Hobbes, Léviathan - chapitre XVIII : Peuple et pouvoir

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Texte étudié :

Mais quelqu'un pourra ici objecter que la condition des sujets est très misérable, car ils sont soumis à la concupiscence et aux autres passions déréglées de celui ou de ceux qui ont un pouvoir si illimité en leurs mains. Et couramment, ceux qui vivent sous un monarque pensent que c'est la faute de la monarchie, et ceux qui vivent sous le gouvernement de la démocratie, ou d'une autre assemblée souveraine, attribuent tous les inconvénients à cette forme de République, alors que le pouvoir, sous toutes les formes, si ces formes sont suffisamment parfaites pour les protéger, est le même. [Ceux qui disent cela] ne considèrent pas que la condition de l'homme ne peut jamais être sans quelque incommodité , et que les plus grandes incommodités, sous quelque forme de gouvernement que ce soit, que le peuple en général puisse connaître, ne sont guère sensibles par rapport aux misères et aux horribles calamités qui accompagnent une guerre civile, ou l'état dissolu des hommes sans maître, sans la sujétion des lois et d'un pouvoir coercitif pour lier leurs mains [et empêcher ainsi] la rapine et la vengeance. Ils ne considèrent pas non plus la plus grande pression exercée par les gouvernants souverains [sur les sujets] ne procède pas de quelque jouissance ou de quelque avantage qu'ils escompteraient du dommage subi par leurs sujets et de leur affaiblissement, leur propre force et leur propre gloire consistant dans la vigueur de ces sujets, mais elle procède de l'indocilité de ces sujets qui sont peu disposés à contribuer à leur propre défense, ce qui rend nécessaire que leurs gouvernants tirent d'eux tout ce qu'ils peuvent en temps de paix, pour pouvoir avoir les moyens, en des occasions imprévues ou en cas de besoin soudain, de résister à leurs ennemis ou de l'emporter sur eux. Car tous les hommes sont par nature pourvus de verres considérablement grossissants (qui sont leurs passions et l'amour de soi) au travers desquels tout petit paiement est une grande injustice, mais ils sont dépourvus de ces lunettes prospectives (à savoir les sciences morale et civile) pour s'assurer, [en voyant] au loin, des misères qui sont suspendues au-dessus d'eux, et qui ne peuvent être évitées sans de tels paiements.

Hobbes, Léviathan - chapitre XVIII



Note du corrigé :
  • Note actuelle 4.00/5

Proposé par : mikra (Elève)

 

Description :
Fait par l'élève. Corrigé complet. Note obtenue : 14/20.

 

Introduction



Dans ce texte, tiré du chapitre XVIII de Léviathan, Thomas HOBBES (1588-1679) affirme que la condition des hommes est misérable, lorsque le pouvoir est absolu et, de ce fait, nous explique en quoi la perception des individus, sur le Pouvoir, est faussée. Cet écrit se compose donc de différentes parties grâce à lesquelles l’auteur construit la progression de son argumentation. Ainsi, l’auteur nous dévoile le problème engendré par le refus d’affranchir ses libertés individuelles contre des libertés collectives et contraignantes. On peut ainsi distinguer deux parties qui seront les parties de cette étude de texte. D’une part, Hobbes nous dévoile la vision négative du pouvoir qu’ont les individus. D’autre part, il explique que la vision individualiste et court terme des hommes, sur le concept de la société, est erronée du fait que l’Etat n’est pas responsable de toutes les incommodités des citoyens.

Première partie



Dans sa première partie, de « On objectera peut-être ici … » à « … ou à la vengeance.», Hobbes nous explique que les individus ont une perception négative du pouvoir puisque celui-ci est perçu comme responsable de tous leurs maux et non comme une instance régulatrice de la vie en société.

