Zola, Germinal - Partie V, chapitre 5 : La révolte des ouvriers (extrait 2)

Aide organisé par sujet. Retrouvez-y votre texte (ou créez-le) pour y partager vos idées, plans et auteurs à évoquer et obtenir un retour gratuit là-dessus.
Règles du forum
Veuillez privilégier les réponses aux sujets existants. Si vous ne trouvez pas votre sujet, créez-le depuis cette page.
Répondre
Avatar du membre
admin
Administrateur du site
Messages : 4272
Enregistré le : mer. 19 janv. 2011 18:07
Localisation : Paris
Contact :

Zola, Germinal - Partie V, chapitre 5 : La révolte des ouvriers (extrait 2)

Message par admin » mer. 25 oct. 2017 18:26

Forum d'aide pour le commentaire du texte : Zola, Germinal - Partie V, chapitre 5 : La révolte des ouvriers (extrait 2)
Lors de la réunion au Plan-des-Dames : les mineurs ont décidé de contraindre à la grève les rares puits où le travail ne s'est pas encore arrêté. Mais le lendemain cette action dégénère. Des installations industrielles sont saccagées et une foule de mineurs, enragés de faim après deux mois de grève et de privations, se dirige vers le siège régional de la compagnie minière à Montsou. Depuis une grange où ils se sont dissimulés, des bourgeois, parmi lesquels la femme du directeur de la mine, regardent passer l'émeute.

Les femmes avaient paru, près d'un millier de femmes, aux cheveux épars dépeignés par la course, aux guenilles montrant la peau nue, des nudités de femelles lasses d'enfanter des meurt-de-faim. Quelques-unes tenaient leur petit entre les bras, le soulevaient, l'agitaient, ainsi qu'un drapeau de deuil et de vengeance. D'autres, plus jeunes, avec des gorges gonflées de guerrières, brandissaient des bâtons; tandis que les vieilles, affreuses, hurlaient si fort, que les cordes de leurs cous décharnés semblaient se rompre. Et les hommes déboulèrent ensuite, deux mille furieux, des galibots, des haveurs, des raccommodeurs, une masse compacte qui roulait d'un seul bloc, serrée, confondue, au point qu'on ne distinguait ai les culottes déteintes ni les tricots de laine en loques, effacés dans la même uniformité terreuse. Les yeux brûlaient, on voyait seulement les trous des bouches noires, chantant la Marseillaise, dont les strophes se perdaient en un mugissement confus, accompagné par le claquement des sabots sur la terre dure. Au-dessus des têtes, parmi le hérissement des barres de fer, une hache passa, portée toute droite; et cette hache unique, qui était comme l'étendard de la bande, avait, dans le ciel clair, le profil aigu d'un couperet de guillotine.

« Quels visages atroces ! » balbutia Madame Hennebeau.

Négrel dit entre ses dents :
" Le diable m'emporte si j'en reconnais un seul ! D'où sortent-ils donc, ces bandits-là ? "

Et, en effet, la colère, la faim, ces deux mois de souffrances et cette débandade enragée au travers des fosses, avaient allongé en mâchoires de bêtes fauves les faces placides des houilleurs de Montsou. A ce moment, le soleil se couchait, les derniers rayons d'une pourpre sombre ensanglantaient la plaine. Alors, la route sembla charrier du sang, les femmes, les hommes continuaient à galoper, saignants comme des bouchers en pleine tuerie.

" Oh ! superbe ! " dirent à demi-voix Lucie et Jeanne, remuées dans leur goût d'artistes par cette belle horreur.

Elles s'effrayaient pourtant, elles reculèrent près de Madame Hennebeau, qui s'était appuyée sur une auge. L'idée qu'il suffisait d'un regard entre les planches de cette porte disjointe, pour qu'on les massacrât, la glaçait. Négrel se sentait blêmir, lui aussi, très brave d'ordinaire, saisi là d'une épouvante supérieure à sa volonté, une de ces épouvantes qui soufflent de l'inconnu. Dans le foin, Cécile ne bougeait plus. Et les autres, malgré leur désir de détourner les yeux, ne le pouvaient pas, regardaient quand même.

C'était la vision rouge de la révolution qui les emporterait tous, fatalement, par une soirée sanglante de cette fin de siècle. Oui, un soir, le peuple lâché, débridé, galoperait ainsi sur les chemins; et il ruissellerait du sang des bourgeois, il promènerait des têtes, il sèmerait l'or des coffres éventrés. Les femmes hurleraient, les hommes auraient ces mâchoires de loups, ouvertes pour mordre, Oui, ce seraient les mêmes gueniiles, le même tonnerre de gros sabots, la même cohue effroyable, de peau sale, d'haleinie empestée, balayant le vieux monde, sous leur poussée débordante de barbares. Des incendies flamberaient, on ne laisserait pas debout une pierre des villes, on retournerait à la vie sauvage dans les bois, après la grande ripaille, où les pauvres, en une nuit, videraient les caves des riches. Il n'y aurait plus rien, plus un sou des fortunes, plus un titre des situations acquises, jusqu'au jour où une nouvelle terre repousserait peut-être. Oui, c'étaient ces choses qui passaient sur la route, comme une force de la nature, et ils en recevaient le vent terrible au visage. Un grand cri s'éleva, domina la Marseillaise :

" Du pain! du pain! du pain ! "

Zola, Germinal - Partie V, chapitre 5
Publiez vos idées, plans que vous pensez utiliser en cliquant sur "répondre" ci-dessous et obtenez gratuitement un retour là-dessus.

Consultez le commentaire d'élève disponible pour ce sujet.
Modifié en dernier par admin le ven. 27 oct. 2017 01:39, modifié 2 fois.
Raison : Modification du sujet
Merci de prendre connaissance de cette page pour optimiser vos chances d'obtenir de l'aide sur les forums.

Répondre