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Nietzsche, Aurore: Le fantôme d'égo

Dernière mise à jour : 16/03/2021
Proposé par: sefyu60 (élève)

Description du corrigé: Ce corrigé est réalisé par moi-même et j'ai obtenu une note de 14/20 et j'ai tenu compte des remarques de mon professeur pour faire quelques corrections.

Texte étudié:

La plupart des gens, quoi qu'ils puissent penser et dire de leur "égoïsme", ne font malgré tout, leur vie durant, rien pour leur égo et tout pour le fantôme d'égo qui s'est formé d'eux dans l'esprit de leur entourage qui le leur a ensuite communique. En conséquence, ils vivent tous dans un brouillard d'opinions impersonnelles ou à demi personnelles et d'appréciations de valeur arbitraires et pour ainsi dire poétiques, toujours l'un dans l'esprit de l'autre qui, à son tour, vit dans d'autres esprits : étrange monde de fantasmes qui sait pourtant se donner une apparence si objective ! Ce brouillard d'opinions et d'habitudes s'accroit et vit presque indépendamment des hommes qu'il recouvre ; de lui dépend la prodigieuse influence des jugements généraux sur "l'homme" -tous ces hommes qui ne se connaissent pas eux-mêmes croient a cette abstraction exsangue, "l'homme'; c'est-a-dire a une fiction ; et tout changement que les jugements d'individus puissants (tels les princes et les philosophes) entreprennent d'apporter a cette abstraction exerce une influence extraordinaire et d'une ampleur irrationnelle sur la grande majorité, - tout cela pour la raison que chaque individu dans cette majorité, ne peut opposer aucun égo véritable qui lui soit accessible et qu'il ait approfondi lui-même, a la pale fiction générale qu'il détruirait de ce fait.

Nietzsche, Aurore - paragraphe 105 (p.84 Gallimard Collection)

élément indispensable à comprendre avant d'entamer votre commentaire :

-thèse au début(entre ligne1 à 15) et à partir de la ligne 17 opposition entre un égo véritable et une fiction de sujet: "brouillard d'opinions impersonnelles", "de valeurs arbitraires"...
Pour qu'une pensée soit réel, concrète, elle doit être soutenu par l'expérience du sujet, la présence du "je" est dans cet esprit indispensable.

-Critique du concept de sujet dénoncé par N. comme une idée vide.
Critique virulente de l'incapacité de la majorité des gens à produire une pensée réelle, qui leur soit propre c'est à dire véritablement ancré dans l'expérience de soi.

N. commence donc par produire sa thèse.
Puis ligne 5 à 11: 1ère conséquence de leur "fantôme d'égo"
ensuite ligne 11 à 17: 2ème conséquence.

attention de bien exposer ce qui suit dans votre commentaire:

N. dénonce la critique non remise en cause de nos valeurs morale héritées de la tradition judéo-chrétienne, la référence est ici la généalogie de la morale, elle explique comment les valeurs judéo-chrétienne effectuent un renversement complet entre le bien et le mal: la richesse, le pouvoir, la beauté, l'intelligence sont des péchés.
la laideur, la bêtise,... sont des garanties du salut.
N. ne se présente jamais comme un pure nationaliste donnant au contraire une place prépondérante à l'art.
Le discours de l'opinion finit par produire une impression de réalité.
ex: discours politique par le quel des thème de campagne ( insécurité, pouvoir d'achat...) deviennent des objet, des réalité que les gens croient pouvoir identifier dans leur vie.
On a l'impression que les mot nous servent à décrire la réalité, mais N. veut nous démontrer que c'est l'inverse.

quelques explications de citation:

-"abstraction exsangue": cad une catégorie sans contenu particulier, et donc dépourvu de vie qui sert aux hommes privé d'eux même, de personnalité propre.
-"fantôme": évoque la mort, quelque chose qui n'existe pas ou qui n'existe que dans une croyance, cad une croyance qui s'oppose à la raison.cette métaphore accentue le fait que la vie de l'homme soit régit non selon ses propre règle comme il le pense mais selon des valeur abstraite régissant de notre société.
-"fantôme d'égo": on comprend ici l'opinion commune devenu objet réalité puisse paraitre vivre de sa propre vie sans etre alimenté par ce qui la crée.

