Stendhal, Le Rouge et le Noir - Livre I, chapitre 10 : Ascension de Julien en montagne

Dernière mise à jour : 24/03/2017 • 4 789 vues
Texte étudié :

Julien prenait haleine un instant à l’ombre de ces grandes roches, et puis se remettait à monter. Bientôt par un étroit sentier à peine marqué et qui sert seulement au gardien de chèvres, il se trouva debout sur un roc immense et bien sûr d’être séparé de tous les hommes. Cette position physique le fit soutire, elle lui peignait la position qu’il brûlait d’atteindre au moral. L’air pur de ces montagnes élevées communiqua la sérénité et même la joie à son âme. Le maire de Verrières était bien toujours, à ses yeux, le représentant de tous les riches et de tous les insolents de la terre ; mais Julien sentait que la haine qui venait de l’agiter, malgré la violence de ses mouvements, n’avait rien de personnel. S’il eût cessé de voir M. de Rênal, en huit jours il l’eût oublié, lui, son château, ses chiens, ses enfants et toute sa famille. Je l’ai forcé, je ne sais comment, à faire le plus grand sacrifice. Quoi ! Plus de cinquante écus par an ! Un instant auparavant je m’étais tiré du plus grand danger. Voilà deux victoires en un jour ; la seconde est sans mérite, il faudrait en deviner le comment. Mais à demain les pénibles recherches.
Julien, debout, sur son grand rocher, regardait le ciel, embrasé par un soleil d’août. Les cigales chantaient dans le champ au-dessous du rocher, quand elles se taisaient tout était silence autour de lui. Il voyait à ses pieds vingt lieues de pays. Quelque épervier parti des grandes roches au-dessus de sa tête était aperçu par lui, de temps à autre, décrivant en silence ses cercles immenses. L’œil de Julien suivait machinalement l’oiseau de proie. Ses mouvements tranquilles et puissants le frappaient, il enviait cette C’était la destinée de Napoléon, serait-ce un jour la sienne ?

Stendhal, Le Rouge et le Noir - Livre I, chapitre 10



Note du commentaire :
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Proposé par : pierred2 (Elève)

 

Description :
Commentaire entièrement rédigé en trois parties :
I. L'intérêt dramatique de cette promenade,
II. Ce que le texte révèle sur l’âme du héros,
III. La valeur poétique des dernières lignes

 

 

Introduction



Stendhal fait paraître en 1830 Le Rouge et le Noir, l’un de ses premiers romans, dont la gloire sera posthume. En effet, peu apprécié lorsqu’il parut, l’ouvrage a remporté un immense succès à notre époque, si l’on en juge par ses multiples versions cinématographiques, dont celle de Claude Autant Lara et de J.D.Verhaeghe en 2002. Cette chronique de 1830, d’ailleurs sous-titre du roman, a beaucoup plu aux lecteurs de la fin du 19° et à ceux du 20° siècle, car elle est animée par un mouvement en avant et un élan particulièrement dynamique. Cet élan est celui de l’ambition qui pousse sans cesse le héros vers de nouveaux horizons et de nouvelles batailles, pour sortir de sa condition de pauvre paysan, et parvenir au sommet. La petite ville de Verrières, le séminaire de Besançon, l’hôtel de la Mole à Paris, constituent les grandes étapes de son ascension sociale. Nous éprouvons aussi une grande satisfaction à pénétrer les pensées de Julien Sorel et à nous identifier à lui, grâce à la technique romanesque utilisée fréquemment par l’auteur, la focalisation interne ou vision subjective. Et c’est un personnage attachant, très complexe et ambigu que nous découvrons ainsi, loin de l’image habituelle de l’arriviste ambitieux et sans scrupule, à la façon de Rastignac ou de Bel Ami. Il sait aussi s’abandonner au bonheur de la rêverie et de l’imagination, à l’écart, dans un austère paysage montagnard, comme nous le voyons dans la dernière partie de notre texte (ligne 17 à 25).

