fait par élève. Copie entièrement retranscrite. Note obtenue : 14/20.

 

Introduction



Dans ce texte, tiré de Humain, trop humain, Friedrich NIETZSCHE développe une théorie sur les conséquences négatives du fait « d’avoir du bien », c’est-à-dire sur le fait de posséder des richesses. Cet écrit se compose donc de différentes parties grâce à lesquelles l’auteur construit la progression de son argumentation. Ainsi, l’auteur nous dévoile le problème engendré par la possession de biens. On peut ainsi distinguer trois parties qui seront les parties de cette étude de texte. D’une part, Nietzsche nous dévoile sa thèse et le problème engendré par la richesse sur les individus qui la possède. D’autre part, il explique le danger de la possession de richesses. Enfin, l’auteur développe les conséquences désastreuses de ce problème sur les populations pauvres et incultes.

Première partie



Dans sa première partie, de « seul qui a de l’esprit … » à « … sa lutte contre l’ennui. », Nietzsche nous dévoile sa thèse et un des problèmes engendré par la richesse sur les individus qui la possède.

Selon lui, la possession de biens doit être liée à la possession d’esprit : l’individu doit être capable de raisonner, c’est à dire d’exercer une activité philosophique, comme faire l’examen critique d’une chose, d’un fait ou d’un phénomène. Dans le cas contraire, où un possédant n’aurait pas d’esprit, il nous explique que cet individu deviendrait un « danger public », une menace pour l’existence d’autrui mais aussi pour la sienne : D’une part, du fait que sa possession peut engendrer l’envie chez certains individus (idée reprise et expliquée au §3). D’autre part, la possession de biens peut être un danger pour le possédant lui-même : étant sans esprit, ce dernier « continuera toujours à aspirer à la possession » dans la mesure où il ne sera satisfait que par la simple acquisition de son bien au lieu de jouir des avantages de cette acquisition. C’est le cas de l’enfant en bas-âge qui ne se soucie que de ses désirs spontanés dit « illusoires ». Cet enfant sera donc heureux durant toute la période précédant le moment où un autre désir illusoire naîtra. De la sorte, ce besoin d’accumuler des biens deviendra « le divertissement » de notre individu, le moyen d’écarter de son esprit les problèmes de la vie tel que l’ennui ; mais aussi, le moyen de se détourner du réel face aux caractères tragiques (la fuite du temps, la mort inévitable, l’hyper-complexité du réel). Dans la mesure où notre individu n’accepte pas le réel et préfère se divertir par la recherche et l’acquisition de richesses, la possession deviendra alors un double danger pour lui puisque cette envie de posséder ne pouvant être comblée, l’homme peut alors s’ennuyer de la vie, ressentir une certaine lassitude (causes de certains suicides), et de surplus, en refusant le réel, l’homme ne peut espérer trouver le bonheur. Ainsi, « son stratagème dans sa lutte contre l’ennui » n’est nullement efficace.

Deuxième partie



Dans sa seconde partie, de « la possession modeste …» à « … elle peut l’acheter. », Nietzsche explique le danger, naissant, de la simple possession.

Selon Nietzsche, même « la possession modeste » peut être nuisible. Pour la plupart des individus, la possession de biens est un signe de richesse du fait que chaque objet matériel peut être évalué précisément en terme d’argent, mais aussi en terme de culture. Ce phénomène est d’autant plus fort dans les pays capitalistes où le but principal est la recherche constante de profits. La possession permet donc aux individus d’évaluer ceux que Bourdieu qualifie de capital économique (somme du patrimoine et des revenus) et de capital culturel (somme théorique du niveau de diplôme et du niveau des connaissances du monde) ; ce que les individus appellent couramment « richesse ». Or, ce que ces derniers ignorent c’est que le terme de « richesse » est ambivalent : aux yeux de tous, celui qui possède de nombreux bien apparaît riche économiquement et intellectuellement (ou culturellement), et vice-versa, celui qui possède peu apparaît pauvre économiquement et intellectuellement. C’est pourquoi Nietzsche qualifie la richesse de « résultat spécieux (trompeur voire vicieux) de la dépendance et de la misère intellectuelles ». Dans mon dernier exemple, nos deux individus apparaissent l’un riche et l’autre pauvre, en fait. En réalité, ce n’est qu’une apparence puisque l’objet peut paraître être ce qu’il n’est pas ; d’où l’importance de distinguer l’être et le paraître car ce phénomène d’imitation concerne de nombreux biens tels que les CD gravés, les faux tableaux, contre-façon de vêtements de marque, … Comme l’affirme Nietzsche, l’origine réelle d’un bien peut être « masquer » pour de nombreuses raisons, dont celles de paraître plus riche ou plus « à la mode », et par de nombreuses manières, dont l’argent, que l’auteur qualifie de « masque ». Par conséquent, assimiler possession d’un bien à richesse équivaudrait dans certains cas à une tromperie.


Troisième partie



Enfin, l’auteur développe les conséquences désastreuses de ce phénomène d’imitation sur les populations pauvres et incultes, dans une troisième partie, de « Par là, … » à « …, mais beaucoup plus l’esprit .»
Dans la dernière partie de son texte, Nietzsche explique le danger de la possession mais cette fois-ci sur les populations non possédante, « les pauvres », et/ou les populations sans esprit , « les incultes » : le danger chez ces personnes est donc l’envie créée, non pas par le bien lui-même, mais l’origine de ce bien. Par exemple, celui qui possède un t-shirt de marque américaine comme NIKE sera plus envié, par ces gens, qu’un autre individu ayant un t-shirt démarqué puisque ces produits américains participent à la diffusion de leur modèle caractérisé comme « un idéal » pour ces populations (d’où problème d’immigration). En outre, comme l’explique l’auteur « dans le masque ne voient pas le masque [Les pauvres et les incultes]», si le t-shirt NIKE est une contre-façon, le pauvre ou l’inculte est dupé, sans le savoir, et l’envie, créée par ce faux, persiste ; d’où le danger de cette tromperie (« grossièreté dorée » et « enflure théâtrale ») qui participe à valoriser les valeurs du capitalisme caractérisées par l’importance de l’argent, des capitaux. La richesse est donc la cause « d’un bouleversement social », d’une envie d’imiter les classes dites « supérieures » ou voire même de profiter de « l’ascenseur social ».

Conclusion



Dans ce texte, Friedrich Nietzsche dénonce les nombreux dangers liés à la richesse, aussi bien chez le possédant que chez l’envieux, mais aussi l’importance d’avoir de l’esprit afin d’être capable de rechercher une information, une origine, distinguer le vrai du faux, de trouver la vérité. L’exemple sur la fin de vie « paradoxale » de Nietzsche est frappant et témoigne des nombreux dangers de l’opinion, au sens péjoratif : L’allemand Nietzsche (1844; 1900) est mort avant d’avoir pu terminer son dernier ouvrage centré autour du thème de la volonté de Puissance. L’inachèvement de cette œuvre a permis de multiples interprétations réductrices, récupérées, plus tard, par des idéologues nazis…