Stendhal, Le Rouge et le Noir - Livre I, chapitre 7 : La perception de Julien par Mme de Rênal

Dernière mise à jour : 24/03/2017 • 1 186 vues
Texte étudié :

[Mme de Rênal] se figura que tous les hommes étaient comme son mari, M. Valenod et le sous-préfet Charcot de Maugiron. La grossièreté, et la plus brutale insensibilité à tout ce qui n’était pas intérêt d’argent, de préséance ou de croix ; la haine aveugle pour tout raisonnement qui les contrariait, lui parurent des choses naturelles à ce sexe, comme porter des bottes et un chapeau de feutre.

Après de longues années, Mme de Rênal n’était pas encore accoutumée à ces gens à argent au milieu desquels il fallait vivre.

De là le succès du petit paysan Julien. Elle trouva des jouissances douces, et toutes brillantes du charme de la nouveauté, dans la sympathie de cette âme noble et fière. Mme de Rênal lui eut bientôt pardonné son ignorance extrême qui était une grâce de plus, et la rudesse de ses façons qu’elle parvint à corriger. Elle trouva qu’il valait la peine de l’écouter, même quand on parlait des choses les plus communes, même quand il s’agissait d’un pauvre chien écrasé, comme il traversait la rue, par la charrette d’un paysan allant au trot. Le spectacle de cette douleur donnait son gros rire à son mari, tandis qu’elle voyait se contracter les beaux sourcils noirs et si bien arqués de Julien. La générosité, la noblesse d’âme, l’humanité lui semblèrent peu à peu n’exister que chez ce jeune abbé. Elle eut pour lui seul toute la sympathie et même l’admiration que ces vertus excitent chez les âmes bien nées.

À Paris, la position de Julien envers Mme de Rênal eût été bien vite simplifiée ; mais à Paris, l’amour est fils des romans. Le jeune précepteur et sa timide maîtresse auraient retrouvé dans trois ou quatre romans, et jusque dans les couplets du Gymnase, l’éclaircissement de leur position. Les romans leur auraient tracé le rôle à jouer, montré le modèle à imiter ; et ce modèle, tôt ou tard, et quoique sans nul plaisir, et peut-être en rechignant, la vanité eût forcé Julien à le suivre.

Dans une petite ville de l’Aveyron ou des Pyrénées, le moindre incident eût été rendu décisif par le feu du climat. Sous nos cieux plus sombres, un jeune homme pauvre, et qui n’est qu’ambitieux parce que la délicatesse de son cœur lui fait un besoin de quelques-unes des jouissances que donne l’argent, voit tous les jours une femme de trente ans, sincèrement sage, occupée de ses enfants, et qui ne prend nullement dans les romans des exemples de conduite. Tout va lentement, tout se fait peu à peu dans les provinces, il y a plus de naturel.

Stendhal, Le Rouge et le Noir - Livre I, chapitre 7



Note du commentaire :
  • Note actuelle 4.00/5

Proposé par : karinel (Elève)

 

Description :
Commentaire entièrement rédigé en trois parties :
I. Les représentations de l’homme de Mme de Rênal
II. Un processus d'idéalisation
III. L'opposition entre la vie provinciale et la vie parisienne

 

 

Le Rouge et Le noir, ou chronique de 1830 est un roman écrit au 19ème siècle par Stendhal. Le roman décrit le parcours et l’évolution sociale d’un jeune paysan ambitieux nommé Julien Sorel. C’est un jeune homme intelligent et brillant qui grâce au soutien de curé Chélan, va réussir à sortir du milieu de la scierie de son père, où il était maltraité. Il devient alors le précepteur des enfants de Mr de Rênal, maire de Verrière. C’est à ce moment-là qu’il rencontra Mme de Rênal, femme du maire, d’où en ressortira une liaison passionnelle entre les deux êtres. La trame du personnage de Julien et son parcours s’appuient sur des faits réels. En effet en 1827 a lieu le procès d’Antoine Berthet, qui par esprit de vengeance tira sur son ancienne maîtresse lors d’une messe. L’histoire de la vie d’Antoine Berthet va ainsi inspirer à Stendhal le personnage de Julien. Dans l’extrait que nous allons étudier, c’est le personnage de Mme de Rênal qui est mis en avant et sa vision de Julien. Ce passage dans le roman est intéressant car c’est un passage charnière du roman, où la passion amoureuse émerge du cœur de Mme de Rênal. Ainsi il serait intéressant de nous demander de quelles manières, au travers du regard de Mme de Rênal, la naissance de passion amoureuse est-elle mise en scène ? Il s’agira alors d’étudier les représentations de l’homme de Mme de Rênal et de voir que s’il est vrai que la vision de julien de Mme de Rênal s’inscrit dans un processus d’idéalisation répondant à une passion naissante, il n’en demeure pas moins que cette passion amoureuse ne peut prendre place que dans le milieu provincial.