Dans notre passage, Julien précepteur des enfants du maire, M. de Rênal, vient de remporter deux victoires. Vivement agité par les scènes vécues récemment, les humiliations reçues, et les affrontements avec ses maitres, il entreprend l’escalade des pentes de la montagne qui domine la ville. Cette ascension constitue sur le plan dramatique une phase de calme après les combats qui ont précédé. Mais l’intérêt reste vif : nous essaierons d’abord d’analyser ce qui fait l’intérêt dramatique de cette promenade, c’est à dire sa valeur pour l’action. Puis nous montrerons tout ce que ce texte révèle sur l’âme du héros, et enfin, la valeur poétique des dernières lignes (17 à 25).

I. L'intérêt dramatique de cette promenade



D’une façon générale, le héros est en guerre avec la société tout entière. Ce roman de l’action se déroule dans un climat continu de tension, de violence verbale ou physique. Julien veut absolument réussir dans la vie et sortir de sa classe sociale : aussi son existence nous apparaît comme une suite continue de victoires et de défaites, d’humiliations et de triomphes. Et cette alternance des accès et des relâches de l’humiliation du protagoniste donne son rythme au roman. Ici, nous l’avons dit, débute une phase de calme après l’agitation précédente. Mais cette ascension dans la montagne n’est en aucune manière pour Stendhal l’occasion de se livrer à une description pittoresque et détaillée. Au contraire nous gardons à l’esprit continuellement le fil de l’intrigue, et nous n’oublions pas un seul instant le héros.

A ce moment précis du récit, nous comprenons que Julien ait la volonté de voir clair en lui, de faire le point et de s’évader d’une atmosphère étouffante. Son ascension difficile est ponctuée par quelques indications concernant le cadre : les étapes nécessaires, l’ombre qui protège, le sentier étroit qui débouche au sommet. Mais le sommet atteint, ce sont les réflexions du personnage qui prennent le plus d’importance. Tantôt elles partent de l’observation du paysage, « cette position physique le fit sourire » (ligne 5), tantôt le cadre renouvelle la vision de la situation en exerçant une influence bienfaisante (ligne 7). Après les réflexions et le monologue intérieur (l. 9 à 16), julien s’abandonne alors au charme du paysage qui l’entoure, dans le deuxième paragraphe (l.17 à 25). Mais si la description prend alors le pas sur l’analyse, elle est composée en fonction du héros : nous suivons son regard du ciel à la plaine et nous entendons en même temps que lui le chant des cigales. Stendhal ne donne pas d’importance particulière au vol de l’épervier : il utilise en effet un passif pour souligner que l’oiseau « était aperçu » par Julien. Et ce dernier, emporté par la rêverie, se laisse envahir à nouveau par cette obsession si dangereuse sous la Restauration, le désir d’imiter Napoléon.
Ainsi, le passage ne relate aucun événement, mais la composition d’ensemble du texte reste dramatique, dans la mesure où elle obéit aux réflexions et aux gestes du personnage. Ce dernier demeure au centre de la scène, et son monologue au rythme rapide et jaillissant passe vivement d’une idée à l’autre, tout en restant vivant. Sans transition, nous passons au style direct « Je l’ai forcé je ne sais comment » (l. 12), et les phrases deviennent brèves, elliptiques, épousant parfaitement le rythme de la pensée.

Nous découvrons alors à quel point le monologue intérieur est essentiel dans le roman. Non seulement il permet au lecteur de s’identifier au héros ; mais encore il éclaire surtout les secrets de l’âme de Julien, dans une société qui lui est fondamentalement hostile, et fondée sur la naissance et la richesse. Julien Sorel, le paysan, est condamné au silence et à l’hypocrisie, s’il veut faire fortune à tout prix dans la société de la Restauration. Seules, ses réflexions peuvent nous découvrir son âme complexe et ambiguë.