Mon commentaire:

intro:
L'homme se prétend volontiers "maitre de lui comme de l'univers" parce qu'il aurait le privilège non seulement d'etre bien informé de se qui l'entoure, mais aussi de savoir immédiatement ce qui se passe autour de lui, grâce a sa conscience. Pour N. il est victime d'une double illusion puisque contrairement à se qu'il croit penser, ses actes et ses représentations ne proviennent pas de lui, mais plutôt d'un esprit de "troupeau". En effet, comme l'affirme N., l'homme revendique son caractère égoïste, qui consiste a tout ramené a lui même, mais il ne fait cependant rien pour lui-même mais plutôt pour son "fantôme d'égo".

Problématique:
En quoi un individu n'agit pas selon sa propre conscience mais selon un phénomène collectif ?

plan:
I) le compte rendu qu'expose N.
II) les conséquence de ce dernier
III) a qui profite cette fiction
VI) pourquoi l'homme accepte une telle image de soi

L'égoïsme, caractère propre à l'homme qui consiste à tout ramener à son profit, apparaît chez Nietzsche comme un paradoxe extrême. En effet, si les hommes revendiquent ou reconnaissent cet égoïsme, ils ne font pourtant rien pour lui, pour leur égo, mais pour ce que Nietzsche appelle, « le fantôme d'égo ». Autrement dit, les hommes n'agissent en rien pour eux-mêmes, pour leur véritable nature, mais bien pour l'image qu'ils ont d'eux même, pour une apparence d'eux-mêmes mais sont cependant persuadé d'agir pour leur ego, alors qu'ils n'entretiennent au fond que ce que Nietzsche appelle « leur fantôme d'ego ». Il s'agit donc de nous interroger sur la provenance de cette image, de ce reflet fictif qui masque le modèle original. Pour cela, après nous être interroger sur la provenance même de cette image, à savoir les autres, nous verrons en quoi cette image est le fruit d'un travail extérieur, d'un moulage entretenu qui nous construit tel que nous nous croyions être et surtout pourquoi nous acceptons une telle image.

Ce que nous croyons être notre moi n'est qu'une illusion, car nous ne nous percevons qu'à travers les autres, ce qu'ils pensent, jugent, estiment, comme le dit Nietzsche : « la plupart des gens [...] font tout pour leur fantôme d'égo qui s'est formé d'eux dans l'esprit de leur entourage qui leur a ensuite communiqué ». En effet, l'image que les autres ont de nous nous est accessible, les autres nous communiquent ce qu'ils pensent de nous et c'est de cette image dont nous avons conscience, car elle nous est apprise des autres, de la même manière que nous apprenons aux autres à reconnaître ce qu'ils pensent être leur moi, mais qui n'est finalement que l'image impersonnelle que nous leur renvoyons, une sorte de bilan des opinions généralisée en un moi unique, ce que Nietzsche appelle ici le « fantôme d'égo ».

Cette image que nous avons de nous même ne peut donc pas exister indépendamment de nous-même mais aussi des autres. Puisque l'opinion générale des autres nous fait exister car il nous définie, nous nous devons de vivre avec les autres, c'est ce qu'explique Nietzsche : « en conséquence, ils vivent tous dans un brouillard d'opinions impersonnelles [...] toujours l'un dans l'esprit de l'autre qui, à son tour, vit dans d'autres esprits. »

Nietzsche affirme d'ailleurs que : « ils vivent tous dans un brouillards d'opinions impersonnelles [...] et d'appréciations de valeurs arbitraires et pour ainsi dire poétiques, [...], triste monde de fantasme qui sait pourtant se donner une apparence si objective. » Nous entrons donc, en croyant à cette image de nous même que nous renvoie la société, dans le moule préfabriqué qui a été créé à notre intention, dans le but de nous faire accepter ce que Nietzsche appelle « les valeurs arbitraires », qui ne sont en fin de compte que les stéréotypes et les jugements faciles et généraux de notre société. En effet, Nietzsche affirme que ces valeurs nous sont parues comme poétiques, de ce fait, nous ne les rejetons pas car, en les acceptant, nous accédons aux autres et aux liens sociaux qui nous sont essentiels. Ces valeurs se doivent donc d'être entretenues pour que chacun s'y reconnaisse, ou plutôt y reconnaisse ce qu'il pense être lui, qui n'est en fait que l'image que vont créer ces propres valeurs. Qui sont les moteurs principaux de telles valeurs ?