I. Les représentations de l’homme de Mme de Rênal



Cet extrait du rouge et du noir permet de montrer les principaux intérêts des hommes sous la restauration selon la vision de Mme de Rênal. Les représentations de l’homme de Mme de Rênal se font au travers des hommes influents de sa société provinciale ; son mari, Mr Valenod et Mr Charcot de Maugiron. Elle dépeint les hommes comme elle se les « figure », c'est-à-dire comme des êtres insensibles et obsédés par l’ambition. Effectivement elle évolue dans un milieu où les hommes sont des « gens à argent », elle n’a d’autre vision des hommes que celle-ci. Elle décrit les hommes comme des gens ambitieux, à la recherche d’évolution sociale, ce qui est typique de ces milieux bourgeois provinciaux, en effet ce sont des êtres insensibles « à tout ce qui n’était pas intérêt d’argent, de préséance ou de croix ». Ils sont donc en recherche de reconnaissance, faisant d’eux des égocentriques et des orgueilleux. Elle donne finalement une image péjorative de ces hommes mais pour elle ce tableau n’est pas négatif puisqu’il s’inscrit dans la normalité. En effet elle pense que tous ces traits de caractères sont « des choses naturelles à ce sexe », commun à tous les hommes. De plus elle décrit ces hommes comme des personnes peu ouverte d’esprit puisqu’ils ont « la haine aveugle pour tout raisonnement qui les contrariait », ce ne sont pas des personnes en quête de dialogue, et d’évolution spirituelle. Ils ne recherchent pas à faire évoluer leurs opinons en s’arrêtant sur leurs propres raisonnements, ils ont l’air fermé et peu ouvert pour toute discussion. Ce sont des êtres avec « la grossièreté et la plus brutale insensibilité », qui semble montrer au lecteur que ces personnes de cette société n’ont pas de cœur n’étant qu’attentif à leur rang, ce qui se place en opposition avec le caractère de Mme de Rênal. Le passage du chien écrasé montre bien ce contraste entre les deux « mondes » présentés dans le texte ; Mme de Rênal en est bouleversée tandis que son mari en rit : « Le spectacle de cette douleur donnait son gros rire à son mari. ». De plus dans l’extrait, à aucun moment, Mme de rênal associe son mari à la famille mais seulement aux affaires, au domaine de l’argent. Ainsi il semble qu’il soit un mari négligeant envers sa femme. Elle ne trouve aucun point commun avec son mari. Là où dans l’extrait tout le champ lexical du sentimental et de son l’exaltation se rapportent aux sentiments de Mme de Rênal, tout ce qui est matérielle se rapporte à son mari. Par ailleurs elle compare le naturel du caractère de ces hommes au naturel qu’ils ont de « porter des bottes et un chapeau feutre » ; cette comparaison appuyant l’idée que pour ces hommes tout ne se rattache qu’aux apparences, aux rangs et donc au matérielle. Ainsi Mme de Rênal, vit dans une société à laquelle elle s’adapte mal, car « Après de longue années, Madame de Rênal n’était pas encore accoutumée à ces gens à argent au milieu desquels il fallait vivre ». La fin de cette phrase et notamment le « fallait » montre bien qu’elle est dans l’obligation de supporter cette société, malgré le fait qu’elle ne l’aime pas.