Enfin, nous devons remarquer que si le texte caractérise parfaitement la technique romanesque de l’auteur, la vision subjective, très fréquente dans l’ouvrage, il en résume aussi symboliquement le mouvement d’ensemble. En effet l’ascension de Julien se déroule en quelque sorte par étapes, et nous pouvons distinguer trois états et trois étapes dans la carrière du plébéien Sorel. Les premières lignes du texte (ligne 1/2) correspondent assez bien au début de sa vie comme fils de paysan et précepteur à Verrières. « L’étroit sentier » (ligne 2) qui mène au sommet peut représenter les dernières épreuves subies au séminaire de Besançon. Enfin « le roc immense » et isolé (ligne 4) symbolise parfaitement le sommet de la hiérarchie sociale qu’il atteindra à l’hôtel de la Mole, en devenant le chevalier Julien Sorel de la Vernaye, sous-lieutenant de hussards. Mais c’est aussi malheureusement dans une grotte de la montagne qu’il sera enseveli par Mathilde.

En définitive nous avons vu l’importance de l’action dans ce texte : la mobilité même du héros qui se déplace dans la montagne, l’action toute intérieure et la mise en ordre de ses pensées, et enfin l’escalade elle-même symbole de son ascension sociale. Ce passage reflète bien toute l’intrigue de ce roman de l’ambition qui finira par tuer l’aspiration au bonheur.

II. Ce que le texte révèle sur l’âme du héros



Et il est vrai que Le Rouge et le Noir est d’abord le roman de l’ambition. Stendhal a dramatisé, à travers un héros venu du peuple l’affrontement des classes dans la société de 1830 encore bien inégalitaire. Ce que Julien incarne mieux que personne, c’est la lutte des classes, même si cette expression peut paraître un peu anachronique à cette époque. Le Rouge est le premier roman de notre histoire où le problème de classe est posé avec beaucoup de netteté, et constitue la trame même du roman. Et au point où nous en sommes du récit, l’ambition constitue en quelque sorte le moteur des actions de Julien et domine en lui toutes les autres passions.

L’ambition déclenche la passion de l’action et la volonté de réussir à tout prix. Elle guide les jeunes gens nés après la Révolution et qui veulent s’égaler à autrui et même le dépasser. Quel contraste entre la gloire de la Révolution et de l’Empire, et la fadeur et l’hypocrisie du règne de Charles X ! Ici l’ambition se traduit par cette aspiration à gravir les sommets. Julien « debout sur son roc immense » (ligne 4) nous fait penser à Rastignac qui, des hauteurs du Père Lachaise, lance son fameux défi à Paris. Mais julien appartient-t-il à cette espèce d’hommes ? Sorel devine lui-même le symbole, et pense «  à la position qu’il brûlait d’atteindre au moral » (ligne 5/6). A la fin du texte le vol de l’épervier provoque également des réflexions semblables, et le lecteur comme le héros songent alors à l’aigle napoléonien. Bonaparte a toujours été un modèle pour les héros de Stendhal, Julien ou Fabrice, un professeur d’énergie, de liberté, et d’héroïsme. Napoléon représente un personnage intouchable, un nom, qui, comme l’épervier, plane dans les airs, seul et séparé de tous les hommes. Il signifie gloire, bravoure, panache. Julien éprouve un amour aveugle et absolu pour son idole ; le Mémorial est sa Bible, la destinée de Napoléon donne forme à sa vie. Mais pour aujourd’hui, notre héros a non seulement besoin de rêve mais de pain, et il est réduit à la haine de classe et au mépris d’autrui.

Dès le début du texte, nous voyons Julien satisfait et rassuré par la solitude (ligne 4). En effet celle-ci lui a été infligée dès l’enfance dans sa famille. Dès sa première apparition, nous l’avons vu à cheval sur une poutre du toit de la scierie paternelle, à l’écart. Il a été vendu par son père au maire de Verrières, M. de Rênal. Voilà ce qui renforce encore son complexe d’infériorité et ce sentiment vif et inné de la différence des positions sociales. Pour toute richesse, il n’a que son intelligence et sa noblesse de cœur. Julien devra donc se réaliser par la lutte sociale et utiliser ses qualités personnelles pour réussir dans la vie. Le fils du charpentier songe maintenant (ligne 7 et suivantes) aux scènes agitées qu’il vient de vivre. Nous participons à cette espèce de mise au point des sentiments qu’il éprouve à l’égard de M. de Rênal, désigné comme « le maire de Verrières ». Ainsi, il ne s’agit plus ici de l’individu, mais du représentant d’une classe, le propriétaire, le bourgeois riche et insolent (ligne 8/9). On sent à ce moment la colère et l’indignation sociale de Julien (ligne 9/10), qui garde toujours une conscience très aigue de la division de la société en deux classes antagonistes, les pauvres et les riches. Le maire a encore blessé récemment son amour-propre, en lui reprochant de paresser le matin au lieu de s’occuper de ses enfants. A la fin, lors de son procès, dans son plaidoyer agressif devant les jurés, Julien revendiquera haut et fort sa classe sociale, les paysans, les pauvres, les ouvriers. Mon vrai crime, à vos yeux, dira-t-il, est d’avoir voulu sortir de ma condition ! Et cette proclamation prend une résonance particulièrement moderne, avec la parution à la fin du 19° siècle de l’ouvrage de Marx, Le Capital.