Il n'est pas donné à tous de modifier sciemment cette image, ou même de s'en détacher, car les influences sociales entretenues par ce que Nietzsche désigne comme « les individus puissants (tels que les princes ou les philosophes) sont trop grandes et trop « populaires » pour être dépassées. En effet, les puissants, individu conscient de cette image collective, de cette idée générale de ce que doit être « l'homme », entretiennent cette fiction, cette illusion. Nietzsche dit d'ailleurs clairement que : « tous les hommes qui ne se connaissent pas eux-mêmes croient à cette abstraction exsangue ». Les individus puissants ont une telle notoriété, une telle influence sur l'avis commun, que leurs paroles s'en retrouvent mystifiées : « C'est Untel qui l'a dit, ça doit être vrai ». On pourrait comparer ces puissants aux instituteurs, exerçant une formidable influence sur les enfants, exposant les valeurs de notre société, les interdits, les vérités générales, et l'enfant rentre chez lui en expliquant sa leçon à ses parents et en finissant son discours par cette phrase tant reprise : « c'est la maîtresse qui l'a dit ».

Les puissants sont donc, en quelque sorte, le modèle, l'exemple parfait de cet « homme » idéal auquel, en acceptant notre image, nous voulons ressembler, ce qu'affirme Nietzsche : « tout changement que les jugements des individus puissants [...] entreprennent d'apporter à cette abstraction exerce une influence extraordinaire et d'une ampleur irrationnelle sur la grande majorité ». On peut ici penser aux médias, source essentielle de cette image de l'homme parfait, de l'homme conditionné, véhiculant des principes moraux, sociaux, et surtout superficiels : allure, look, image. Nietzsche explique qu'il suffit aux puissants, aux médias, de changer leurs opinions pour qu'automatiquement ils soient acceptés et imités par la grande majorité. Usant de leur notoriété publique, les puissants, on pourrait aussi penser aux hommes politiques, à la publicité, aux films, imposent leurs idées tout en faisant croire à une possession personnelle de l'origine de l'idée, de la valeur.

Ainsi, à la question, « ai-je conscience de ce que je suis réellement ? », Nietzsche répond et affirme que nous n'avons conscient que de l'image préconçue et généralisée que les autres nous renvoient, que nous ne sommes que des modèles d'un moule de l'homme idéal crée par les puissants, plus ou moins appliqué selon les hommes, mais appliqué de toutes les manières.
Le refus de ces opinions préconçues, de ces valeurs générales communes à tous, pourrait entraîner un rejet de la part de la société pour celui ou celle qui s'individualiserait vraiment. En effet, ne pas « entrer dans le moule préconçu », ne pas se plier aux stéréotypes et images impersonnelles, ou à demies personnelles, est un acte d'exil. On ne peut vivre sans les autres, or, comme l'affirme Nietzsche, ils nous définissent tels que nous pensons être. Si nous voulons être « autre chose », il nous faudrait alors refuser les autres, refuser la société, refuser la communication, et pour cela vivre seul. C'est ainsi que Nietzsche peut déclarer que « chaque individu, dans cette majorité, ne peut opposer aucun ego véritable qui lui soit accessible et qu'il ait approfondi lui-même, à la pâle fiction générale qu'il détruirait de ce fait. ». Autrement dit, de la même façon qu'un enfant ne peut contredire son instituteur car c'est lui qui possède la connaissance et le savoir, l'individu généralisé par ces valeurs arbitraires ne peut s'en détacher, de peur d'être par la suite refusé par la société, mais notre émancipation ne dépend que de nous-même et c'est à nous de nous définir, de nous approfondir afin de nous découvrir réellement, sous toutes ses couches de généralité et d'impersonnalité.

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