Dans les représentations qu’elle se fait des hommes, nous voyons un moment charnière où ces images évoluent et viennent se mettre en opposition avec les anciens. En effet, lorsque Mme de Rênal parle de Julien, le lecteur à l’impression qu’elle le place en opposition directe avec son mari et c’est d’ailleurs « De là le succès du petit paysan Julien ». Rien que par la dénomination « petit paysan », elle ne place pas julien dans le monde d’argent dans lequel elle vit, au contraire elle l’en dissocie, en minimisant son rôle de « paysan » par « petit » ; elle le place en bas de l’échelle sociale. Julien marque une rupture dans les représentations de Mme de Rênal, une rupture déjà annoncée au début de l’extrait par l’utilisation du passé simple « se figura », qui fait pressentir au lecteur un futur changement, puisque l’utilisation de ce temps montre que l’action n’est pas durable, ne se fait pas dans la continuité. L’extrait appuie sur le fait que ses représentations évoluent parce que le cercle de sa société évolue par l’introduction d’un nouveau type de comportement, elle parle de « charme de la nouveauté », elle découvre une autre représentation de l’homme qu’elle n’avait jamais vu avant à cause du cercle fermé de sa société. Ce qui semble opposer cette nouvelle représentation de l’homme à l’ancienne, c’est avant tout parce que Julien est pour Mme de Rênal un homme de cœur possédant des valeurs honorifiques : « Cette âme noble et fière.[…] La générosité, la noblesse d’âme, l’humanité. », elle associe même ces qualités à des vertus . Elle semble décrire julien comme un homme doué d’une sensibilité, contrairement à son mari qui en est dénué. Elle dit que julien est un être sympathique, « qu’il valait la peine de l’écouter ». D’ailleurs nous trouvons dans le texte une phrase qui permet au lecteur de définitivement mettre en position le personnage de Mr de Rênal et de Julien dans la vision de Mme de Rênal avec le passage du chien écrasé : « Le spectacle de cette douleur donnait son gros rire à son mari tandis qu’elle voyait se contracter les beaux sourcils noirs et si bien arqués de Julien ». L’arrivé de Julien dans la vie de Mme de Rênal, lui donne un nouveau souffle à sa vie, elle lui donne de nouvelle activité comme la discussion, qu’elle n’a pas avec son mari, elle lui donne de nouvelles possibilité dans une époque où la femme n’a que peu d’influence et de choix, car en effet madame de Rênal n’a pas choisit de se marier, c’est un mariage de convenance sans amour. «  [Elle] lui eut bientôt pardonné son ignorance extrême […] et la rudesse de ses façons qu’elle parvint à corriger » ; Julien est ici représenté comme un être novice dont Mme de Rênal se charge de former et d’expérimenter. Mme de Rênal trouve alors de l’amusement dans cette « nouveauté » qu’est julien, et des choses qu’elle n’avait jamais trouvé/ressenti envers son mari ; tout ceci étant la préfiguration d’une passion naissante envers le jeune abbé.

II. Un processus d'idéalisation



Dans sa relation avec Julien, Mme de Rênal est dans un processus d’idéalisation. En effet, nous pouvons nous apercevoir qu’elle nous présente julien comme un être quasiment parfait. Ces défauts elle en fait des qualités : « […]son ignorance extrême qui était une grâce de plus ». Lorsqu’elle parle de julien elle semble être dans une bulle, elle trouve « des jouissances douces, et toutes brillantes […] de cette âme noble et fière », elle est dans une d’exagération entre ce qu’elle dit, pense de julien et la réalité. Elle peint un tableau de julien qui montre tout le respect et les sentiments qu’elle lui porte, ceci n’étant donc pas un portrait objectif de ce dernier. Là, où nous pouvons voir de manière explicite que Mme de Rênal est dans un processus d’idéalisation, est lorsqu’elle parle des conversations qu’elle a avec julien. Elle trouve qu’il « valait la peine de l’écouter », on pourrait penser que c’est parce que c’est un garçon intelligent, qui a des discours instructifs, mais elle rajoute ensuite « même quand on parlait des choses les plus communes ». Les mots qu’elle utilise sont trop fort par rapport au contexte, le « valait », qui devrait désigner une chose de mérite est associé aux choses communes. Elle est dans l’idéalisation, dans l’exagération, c’est un portrait hyperbolique que Mme de Rênal fait de Julien. Toujours en continuant dans les conversations qu’elle a avec julien : « elle trouva qu’il valait la peine de l’écoute […] même s’il s’agissait d’un pauvre chien écrasé […] par la charrette d’un paysan allant au trot », là on tourne dans le ridicule, le contexte est grotesque. L’histoire du chien est tournée de manière tragique, un « pauvre chien », il semble qu’on en appelle à la sympathie du lecteur, mais par la suite l’auteur en contant cette histoire rajoute des éléments dramatisants tel que «  allant au trot », nous voyons bien que nous tombons dans l’ironie et que Mme de Rênal trouve beaucoup d’importance et de sentiment là où il n’y a en réalité rien d’intéressant. Elle fait ensuite une allusion sur les sourcils noirs de Julien en disant qu’ils sont « beaux » et « si bien arqués », elle cherche a valorisé des éléments triviaux sur le physique de julien. A la fin de son portrait de Julien, Mme de Rênal associe les qualités de julien à des vertus, et peu à peu elle se figure que julien est le seul être sur terre qui soit intéressant : « La générosité […] lui semblèrent peu à peu n’exister que chez ce jeune abbé. ». Finalement, par l’idéalisation qui découle de sa passion naissance pour lui, Mme de Rênal se voile sur Julien, qui à l’image de son mari est un homme ambitieux en quête de reconnaissance et d’argent. Elle a une vision floue, erronée, car elle est aveugle à cause de sa passion pour lui.