Ainsi la haine de Julien demeure abstraite, et n’a rien de personnel, même si l’énumération de tous les biens du maire (ligne 12) révèle une indifférence insultante :«  Il l’eût oublié lui, son château, ses chiens, ses enfants et toute sa famille ». En fait Julien éprouve une grande satisfaction d’orgueil, et savoure sa double victoire : sur Me de Rênal, dont il a pris la main de force, et sur M. de Rênal qui a été contraint d’augmenter son salaire pour le garder, de peur de le voir rejoindre son rival, M. Valenod, le directeur du dépôt de mendicité. Mais cela, julien l’ignore encore.

Néanmoins, à aucun moment dans le texte, notre héros n’est aveuglé par la passion, haine ou ambition. Il dirige ses réflexions avec lucidité et méthode. Nous le voyons sourire quand il prend conscience de sa position sur le rocher, symbole de la position sociale qu’il revendique. Il met fin avec maîtrise à l’analyse de sa situation (ligne 16), ne se contente pas de jouir de ses victoires, et se fixe de nouvelles tâches ( « il faudrait en deviner le comment »). Quelle perspicacité et quelle domination sur soi ! Nous comprenons mieux maintenant comment il deviendra un maître en séduction amoureuse, tant avec Me de Rênal qu’avec Mathilde de la Mole.
Ainsi nous constatons la complexité psychologique de Julien, un mélange de passion et de calcul, un jeune homme faible physiquement et d’une énergie indomptable, sincère et hypocrite, arriviste et idéaliste. Dans les moments de relâchement, de rêverie, un paysage peut exercer sur lui un charme véritable et stimuler sa vie intérieure, comme nous le voyons dans le dernier alinéa (ligne 17 à 25).

III. La valeur poétique des dernières lignes



De l’évocation du paysage se dégage une certaine poésie. Et pourtant, nous sommes loin ici d’une effusion sentimentale, d’un épanchement des sentiments. La description reste sobre, et les adjectifs demeurent abstraits, grand rocher, (ligne 2), grandes roches (l. 20), cercles immenses (l. 22), qui créent une impression de majesté et de grandiose en harmonie avec l’état d’âme de Julien. Nous ne trouvons pas ici de couleur, ni de pittoresque ou de longue description à la Balzac pour créer une atmosphère. Dans de deuxième paragraphe, les phrases sont sèches et courtes, Une notation auditive se mêle à des notations visuelles, puis viennent enfin quelques réflexions du héros. Cela ne ressemble en rien à une contemplation esthétique, et l’auteur s’est bien gardé de faire un aigle de son épervier !

Pourtant Stendhal sait rendre à merveille l’impression de réel et de vie, et le cadre est étonnamment présent. L’auteur évoque les étapes de l’ascension de Julien et il recrée en quelques traits la montagne en été, avec la sensation de l’ombre (ligne 4) et de la grandeur , « roc immense » (ligne 4) L’adjectif « embrasé » (ligne 16), la mention des cigales (ligne 18) et de la saison d'août (ligne 18), suggèrent un climat méridional et une chaleur accablante. Les vingt lieues de pays traduisent l’étendue du panorama qui se déroule sur plusieurs dizaines de kilomètres. Enfin le vol de l’épervier surtout est esquissé par des termes très précis « mouvements tranquilles et puissants » (ligne 23), force et isolement (ligne 24), car ces remarques reflètent l’état d’âme de Julien.

