Alain, Esquisses de l'homme - Chapitre XLVII : «Il est toujours bon de s'instruire de ce qu'on n'aime pas savoir»

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Texte étudié :

Il ne faut pas orienter l'instruction d'après les signes d'une vocation. D'abord parce que les préférences peuvent tromper. Et aussi parce qu'il est toujours bon de s'instruire de ce qu'on n'aime pas savoir. Donc contrariez les goûts, d'abord et longtemps.
Celui-là n'aime que les sciences; qu'il travaille donc l'histoire, le droit, les belles-lettres; il en a besoin plus qu'un autre. Et au contraire, le poète, je le pousse aux mathématiques et au tâches manuelles. Car tout homme doit être pris premièrement comme un génie universel; ou alors il ne faut même pas parler d'instruction, parlons d'apprentissage. Et je suis sûr que le rappel, même rude, à la vocation universelle de juger, de gouverner et d'inventer, est toujours le meilleur tonique pour un caractère.

Alain, Esquisses de l'homme - Chapitre XLVII



Note du corrigé :
  • Note actuelle 5.00/5

Proposé par : Cesse (Elève)

 

Description :
Sujet personnel. Note: 14. Commentaire du professeur: Un texte etudié, des explications cohérentes, un essai efficace dans son ensemble. Il s'agit d'un sujet type bac technique composé d'une étude de texte, d'une explication de termes et d'une courte dissertation "A quelles conditions un jugement peut-il à la fois répondre à une exigence universelle et exprimer une personnalité?"

 

I. Dégagez l'idée directrice et le plan du texte.



Dans ce texte, Alain défend l’idée que chacun doit tout au long de sa vie chercher à améliorer ses connaissances en tous points, tout particulièrement sur les sujets qui ne lui sont pas familiers. Il aborde en premier lieu la question de la vocation. L’instruction est d’abord une contrainte car si on s’appuie sur les motivations des individus, donc sur leurs désirs on considère que ceux ci ne les trompent pas. Or, nos désirs peuvent être de mauvais guides et s’instruire de nouvelles choses « qu’on n’aime pas savoir » permet de renforcer son esprit critique . L’auteur nous conseille alors de « contrariez les goûts, d’abord et longtemps »
Alain aborde ensuite la finalité universelle de l’instruction et montre ainsi la nécessité de ne pas suivre les vocations: instruire c’est essayer d’élever l’esprit de quelqu’un le plus possible c’est-à-dire élever toutes ses facultés. Il distingue pour cela instruction et apprentissage car l’instruction doit permettre à l’individu « de juger, de gouverner et d’inventer » de manière autonome.

II. Explication de termes



a) Expliquez: "contrariez les goûts, d'abords et longtemps"

L’homme doit pouvoir juger de tout et pour cela contrarier ses goûts, c’est-à-dire orienter son instruction vers ce qu’il « n’aime pas savoir ». Alain exprime dans ce texte la nécessité de diversifier ses connaissances, de ne pas penser que tout est acquis, de chercher a savoir d’avantage pour renforcer son esprit critique. S’instruire n’est pas réservé aux enfants, actualiser ses connaissances est nécessaire pour qu’elles ne deviennent pas inutiles.

b) Expliquez: "tout homme doit être pris premièrement comme un génie universel."

Il justifie ensuite ceci par une définition de « génie universel » qu’il exprime comme la capacité « de juger, de gouverner et d’inventer » quelque soit le sujet car une personne qualifiée ainsi doit avoir des aptitudes de toutes sortes et en tous domaines. Chacun a des aptitudes particulières qu’on est tenté d’accentuer en mettant de coté ses failles. L‘expression « tout homme doit être pris premièrement comme un génie universel » signifie qu’il faut au contraire s’attacher a combler ses lacunes. Alain prend l’exemple du poète qu’il « pousse aux mathématiques et aux tâches manuelles.

III. Sujet de dissertation: A quelles conditions un jugement peut-il à la fois répondre à une exigence universelle et exprimer une personnalité?



Juger fait partie de la vie courante puisque c‘est la faculté de penser, de distinguer le vrai du faux. Mais à quelles conditions cela peut-il à la fois répondre à une exigence universelle et exprimer une personnalité ? S’il est universel, il exprime une généralité non réfutable, s’il est personnel, il n’exprime alors qu’un choix propre à l’énonciateur.
Quelle valeur a un jugement personnel? Qu’en est il de l’exigence universelle? L’un existe-t-il sans l’autre?

Le jugement désigne un acte par lequel notre faculté de connaître se manifeste. Il implique alors bien la personnalité de chacun dans le sens où l'histoire propre à une personne, son caractère jouent un rôle dans la formation d'un jugement. On est alors subjectif, ce sont nos intuitions que l’on exprime. C'est moi qui pense, ce ne sont pas les autres. L’avis sera donc différent d’une personne à l’autre selon les connaissances et l’expérience que chacune a sur le sujet. Prenons pour exemple le cas d’un conflit entre deux pays. Si l’on interroge un homme appartenant au pays X, puis celui du pays Y, leurs avis divergeront obligatoirement car leurs idées, leurs motivations seront nécessairement opposées. Pourtant, si le jugement ne reflétait que notre subjectivité, il serait alors relatif.

Or lorsqu'il s'agit de juger au sens de connaître, l'exigence de vérité et d'universalité qui représente la pertinence de nos jugements nous empêche d'envisager le jugement du point de vue d’un seul sujet particulier, ou bien il y aurait autant de jugements qu'il y a d'individus, et on ne voit pas comment un accord pourrait alors être trouvé. Un théorème mathématique ne peux effectivement pas être autrement qu’universel car il a été démontré irréfutable sous certaines conditions et ne peut pas avoir différentes versions. Il devrait en être de même pour le jugement judiciaire : ne faut- il pas que celui qui juge s'efface devant l’obligation de rendre la justice en toute impartialité ?
Mais lorsque celui-ci rend son verdict, il s’agit d’un jugement réfléchissant, c’est-à-dire qu’il a dû lui-même déterminer si son avis était ou non objectif.

Le jugement doit respecter une ligne directrice, définie par la norme, mais il reste une partie de décision humaine que cette norme ne peut remplacer. Il faut donc se servir d’un cas général et l’appliquer aux cas particuliers, pour que notre jugement soit universel mais aussi personnel.