Le sentiment alors que nous pouvons dégagé du texte est la passion qui s’installe dans le cœur de Madame de Rênal. La passion est l’action de porter un vif intérêt envers quelqu’un ou quelque chose, la passion se fait par l’admiration, et se montre par l’exaltation des sentiments. En effet, nous pouvons voir que Mme de Rênal est dans l’exaltation du sentiment montrée par les différentes accumulations qu’elle fait des qualités de Julien : « La générosité, la noblesse d’âme, l’humanité,… », « […] du charme de la nouveauté dans la sympathie de cette âme noble et fière. ». L’exaltation des sentiments qui est, comme nous l’avons expliqué précédemment, montré par l’idéalisation qu’elle fait de Julien . Nous voyons aussi que comme la définition le suggère, la passion passe par l’admiration de l’être, et en effet Mme de Rênal répond à ce critère elle dit qu’ « elle eut pour lui seul toute la sympathie et même l’admiration que ces vertus excitent chez les âmes bien nées. ». De plus, il semblerait qu’elle s’enferme avec Julien dans une bulle, Julien devenant tout à ces yeux, la seule chose qui lui suffisent sur terre. Julien est l’axe central de ses pensées, tout est centré sur lui : « elle eut pour lui seule », ou encore «  […] lui semblait peu à peu n’exister que chez ce jeune abbé » : Sa vision se resserre sur Julien, qu’elle met sur un pied d’estale. Elle le place au dessus des autres hommes, d’où une passion naissante. Nous parlons d’une passion qui est en train de s’installer car en effet dans le texte, à aucun moment Mme de Rênal parle d’amour, elle ne met pas encore de mot sur les sentiments qu’elle ressent. Elle est dans la contemplation de Julien et le lecteur peut avoir l’impression que Mme de Rênal ne se rend même pas compte de ses sentiments envers l’abbé, puisqu’elle montre sa passion pour julien par des processus implicites, passant par l’idéalisation et la mise en opposition de Julien et de son mari. Par ailleurs, nous pouvons également citer le titre du chapitre, d’où est extrait ce passage : « Les affinités électives » : ce titre faisant référence à un roman de Goethe qui étudie la mise en place des procédés de la passion amoureuse. Ainsi nous pouvons penser que cet extrait pose les bases d’une passion qui va éclore dans la suite du roman, en justement explosant les premiers mécanismes qui se mettent en place dans la vision de Mme de Rênal sur Julien et qui préfigure de la passion amoureuse.

III. L'opposition entre la vie provinciale et la vie parisienne



Au travers d’une transposition, l’extrait met en opposition la vie provinciale de la vie parisienne. En effet, l’histoire d’amour que va vivre Mme de Rênal et Julien est dans le dernier mouvement de l’extrait imaginée comme s’ils vivaient dans les milieux parisien : « A paris la position de Julien envers Madame de Rênal eût été bien vite simplifiée ». Bien que leur situation serait « simplifiée » et donc facilité, l’image qui ressort du texte montre que leur histoire n’aurait été que superficielle car « A paris l’amour est fils des romans ». L’amour à Paris nous est décrite comme romanesque, tous les actes que font les amants à Paris sont tirées des romans : « [ils] auraient retrouvé dans trois ou quatre romans […] l’éclaircissement de leur situation » ou « Les romans leur auraient tracé le rôle à jouer ». On nous donne une image superficielle et jouée de la vie parisienne, par ailleurs, les histoires d’amours à paris sont non seulement associées au roman mais également au théâtre : « [ils] auraient retrouvé […] juste dans les couplets du gymnase, l’éclaircissement de leur position. » ;ce qui prouve bien que pour le narrateur, les histoires d’amours à paris sont réellement superficielles, et qu’elles sont simplement jouées par des acteurs peu sincère envers leurs sentiments, revêtant le costume de l’amour. Le narrateur parle d’également de « modèle à imiter », les amants ne sont alors que dans l’imitation et non dans l’action, ni dans la spontanéité. De plus, le texte montre, qu’on est obligé de suivre les procédés tirés dans les livres à paris, et qu’ils ne sont pas forcement appliqué par amour mais par code : « ce modèle, tôt ou tard, et quoi que sans nul plaisir, […] la vanité eût forcé Julien à le suivre ». L’amour dans le contexte parisien qui nous est décrit est alors vulgarisé et n’est pas mis en avant par les références aux livres et au théâtre, car ces références enlèvent tous aspects sentimentales de l’amour qui est montré simplement comme une théorie tirée des romans. Puisque le père de l’amour à paris est le roman : « L’amour est fils des romans » ; ce sont donc les romans qui engendrent l’amour. Il semblerait alors que les amants à paris sont amoureux de l’amour des livres et non de l’amour réel. En effet dans le cadre de la relation passionnelle préfigurée dans l’extrait, les modèles parisiens seraient appliqués « sans nul plaisir » par le couple Julien/Mme de Rénal, la passion n’est donc pas adaptée au milieu Parisien. Il semble manquer à paris, toute l’exaltation que madame de Rênal ressent envers Julien, toute la quintessence du réel sentiment qui n’a pas sa place à Paris.

