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Suffit-il de faire son devoir ?

Dernière mise à jour : 23/01/2021
Proposé par: PhiloCH (eleve)

Description du corrigé: Note obtenue: 15/20. Dissertation rédigée comportant toutes les idées essentielles pour ce sujet.

La réponse est pour ainsi dire incluse dans la question. On s’attend à une réponse négative. Car répondre par oui reviendrait à obéir aveuglément. La personne s’effacerait. Il y aurait une absence de volonté, de personnalité et de choix.
La personne agirait sans faire intervenir sa conscience, elle agirait comme un automate.
Dans un premier temps le problème est analysé sous l’angle de l’obéissance aveugle. Puis dans un deuxième temps, nous allons aborder le sujet dans la perspective du sens du devoir. Finalement dans un troisième temps j’envisage de traiter cette thématique au niveau du choix de la « bonne » action, de la « bonne » conscience.

Il convient alors de faire une distinction entre les différentes situations dans lesquelles on affirme : « Je ne fais que mon devoir ». Tout d’abord nous pouvons citer le cadre militaire, dans lequel on est quasiment obligé de l’affirmer. On n’a pas le choix, on est astreint à faire son devoir par la discipline. En second lieu, on pourrait se référer au cadre professionnel. On pourrait citer l’exemple où l’employé doit accomplir une tâche à contrecœur. Sinon il risquerait d’être licencié. Prenons l’exemple d’un supérieur qui insinuerait subtilement à un employé à prétendre qu’un collègue de celui-ci a commis un acte illicite afin de se débarrasser de ce dernier. Ceci m’amène à me demander si j’ai le droit de refuser de collaborer pour une entreprise que je juge contraire à ma morale. Par exemple dans la période nazie, les civils soumis aux régimes fascistes avaient la possibilité de refuser de coopérer à des mesures visant à anéantir les Juifs. La question fondamentale est donc de se demander si j’ai le droit de ne pas faire mon devoir. Dans quelles situations ai-je le choix ? Dans lesquelles ne l’ai-je pas ?
Si l’on m’ordonne d’agir de telle ou telle manière et que ma conscience s’y oppose, cela provoque en moi un conflit intérieur. Faut-il obéir à un ordre ou faut-il obéir à ma propre conscience ? Cette réflexion est également faite dans le passage de Kant, intitulé Critique de la raison pratique (scolie du paragraphe 6), lorsque la personne considérée est intimée par son prince, sous menace de la mort, de porter un faux témoignage contre un homme honnête que ce dernier voudrait bien perdre pour de quelconques prétextes. Elle n’ose peut-être assurer si elle le ferait ou non mais elle devra admettre sans hésitation que cela lui est possible. Elle admet qu’elle peut faire quelque chose parce qu’elle a conscience qu’elle le doit et elle découvre en elle la liberté qui, sans la loi morale, lui serait restée inconnue.

La morale est-ce ce à quoi on est obligé par notre milieu familial ou la société dans laquelle nous vivons ? Il s’agit d’une contrainte sociale voulue par son milieu. Par souci d’intégration il est quasiment nécessaire d’accomplir telle ou telle action. Il serait inconcevable de ne pas accomplir l’action convenue. Faute de quoi, on risquerait d’être rejeté du milieu auquel nous appartenons. C’est une convention implicite imposée par le milieu dans lequel nous vivons. Faire son devoir signifie alors agir moralement, obéir à des règles qui semblent aller de soi, par habitude ou par convention par exemple.

Il existe une autre manière de faire son devoir, imposée par la morale qui est déterminée par la seule conscience du devoir qui s’oppose au désir égoïste. Nous pouvons citer dans ce cas le devoir humanitaire et le devoir familial. Aider les personnes âgées, les personnes handicapées ou les personnes souffrantes c’est accomplir une bonne action du point de vue moral. Cela revient à dire que j’ai la liberté de choisir ce que je juge être bon de faire, selon ma conscience. Je suis en plein accord avec moi-même, même si je n’ai aucun intérêt à faire mon devoir car cela exigerait le sacrifice de mon bonheur ou de mon confort, voir de ma vie. (Exemple : risquer ma vie pour sauver quelqu’un qui se noie ou renoncer à faire carrière et à gagner de l’argent, pour consacrer ma vie à des activités humanitaires éprouvantes et peu reconnues.) Ces règles ne sont pas seulement imposées par la morale sociale, j’y adhère moi-même.
Que la conscience morale soit tout simplement un leurre ou non, elle permet à l’homme de discipliner ses instincts. Elle doit conduire celui-ci à s’autodiscipliner, c'est-à-dire à se contraindre, vu que, par la contrainte, l’homme gagne en humanité et réprime ainsi l’animalité qui réside en lui.
Le but suprême de la morale est atteint lorsque l’on croit que cette autodiscipline est liberté. Il ne suffit pas de faire son devoir, il faut être convaincu que l’action est justifiée. Bien que l’action soit nécessaire je peux avoir l’impression d’avoir choisi librement d’agir de telle ou telle manière étant donné que cette action, selon mon libre arbitre, je la juge aussi nécessaire. Par conséquent une action, même si elle est présentée comme nécessaire n’exclut pas le fait que l’on puisse la choisir librement.

Par conséquent, il est important de décrypter la morale qui est sous-jacente à l’ordre qui m’est donné, ou à la contrainte qui m’est imposée. Il faut penser que la morale proposée est juste, est bien fondée pour agir librement. Donc choisir ma morale revient à choisir ce qui me semble être bon, à choisir librement mon action même si elle est nécessaire. Sous cet angle là, obéir aveuglément n’a pas de sens car mon devoir m’est dicté de l’intérieur. Donc il ne suffit pas de faire son devoir, sans faire intervenir sa conscience.

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