Tout d’abord, Hobbes constate que les citoyens attribuent tous leurs désagréments à l’Etat, au pouvoir en place et, de ce fait, ont une vision négative de la politique, qui est « la science, l'art ou la manière de gouverner un Etat ou une société humaine, et d'y organiser le pouvoir ». Mais, les individus négligent le fait que ce n’est pas le rôle de l’Etat de régler « toute espèce d’incommodité », de problèmes de l’individu. Son rôle est de prévoir le futur (court-moyen-long terme) en agissant, à travers des lois collectives, sur le présent par anticipation du futur, afin d’assurer la paix et la sécurité nationale. Le pouvoir est donc nécessaire car les lois répondent à un besoin actuel ou anticipé. Selon Hobbes, les hommes sont, par nature et en l'absence de tout pouvoir coercitif, enclins à une "guerre de chacun contre chacun". Le caractère intenable de cet état de nature, que Hobbes désigne également comme un "état de guerre", pousse les hommes à établir entre eux un contrat civil. En vertu de ce dernier, la force des hommes est transférée à un "pouvoir souverain" (homme ou assemblée) dont la tâche est d'instaurer et de maintenir la paix civile. Comme « le pouvoir appelle le pouvoir », le Souverain est ainsi la garantie que les hommes ne retomberont pas dans l'anarchie de l'état de nature où « L’homme est un loup pour l’homme. »

Deuxième partie



Dans sa seconde partie, de « Ils ne tiennent pas compte …» à « … sans de telles contributions.», Hobbes nous démontre que la condition misérable des hommes provient, en partie, d’une vision à court terme et trop individualiste. Ce manque de conscience morale et politique entraîne une perception faussée du pouvoir et de ses décisions contraignantes

Ainsi, pour vivre en paix, il faut accepter d’échanger quelques libertés individuelles contre des libertés collectives. Mais, étant réticent à la suite de chaque nouvelle limite fixée allant à l’encontre de certaines libertés, les citoyens accusent de plus en plus l’Etat comme étant le seul responsable de tous les maux. Dès que la délégation du pouvoir par le vote aux élus est faite, les citoyens ne se sentent plus concernés et rendre ces élus fautifs dès le moindre problème. Par exemple, suite aux importantes chutes de neige du 23 février 2007, de nombreux individus furent coupé d’électricité, de gaz et de téléphone durant plus de deux jours, et ces citoyens accusés l’Etat de ne pas intervenir rapidement. La vision de l’homme est trop à court terme dans la mesure où l’individu jeune ne veut pas entendre le problème des retraites car il ne se sent pas concerné et se demande pourquoi sera-t-il bientôt interdit de fumer dans les lieux publiques. Cet exemple correspond parfaitement au sujet car cette loi est contraignante pour l’individu fumeur mais elle s’inscrit dans un cadre de santé publique du fait du nombre important de décès chez les fumeurs-passif (ceux qui ne fument pas mais qui ont dans leur entourage des personnes fumeurs). Ainsi, l’homme n’arrive pas à relativiser les faits : impressionné, en premier lieu, par ses passions (aspirations) et son amour de lui-même (amour propre et amour de soi), l’homme ne voit que ce qu’il veut. Eblouis par sa vie, il en oublis qu’il fait lui-aussi partis d’une société formée par de nombreux autres citoyens qui, comme notre individu, vivrent leur vie. Ainsi, les hommes agissent trop dans leur seul intérêt en critiquant toutes les nouvelles réformes, et doivent accepter de se priver, pour le bien commun, afin d’en être plus libres.

Conclusion



Afin de constituer une société en paix, l’homme doit nécessairement limiter la liberté de ses concitoyens. Chacun perd de sa liberté la part qui pouvait le rendre redoutable pour autrui. Dans l’état de nature, les hommes jouissent d’un droit illimité sur toute choses, mais disposant tous du même droit, nul n’est assuré de posséder quelque chose. L’Etat, quant à lui, garantit la sécurité d’un droit de propriété limité par des lois collectives. Cependant, Il n'existe pas dans la philosophie politique de Hobbes une communauté d'hommes prêts à abandonner volontairement leur liberté individuelle pour des lois collectives plus contraignantes. Si l'entité supérieure doit commander aux hommes, elle le fera par nécessité et sans l’avis consenti de ces citoyens. Ainsi Hobbes rompt avec la philosophie d’autres penseurs tel que La Boétie qui estimait que "Le pouvoir ne s'applique qu'avec le consentement de ceux qu'il administre." Par conséquent, pour le philosophe anglais Hobbes la seule manière d’ériger un Etat est que tous confient leur pouvoir et leur force à un seul souverain (homme ou assemblée). Toutes les volontés doivent être réduites à une seule volonté car l’Etat est une unité réelle de tous en une seule et même personne.