C’est le héros qui donne à la description son unité, et c’est à travers son regard que nous découvrons le paysage, et les rochers d’abord, parce qu’il s’arrête à leur ombre. Julien occupe une place centrale et tous les éléments du paysage s’organisent autour de lui :
« Il regardait le ciel … il voyait à ses pieds…… quelque épervier était aperçu par lui… ». Nous retrouvons ici le procédé si cher à Stendhal de la focalisation interne ; le point de vue adopté est celui du personnage lui-même, et nous ne voyons que ce qu’il voit, selon que ses regards se dirigent vers le ciel, la plaine ou le vol d’un oiseau.
Nous sentons l’exaltation progressive créée en Julien par le paysage, et la correspondance étroite entre ses sentiments et le paysage contemplé : le paysage est en quelque sorte un état d’âme.Nous avons déjà vu que ce texte était symbolique de la destinée du héros. Plusieurs éléments contribuent à cet effet : son exaltation, la violence de son ambition se retrouvent dans le roc, dans l’épervier, dans le ciel d’août « embrasé ». Les cigales, par leur chant strident et incessant, expriment l’élan et l’ardeur de Julien. Et l’auteur crée cette image poétique, attendrissante, dont il se moque légèrement, d’un jeune homme ambitieux et un peu naïf, tendu et incertain devant son avenir.

L’écrivain veut prolonger un mouvement d’émotion intense par l’interrogation finale : « C’était la destinée de Napoléon, serait-ce un jour la sienne ? » ; il veut la faire vibrer en nous. De la ligne 20 à 25, par l’évocation lente et progressive du départ de l’épervier, avec quelques adjectifs abstraits, le nom de Napoléon, il atteint l’ampleur sans période imposante ni grands moyens oratoires. Julien éprouve un moment de bonheur intense, il est ravi par son imagination qui l’emporte et ne se fixe aucun but. Dans l’épervier qui symbolise le destin de Napoléon, il admire l’aisance et la gratuité du vol. Il jouit de toutes les images vagues et séduisantes qui peuvent lui représenter son avenir.
Maintenant le héros se laisse aller, abandonne calculs et projets, devient un rêveur chimérique. L’envol de l’épervier est aussi le signal de l’envol de l’imagination de Julien, qui peut se perdre dans le passé ou le futur. Sera-t-il un nouveau Danton ou un nouveau Bonaparte ? La lettre dénonciatrice de Me de Rênal le brisera en plein vol, pour lui révéler sa véritable vocation, vocation du bonheur et non pas de la gloire.

Conclusion



En définitive, nous avons découvert que ce passage peut intéresser le lecteur par divers aspects, même s’il n’est pas essentiel dans le roman.

Nous avons compris tout l’intérêt dramatique de ce texte en démontrant que la composition obéit aux nécessités psychologiques. L’action et les tensions restent présentes à notre esprit, dans la mesure où nous les vivons avec Julien. Avec lui, nous ressassons ce qui s’est passé, nous faisons le point sur la situation et nous préparons l’avenir. La complexité de Julien se révèle à nous, à travers le monologue intérieur : l’ambition, la haine et le mépris s’agitent dans son cœur, mais il demeure lucide.

Enfin, personnage ambitieux mais très sensible, le héros connaît ici un moment de relâchement, où il jouit d’un bonheur intense mais provisoire.
Au fond, Julien ne découvrira qu’à la fin de sa vie la différence essentielle entre réussir dans la vie et réussir sa vie. Il n’appartenait pas à cette race d’ambitieux avide et sans scrupules, capable de toutes les infamies pour assurer leur réussite sociale. La fin ne justifie pas les moyens pour cette âme noble et fière, ardente et sensible, éprise de liberté. Le vrai bonheur consiste à jouir des plaisirs de la vie et de l’amour, et d’être soi-même. Julien découvrira tardivement, en prison, qu’il a goûté à ce bonheur, jadis, à Vergy, en compagnie de Me de Rênal, bonheur fait de bonté et de tendresse ; mais sa noire ambition l’emportait alors dans le pays des chimères.

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