En effet, pour le narrateur la province offre plus de place à l’amour et aux véritables sentiments. Dans la seconde projection de l’histoire d’amour entre Mme de Rênal et Julien, l’action est placée dans des petits lieux de province tels que « une petite ville de l’Aveyron ou des Pyrénées ». En opposition avec Paris, la province n’est pas décrite comme étant associée aux romans et au théâtre, elle se prête plus à la passion et donc à la relation de Mme de Rênal et Julien. En province il n’y a pas de modèle à suivre car « il y a plus de naturel ». Il n’y a pas de ligne directrice, tout y est donc plus sincère, plus spontanée car on n’y « prend nullement dans les romans les exemples de conduite. » Le lieu est plus propice aux sentiments, par ailleurs nous voyons le retour dans ce passage, où nous basculons dans le climat provincial, un épanchement des sentiments, « un jeune homme pauvre »,  « la délicatesse de son cœur ». Nous retrouvons également le processus d’idéalisation envers julien : « […] un jeune homme pauvre, et qui n’est qu’ambitieux parce que la délicatesse de son cœur lui fait un besoin de quelques-unes des jouissances que donne l’argent[…] » ; ici apparait un des défauts majeurs des gens de son temps, pour Mme de Rênal (si on compare avec sa vision de son mari), qui sont l’ambition et l’amour de l’argent, or dans cette phrase, on trouve une compensation à ce défaut, on minimise son impact en trouvant des circonstances atténuantes à Julien : il n’est pas totalement responsable de ce trait de caractère. Dans ce passage nous est également exposé la situation qui lie les deux personnages : « […]Un jeune homme pauvre [qui] voit tous les jours une femme de trente ans sincèrement sage, occupée de ses enfants. ». Et bien que la province ne soit pas associé au roman, la description de la situation et des deux personnes semblent romancés, par l’ajout d’adjectif tel que : « Sous nos cieux plus sombres » ou « une femme de trente ans sincèrement sage ». Le passage argumente le fait que la province soit plus adaptée à la passion non seulement par le fait des sentiments qui y seraient plus sincère mais aussi par le fait qu’elle entraine plus d’action et donc plus de piquant dans une relation : « Le moindre incident eût été rendu décisif par le feu du climat ». Dans les provinces on est obligé de prendre plus de précaution, et le danger d’être découvert rajoute de l’excitation dans les relations, ce qui aide a développé la passion chez les êtres : «Tout va lentement, tout se fait peu à peu dans les provinces, il y a plus de naturel. »

Conclusion



Ainsi l’extrait traite la question de la naissance de la passion chez Mme de Rênal envers Julien. C’est par la mise en opposition de son mari et de Julien, du milieu Parisien et provincial, que Mme de Rênal montre l’atmosphère et les processus qui permettent cette passion. De plus, ce nouveau sentiment qu’éprouve Mme de Rênal, et dont elle ne se rend pas forcement compte, lui permet de développer son regard critique à l’égard des mœurs et de la société de son temps.

Au travers de cet extrait il pourrait être intéressant d’étudier la vision de la passion amoureuse de Mme de Rênal, qui ne peut que prendre place dans les provinces et qui ne se fait pas en prenant comme exemple de conduite les romans, et la vision du personnage de Mme Bovary tirée du roman éponyme de Flaubert, qui au contraire de Mme de Rênal, n’aspire qu’à vivre des péripéties amoureuses romanesques dans les milieux parisiens.

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